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Non, la consommation collaborative n’est pas une menace (et autres idées reçues)

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Tour à tour portée aux nues puis taillée en pièces, post-moderne pour les uns et déjà dépassée pour les autres, souvent débattue, parfois incomprise, ultra alternative ou ultra capitaliste... il est temps de déconstruire quelques idées reçues sur la consommation collaborative. Cet article est le fruit d'une réflexion personnelle suite à la lecture attentive du rapport  : "Enjeux et perspectives de la consommation collaborative".

 

1- Non, la consommation collaborative n’est pas un effet de mode

 

Les questionnements autour des modes de production, de financement et de consommation actuels ont entraîné des changements de comportement : sept ans après la crise de 2008, la consommation collaborative a atteint son âge de raison. L’essor des technologies numériques a servi de levier pour de nouvelles pratiques de partage qui font bouger nos villes et nos quartiers. Le mouvement de “prosommation” qui désigne la participation par des citoyens à la production de ce qu’ils consomment entraîne une évolution durable du rapport de force avec les entreprises.

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La consommation collaborative est un marché, dont la taille s’accroît régulièrement : les 9 000 startups qui composent le paysage collaboratif pèsent aujourd’hui 15 milliards de dollars (335 milliards en 2025?). Dit autrement, le secteur à le vent en poupe et tous les domaines du quotidien sont concernés, en particulier les transports et l’alimentation. La France et les Etats-Unis sont les deux leaders mondiaux en termes de volume d’affaires et de diversité de l’offre.

Capitalisons sur la présence de champions économiques et sur la kyrielle d’initiatives citoyennes dans notre pays pour faire du collaboratif un fleuron et un art de vivre. Cadre juridique favorable et soutien de la part des collectivités locales sont un premier pas. 

 

2- Non, l’économie collaborative n’est pas que le fait de hippies et de mercenaires

 

La consommation collaborative repose sur un équilibre précaire. Si les valeurs des pionniers tournent autour des interactions sociales et de la préservation de l’écosystème, les motivations des utilisateurs consistent à dépenser moins dans un contexte de réduction du pouvoir d’achat et à consommer “sur mesure”. La consommation collaborative se retrouve parfois sur le banc de l’accusé avec un lourd tribut : “marchandisation des relations sociales”, “consumérisme collaboratif” ou encore “dérégulation de l’économie”. Pourtant, elle ne saurait se limiter à une forme de capitalisme déguisé. Les pratiques sont variées et les pratiquants, nombreux (voir ShaREvolution). 89% de la population a déjà réalisé au moins une fois une pratique de consommation collaborative.

Contrairement à ce qui est perçu, toutes les initiatives ne reposent pas sur un service numérique et nombre d’entre elles se cristallisent dans des lieux physiques. Covoiturage moyenne distance, circuits courts et troc ont tous augmenté récemment, les français privilégiant de plus en plus l’usage à la propriété et la seconde vie à l’usage unique. Les consommateurs collaboratifs diversifient leurs pratiques : cet « effet d’entraînement » est particulièrement notable intra-secteur (ex : la mobilité avec des pratiques de covoiturage, de location de voiture, de partage de vélos…).

Réconcilions les visions utopistes et utilitaristes de la consommation collaborative en proposant une diversité de pratiques dans nos quartiers, de l’autopartage aux boîtes à don

 

3- Non, les consommateurs collaboratifs ne sont pas que des urbains connectés

 

Il n’y pas plus d’hommes que de femmes qui consomment collaboratif et pas plus d’urbains que de ruraux. Le profil des consommateurs se définit autour de trois critères : l’aspect générationnel, la situation familiale et la pratique d’une activité bénévole. Les étudiants sont les plus actifs avec les pratiques les plus variées, tandis que les retraités sont plus en retrait. Les familles sont plus actives que les célibataires pour des raisons d’économies, et de durabilité des objets. En outre, la pratique du bénévolat régulier – qui concerne 18% des français – est positivement corrélée à une multiplicité d’actions collaboratives. Paradoxalement, les ménages aux revenus les plus faibles (- 1200 euros /mois) sont peu actifs par rapport aux plus riches (+ 6 000 euros/mois). Il s’agit moins d’une volonté que d’un manque d’information et d’accès.

5,2% de la population tire plus de 50% de son revenu de la consommation collaborative, dont 12% des 25-34 ans. Ces derniers dépensent aussi plus de 50% de leurs dépenses dans la consommation collaborative au travers des repas chez des particuliers ou du covoiturage sur trajet régulier. La consommation collaborative n’est pas seulement un revenu d’appoint pour certains. Elle permet une diversification des activités (rétribution matérielle ou sociale), une montée en compétence (dans les accorderies par exemple) ou l’expérimentation d’une activité avant de se reconvertir (telles les créations sur A Little Market).

Construisons une mixité générationnelle, sociale et géographique autour de la consommation collaborative avec l’émergence d’espaces partagés pour bricoler, jardiner ou travailler

 

4- Non, tous les acteurs ne sont pas le prochain Uber

 

La France dispose de startups de premier plan (Blablacar, La Ruche qui dit Oui, Ulule ou Vestiaire Collective) et 70% des acteurs présents en France sont français. 276 acteurs de la consommation collaborative actifs fin 2014 sont recensés. Quatre grands types de marché se distinguent : un marché à forte intensité concurrentielle et forte différenciation des acteurs (se financer, se loger, se déplacer), un marché à tendance oligopolistique (se nourrir, s’équiper), un marchés atomisé (se faire aider, s’habiller), et un marché encore peu développé (se divertir, transporter/stocker). 

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Aujourd’hui, la consommation collaborative embauche 3000 personnes dont 1000 à temps plein. La plupart des acteurs sont jeunes : seuls 7% d’entre eux existaient avant 2000 et 48% ont été créés après 2012. Ils adoptent différentes stratégies pour se démarquer : internationalisation (La Ruche Qui Dit Oui devient Food Assembly), spécialisation (MisterBnb), diversification (E-loue rachète Sejourning et Mamanlou) et concentration (Drivy rachète Buzzcar). Du côté du secteur traditionnel, les stratégies varient de l’acquisition d’une plateforme (SNCF et IDVroom) au développement d’une nouvelle offre en partenariat avec un acteur collaboratif (Citroen Multicity avec Ouicar) en passant par l’amélioration de l’offre des acteurs du collaboratif (assurance de plusieurs acteurs par MAIF). L’opposition frontale (taxis vs. Uber) n’est qu’une minorité surmédiatisée. Parce qu’elle est jeune et protéiforme, l’orientation donnée à la consommation collaborative ne dépend que de la volonté partagée des différents acteurs.

Mettons la consommation collaborative au service d’enjeux sociaux telles que la lutte contre l’isolement ou la création d’emploi.

 

5- Non, la consommation collaborative n’est pas une menace pour l’économie

 

Parce qu’elle induit un grand nombre d’emploi dans la filière du numérique et un relai de croissance avec les nouveaux besoins d’acteurs grandissants (assurances, télécom, relation clients…), la consommation collaborative semble davantage être source d’opportunités que de concurrence. Les marchés professionnels pourraient se développer et entraîner des économies voire des gains de productivité pour les entreprises. La dynamique sur l’emploi confirme cette tendance.

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Les pouvoirs publics sont à la traîne : seuls trois secteurs sur sept font l’objet d’une régulation, d’études ou d’une structuration et encore trop peu d’élus intègrent la consommation collaborative dans leur feuille de route. La tendance aujourd’hui est à l’hyperlocal avec la multiplication de réseaux de voisinage (Mon Pti Voisinage, Peuplade…) ou des échanges de proximité. Si les années 1970 ont vu la multiplication des centres commerciaux, les années à venir pourraient bien être celles de la création de « hubs » de partage pour faciliter à tous l’accès aux pratiques collaboratives. 

Engageons une discussion commune avec les entreprises, les collectivités et les citoyens pour saisir les opportunités liées à la consommation collaborative dans notre pays à l’échelon national, régional et local. 

Le 22 septembre 2015


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