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Sylka, l’institut de beauté nomade qui visite les prisons

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En cas de coup dur, la beauté est reléguée en fin de liste. À Marseille, un institut de beauté solidaire mobile et éphémère, Sylka, vient à la rencontre de celles qui ont remisé les petits gestes beauté au placard.

Sophie Kardous est à l’origine de ce projet. Cette ancienne éducatrice de santé a toujours travaillé auprès de publics en difficulté. Dans les années 2000, parmi les travailleurs sociaux qui s’occupent d’insertion, elle remarque que personne ne travaille sur l’estime de soi. « Il existait bien des esthéticiennes dans les hôpitaux pour les patients atteints de cancer, mais cela n’existait pas ailleurs », se souvient-elle. Or, la demande est bien plus large. Même l’Organisation mondiale de la santé recommande d’employer ce type d’outils pour accompagner les personnes en difficulté. « Le travail passe par le respect de soi, de son corps, le “prendre soin”. »

Sophie va combler ce manque avec son amie Karima Ourabah qu’elle rencontre lors d’une formation d’esthétique. « Je cherchais un outil pour élargir les questions d’insertion et d’éducation à la santé, tout en y intégrant la notion de revalorisation de soi. » Dans certains milieux, l’accès à la santé n’est pas une évidence. Trop cher, trop complexe, le parcours de soins demande une énergie qui manque bien souvent. « Dans les univers où j’interviens, santé et insertion fonctionnent ensemble. Si on est en mauvaise santé psychique ou physique, on aura des difficultés d’insertion. » Sylka n’est pas un salon de beauté low-cost. « C’est un dispositif social à part entière. Ce n’est ni un espace pas cher ni un espace de relooking. »

Sophie Kardous, qui a fondé l’institut de Beauté Solidaire.
Sophie Kardous, qui a fondé l’institut de Beauté Solidaire.

Faute de moyens, en 2013, l’institut de beauté devient mobile et éphémère. L’équipe d’une, deux ou trois personnes se rend donc plusieurs fois dans l’année à la prison des Baumettes, dans les locaux de la protection judiciaire de la jeunesse, dans des Ehpad ou des centres sociaux. Elles arrivent avec une mallette de vernis, de la cire pour épilation, des paires de ciseaux… À travers une initiation aux produits naturels, elles abordent des thèmes inattendus comme la surconsommation ou le respect de l’environnement. « Yaourt, miel, concombres…, de nombreux produits de beauté se trouvent dans nos frigos. Ils sont donc plus accessibles qu’on ne l’imagine. » Les recettes de cosmétiques et les conseils-beauté s’échangent, les filles se papouillent, puis très vite elles parlent d’inégalités, d’exclusion, de maladie. « L’atelier permet de renforcer l’aptitude de chacune à s’occuper d’elle, mais pas que. Nous travaillons sur la relation à soi et aux autres. »

La beauté n’est pas une fin en soi, c’est un tremplin pour aborder bien d’autres choses. Sophie Kardous veut aller plus loin et songe à inventer un nouveau métier, celui de « géronto-esthéticien ou coiffeur ». Elle souhaite organiser des ateliers mère-fille à destination de celles atteintes de la maladie d’Alzheimer… Il est vrai que dans ce domaine, l’offre manque cruellement.

Dates clés

2000 : création d’un centre de télétravail pour personnes handicapées

2003 : rencontre avec Karima Ourabah

2005 : création d’Hygia, qui deviendra Sylka Beauté Solidaire, à Malpassé (dansles quartiers nord de Marseille)

2008 : soutenu par la Fondation de France

2013 : développement du concept d’institut éphémère

17 novembre 2016 : organise un institut de beauté éphémère au Théâtre de l’œuvre, à Marseille (13)

 

 

Photo de une Joseph Morris

Le 10 janvier 2017


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