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Supermarché coopératif : « permettre à des gens qui ont des revenus modestes d’acheter des produits de qualité »

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Il y a deux ans, Anne Monloubou quittait son travail pour lancer Supercoop, le premier supermarché coopératif de Bordeaux. Ouvert depuis un an, ce magasin permet à tous ses membres d’acheter des produits de qualité à bas prix, en échange de quelques heures de travail chaque mois. Sa fondatrice nous livre son expérience.

Anne 2014Comment t’es venue l’envie d’ouvrir un supermarché coopératif ?

Je travaillais dans un bureau d’études énergies renouvelables où j’ai monté une Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). J’ai adoré le contact avec les producteurs et le fait de pouvoir les aider à mieux vivre. J’ai pris conscience qu’on pouvait changer les choses et mieux manger en se retroussant les manches. Mais je devais continuer à aller au supermarché. Un jour, une amie m’a parlé de Park Slope Food Coop (NB : le plus grand et le premier des supermarchés coopératifs à Brooklyn). Je suis allé sur place pour voir comment les choses se passaient et j’ai décidé de quitter mon emploi pour me lancer moi aussi.

Comment passe-t-on du concept à la réalité ?

C’est un long travail. Avant de se demander ce qu’on va vendre, il faut déjà réunir les coopérateurs qui vont gérer le supermarché. Je ne me voyais pas en chef d’entreprise, j’avais plus de questions que de réponses. Je me suis d’abord tourné vers OuiShare Bordeaux. Entre janvier et juin 2015, j’ai multiplié les réunions publiques pour présenter le projet. Les Bordelais sont déjà assez sensibles à l’alimentation, alors toutes les réunions faisaient salle comble ! Nous sommes passé de zéro à 250 adhérents à la fin 2015
. En mars 2015, nous avons choisi notre nom, Supercoop, et monté la structure juridique, l’association Les Amis de Supercoop. Aujourd’hui, nous sommes plus de 600.

Quelles est la philosophie qui préside à Supercoop ?

Notre objectif est tout simplement de permettre à des gens qui ont des revenus modestes d’acheter des produits de qualité. Pour cela, nous faisons participer tous les coopérateurs et nous appliquons une marge réduite sur tous nos produits : 17 %. Il s’agit aussi d’amener de la transparence par rapport à la grande distribution et au marketing. Notre premier local est installé en périphérie de Bordeaux. Nous aimerions nous installer prochainement dans un plus grand magasin, dans un quartier populaire du Sud de Bordeaux.

Qu’est ce qu’on trouve dans ce premier magasin ?

Il fait seulement 70 m2 – alors que vous visons 1000m2 sur le long terme – mais on y trouve déjà 900 références. Il y a principalement de l’alimentaire mais aussi du non alimentaire. Beaucoup de produits frais : fruits, légumes, viande, fromage. Il y a aussi un rayon épicerie avec beaucoup de produits en vrac sans emballage comme les céréales. La moitié des aliments proviennent de la région en circuit-court, l’autre d’un grossiste bio pour compléter. Le choix des produits est fait lors de collectifs en journée. Nous aimerions aussi à terme permettre à tous les coopérateurs de s’exprimer lors des assemblées générales, par exemple pour bannir certains produits comme les OGM.

Comment se déroule le roulement entre les coopérateurs depuis le lancement ?

On a ouvert il y a  presque un an et les participations mensuelles se passent plutôt bien. Mais c’est vrai que la participation est à géométrie variable parmi nos 300 membres. Certains font des heures supplémentaires pour aller par exemple chercher les denrées chez les producteurs. D’autres n’arrivent pas toujours à se libérer. Pour cette année de mise en place, nous avons choisi de fonctionner à la confiance. Plus tard, il faudra mettre en place une discipline. À Brooklyn par exemple, celui qui rate ses heures deux fois de suite doit en faire le double en pénalité.

Quelles sont les obstacles dans la mise en place d’un tel supermarché ?

Ce qui est compliqué c’est d’avancer de manière régulière en suivant la disponibilité des gens qui s’engagent. Nous sommes deux permanents salariés et pour le reste il faut composer avec les agendas de gens qui donnent de leur temps. C’est aussi un modèle très nouveau, hybride entre bio et conventionnel. Cela pose la question de qu’est ce que c’est qu’un bon produit. Un produit local peut avoir un impact carbone supérieur à un autre importé de plus loin. Il faut donc se mettre d’accord sur ce qu’on veut et comme c’est un projet collectif, c’est toujours plus long.

Les supermarchés coopératifs français forment-ils un réseau ?

Nous sommes indépendants mais nous nous connaissons et nous voyons au moins deux fois par an. Nous échangeons aussi par mail et téléphone. C’est très important, on a besoin de développer des process qui nous simplifient la gestion, notamment sur le plan technique et informatique. Nous partageons aussi des fournisseurs qui font de bons tarifs, des principes de gouvernance…

Est ce que tu es satisfaite de ton changement de vie ?

Je suis ravie parce que honnêtement je pensais pas que ca prendrais si vite. Beaucoup de gens de toutes les classes sociales sont prêts à donner leur temps pour changer la donne sur l’alimentation, respecter les producteurs, leur propre santé. Je suis très fière et je me dis que c’était un bon choix, même si ce n’est pas toujours simple.

Le 22 septembre 2017


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