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La Paillasse, auberge espagnole de la science

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Rencontre avec Thomas Landrain, « biohacker » et fondateur de La Paillasse, laboratoire ouvert et citoyen.

« Qu’y a-t-il dans mon assiette ? » Pour Thomas Landrain, c’est une des informations scientifiques que chaque citoyen devrait pouvoir produire par ses propres moyens, en dehors de tout cadre institutionnel. Et c’est l’un des premiers projets du laboratoire «ouvert et citoyen » que ce normalien docteur en biologie synthétique cofonde avec quelques amis en 2011 : La Paillasse. « Nous avions un espace de 15 m2 installé dans un squat de banlieue parisienne, à Vitry. »

Le code barre génétique à la portée de tous

Biologistes, ingénieurs, designers… amateurs ou professionnels s’ingénient alors à développer une version low-cost et « bidouillée » du code-barres génétique (DNA barcoding). Une méthode d’analyse biologique qui détermine la signature génétique d’un échantillon organique. «Nous avons réduit le temps d’analyse d’échan- tillon à 4 heures au lieu de 3 jours et le coût à 5 euros au lieu de 200. » Le Quick&Dirty DNA barcoding était né. « C’était tellement simple qu’on pouvait l’apprendre à n’importe qui, s’enthousiasme le biohacker.

Le protocole a été publié en open source [libre accès] et repris un peu partout dans le monde. Nous avons tenu beaucoup d’ateliers, les gens venaient avec leur assiette pour en analyser la composition. Avec cette première initiative, nous souhaitions montrer la valeur de cette science participative en termes de contre-pouvoir citoyen », précise Thomas Landrain. Ironie du sort, le scandale de la viande de cheval dans les lasagnes surgelées éclate peu après, début 2013.

Accélérateur de l’écosystème des technologies 

Aujourd’hui, La Paillasse n’a plus rien de clandestin. Logée au fond d’une impasse de la rue Saint- Denis à Paris depuis juin 2014, elle occupe un local sur deux niveaux, bénéficie de subventions de la Mairie de Paris, tandis que les projets attirent les partenaires. « On a connu un saut quantique en passant de 15 à 800 m2 ! », s’amuse Thomas.

L’endroit a des airs d’auberge espagnole pour scientifiques et curieux de passage, une quarantaine ce jour-là, 30 ans de moyenne d’âge. En guise d’entrée, une vaste pièce à mi-chemin entre la salle de cours et la cafétéria. Dans l’autre grande salle, plus studieuse, des petits groupes sont absorbés par leur travail. Dans les caves voûtées, règne une ambiance de laboratoire. Ici une sorte d’atelier de couture pour créer des biotextiles, là une start-up spécialisée dans les drones… Amateurs ou professionnels, certains sont là en invités, d’autres payent un loyer en tant que résidents. « On fonctionne comme un accélérateur de l’écosystème des technologies, tout en cherchant un modèle économique viable », explique le biohacker.

Ateliers et conférences libres se tiennent tous les soirs et le week-end. « Il est important que La Paillasse reste un lieu de partage et de rencontres. » Encore le meilleur moyen de faire sortir la science de la rigidité des cadres académiques pour inviter le citoyen à en prendre sa part : ce normalien qui avoue n’avoir jamais vraiment aimé les études ne pouvait rêver mieux.

Hugo Jalinière

Le 15 mars 2016


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