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Au Brésil, journalisme renouvelable pour information plus humaine

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Corruption, crise économique, concurrence numérique : les médias brésiliens subissent de plein fouet ces écueils. Pour proposer une autre information la Caravana do Jornalismo a pour vocation de montrer un autre visage du journalisme au grand public.

Au milieu de la vaste Praça Floriano du centre de Rio de Janeiro, trône une caravane noire. La « Caravana do Jornalismo »  : 70 mètres carrés d’exposition itinérante sur le journalisme brésilien, gratuite et destinée à mieux faire comprendre la profession au grand public. La crise de confiance envers les médias n’est pas qu’une affaire française. En septembre dernier, à l’annonce de l’impeachment de Dilma Rousseff, les Brésiliens dénonçaient l’implication du PIG (Partido da Imprensa Golpista), un sobriquet utilisé depuis l’ère Lula pour désigner l’ensemble des grands médias brésiliens. « Nos grands groupes de presse sont détenus par une oligarchie de familles puissantes qui, d’après moi, servent toutes des intérêts politiques et financiers », pose Thiago. Le photojournaliste prend une feuille et trace une verticale au centre. Il liste d’un côté les médias qui, d’après lui, méritent l’attention des lecteurs:  Piauí, CartaCapital, The InterceptBrasil. De l’autre côté, les noms des plus grosses diffusions du pays : O Globo, Folha de S. Paulo ou Veja, que Thiago note en titrant : « lixo ». En VF : poubelle. « Il faut tout de même regarder un peu ce qu’ils écrivent, nuance-t-il. D’une certaine façon, cette manière de traiter l’info dit aussi quelque chose de la société.»

Des articles “de solution”

Comme en France et ailleurs dans le monde, la presse au Brésil traverse une grave crise économique. L’année dernière, une vague de licenciements s’échouait sur Valquiria Daher et des centaines d’autres journalistes brésiliens. Virée de chez Globo après quinze ans de service, Valquiria pointe du doigt le passage au numérique, « un problème international ». La journaliste travaille désormais depuis un espace de coworking situé sur les pentes de Glória, un quartier de la Zona Sul. Dans l’immense édifice blanc de 2000 mètres carrés –architecture ultramoderne, terrasse et poufs dans une déco épurée–, le box loué par Projeto #Colabora paraît minuscule. Le nouvel employeur de Valquiria n’est autre qu’Agostinho Vieira, ancien rédacteur en chef et directeur de la publication d’O Globo. Vieira a quitté la rédaction du grand quotidien pour fonder un média « plus humain ». Même si le noyau de l’équipe ne regroupe que quatre journalistes, le site rassemble les articles d’une centaine de collaborateurs indépendants sous la même ligne éditoriale : « Parce que le monde peut être plus créatif, tolérant et généreux. » Les thèmes « éducation », « santé » ou « culture » côtoient d’autres rubriques moins classiques comme « économie collaborative », « économie verte », « déchets » ou « mobilité urbaine ». « #Colabora propose un focus sur le développement durable au sens large », résume Valquiria Daher.

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Dans Projeto #Colabora, les thèmes « éducation », « santé » ou « culture » côtoient d’autres rubriques moins classiques comme « économie collaborative », « économie verte », « déchets » ou « mobilité urbaine ».

« Une sorte de philosophie, complète Agostinho Vieira, qui estime que la presse traverse également une crise de contenu. Il y a de plus en plus de confusion entre ce qui compte et ce qui ne compte pas. On se jette sur les dernières bassesses politiques pour produire du sensationnel alors qu’il faudrait injecter plus de vraie vie dans l’information. On peut parler des mêmes sujets que les grands médias, mais les aborder sous un angle qui garde une connexion avec la réalité des lecteurs. » Reste à régler les problèmes de portefeuille. Projeto #Colabora a pu se financer grâce au crowdfunding et au sponsoring de… Coca-Cola. Si un tel partenariat paraît étonnant pour ce projet –d’autant que la marque n’apparaît nulle part sur le site –, Agostinho et Valquiria assurent que le groupe américain ne s’immisce jamais dans le contenu éditorial.

Vieira, malgré 100 000 visiteurs uniques par mois et 34 000 likes sur Facebook glanés en seulement un an, n’a pas la folie des grandeurs: « Quand on cherche constamment à grossir, on perd de vue que l’on travaille d’abord pour l’intérêt collectif. » Même s’il existe évidemment un véritable enjeu à sensibiliser le public aux thématiques abordées. Tant que l’intérêt envers le développement durable grandira dans le monde, « le journalisme de solution », ou « journalisme constructif », trouvera de plus en plus de lecteurs. « Même s’il n’existe pas encore de presse papier spécialisée dans ce domaine au Brésil , analyse Valquiria Daher, on trouve de plus en plus d’entreprises dans le collaboratif, comme Dinneer ou le Curto Café, où le prix de la consommation est libre. » #Colabora touche aussi son public grâce à la production de quatre web-séries et de magazines courts sur les « bons plans » du collaboratif. Le premier anniversaire du site, à la fin du mois, sera l’occasion d’un bilan. La Caravana do Jornalismo, elle, poursuivra son tour du Brésil si sa campagne de crowdfunding le permet. Peut-être que Thiago inscrira bientôt le nom de Projeto #Colabora sur sa feuille. Et du bon côté.

 

 

Le 1 décembre 2016


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