Guide consocolaborative

Témoignage : « Sans frigo, ma cuisine est plus folle ! »

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

Se passer de frigo pour apprendre à consommer moins et à mieux utiliser les aliments : c’est le défi que se lancent de plus en plus de Français, dont Angel Ip. Témoignage et astuces d’une repentie du réfrigérateur.

Angel Ip©
Angel Ip©

En décembre 2016, Angel Ip emménage dans un appartement dont la cuisine n’est pas du tout équipée, à l’exception d’un vieux garde-manger datant de la période avant-frigo. « Je venais de quitter mon poste de designer et entre la caution, l’installation… je n’avais plus beaucoup d’argent. C’était l’hiver, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment pour me passer de réfrigérateur et explorer d’autres pistes pour conserver mes aliments ».

À 28 ans, elle décide de se lancer un défi : vivre sans frigo pendant une année pour « voir ce que ça peut donner ». Elle suit le mantra de Stefan Sagmeister « si vous voulez aller jusqu’au bout de votre projet, parlez-en à un maximum de personnes, comme ça vous serez au pied du mur » et partage son challenge sur Facebook et Médium. « Ça a déclenché énormément de réactions ! Des commentaires bienveillants, étonnés et parfois taquins comme tous ceux qui m’ont demandé comment j’allais faire pour les bières ; j’ai répondu que j’irai dans un bar comme tout le monde ».

Système D sans Frigo

Adepte de médecine chinoise, Angel suit le principe de ne pas manger trop froid. D’ailleurs, pour cette végétarienne invétérée ( depuis ses 12 ans ) « peu de légumes se rangent au frigo, ça les abîme et ça n’a pas de sens. » Sans frigo, elle apprend à conserver autrement : « la tomate par exemple, perd son eau et ses nutriments si elle est placée au frais. En plus, les tomates bio peuvent facilement tenir 15 jours à l’air libre ». Idem pour les légumes qui ont encore de la terre sur eux et se maintiennent tels quels pendant des semaines.

Adepte aussi des recettes de grand-mère, la jeune femme livre une autre astuce qu’elle a découverte pour bloquer la germination des parmentières : « les stocker avec des pommes qui produisent un gaz — l’éthylène — empêchant l’apparition des pédoncules sur les pommes de terres. » Les carottes et les poireaux, elle les place à la verticale dans du sable pour les conserver. C’est tout.

Le garde-manger d'Angel Ip©
Le garde-manger d’Angel Ip©

Premier bilan

« Le fait de vivre sans frigo m’a fait prendre conscience du nombre d’emballages inutiles : hoummous qui dépanne dans une barquette en plastique, pizza toute préparée enfermée dans deux boîtes… » énumère Angel. Ne plus posséder cet appareil est pour elle le moyen de dire stop aux produits industriels et hyperemballés.

Vivre sans frigo lui a aussi appris à jauger sa propre consommation. « Comme mon but est d’avoir le moins de choses qui pourrissent, je fais encore plus attention qu’avant ! ». Elle s’est surtout rendu compte qu’elle prévoyait trop large : « j’avais une mauvaise gestion de mes besoins, ce que je pensais être des courses pour une semaine, me dure en fait bien plus longtemps  ». Elle ajoute que « vivre sans frigo revient à se questionner sur ce que l’on consomme, pourquoi on le consomme, permettant à long terme de corriger cette sale habitude de trop acheter ».

Changement d’habitudes

D’origine chinoise, née à Athènes et arrivée en France à l’âge de 2 ans, Angel est sensible au gaspillage alimentaire. Elle pratique le glanage depuis plusieurs années et a beaucoup fréquenté le Freegan Pony. « Depuis que je n’ai plus de frigo, les seuls denrées qui auraient pu me manquer sont les produits laitiers, mais je m’en passe, car mon régime actuel se rapproche plus du végétalisme aujourd’hui. »

Elle confie que cette évolution n’est pas due à un effet de mode, mais est le fruit de sa nouvelle vie. Angel a, à travers ce changement, trouvé une réponse simple à des questions logistiques qui la travaillaient depuis longtemps : « avant, quand j’avais envie de faire un gâteau, j’utilisais la moitié de la plaquette de beurre et le reste traînait après dans mon frigo… » Aujourd’hui, elle pâtisse avec les ingrédients qu’elle a sous la main et fait même des économies : « je dépense autour de 100 euros par mois en courses, ce qui n’est pas grand-chose à Paris ».

Stock de légumes d'Angel ip©
Stock de légumes d’Angel Ip©

Le syndrome du frigo vide

Angel concède aisément que vivre sans réfrigérateur n’est pas à la portée de tous. « Dans le fond, je milite plus pour le consommer mieux et le consommer moins, que la vie sans frigo. Dans un supermarché, il y a des injonctions pour dépenser plus et on en ressort toujours avec des produits qu’on n’avait pas prévu d’acheter », ajoute la jeune femme. Celle qui privilégie les primeurs et les circuits – courts lorsqu’elle ne glane pas, prône aussi le consommer mieux, avec une piste moins radicale : la taille du réfrigérateur qui permet de maîtriser sa consommation. « Est-ce qu’une famille de quatre personnes a vraiment besoin d’un énorme frigo, énergivore, qu’on remplira machinalement plus, car il est vide ? »

Quand on l’interroge sur la sortie du livre de Marie Cochard, Notre aventure sans frigo, ou presque…, elle répond qu’elle trouve ça « génial, car d’autres l’ont fait avant, mais n’en ont pas parlé. Son témoignage peut faire germer des graines dans l’esprit des gens. » Aujourd’hui, Angel avoue ne plus voir l’utilité d’en posséder un et arrive au stade où elle réfléchit à fabriquer ses propres meubles pour conserver ses aliments.

 

Le 10 octobre 2017


Comments

comments

Sur le Même sujet