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Au travail, l’ère du switch est arrivée

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91% des français ne sont pas satisfaits par leur carrière professionnelle. Fort de ce constat, Clara Delétraz et Béatrice Moulin ont créé Switch Collective, un organisme qui accompagne ceux qui veulent conjuguer travail et sens.

Michael tapote frénétiquement son stylo sur la table. “Se faire engueuler sans craquer, c’est une compétence, ça? ” plaisante le jeune homme. Ce mardi de septembre au SchooLab, un espace de coworking parisien, 40 personnes se sont réunies pour la même raison : “Faire le bilan, calmement.” Ils ont six semaines pour faire le point avant de, peut-être, switcher pour de bon. Traduire : changer de vie. “91% des salariés français ne se sentent pas satisfaits par leur carrière professionnelle, pose Clara Delétraz, cofondatrice de Switch Collective. Les gens ont besoin de s’engager.”

Du ministère à Switch Collective

Passée par le cabinet de Fleur Pellerin au ministère de l’Innovation et de l’Économie numérique, Clara a décidé de prendre elle aussi un tournant. Avec Béatrice Moulin, son associée, elle a monté un programme pour inspirer et aider ceux qui se retrouveraient comme elles, au bout du rouleau. Clara lance un PowerPoint. “Les nouveaux emplois ne correspondent pas à des métiers, explique-t-elle devant une image tirée de la série The Office, et 50% des jobs d’aujourd’hui pourraient être automatisés et donc disparaître d’ici dix ans. À l’ère du switch, les entreprises recrutent des profils multifonctionnels. Le temps n’est plus à la standardisation!”

La méthode a été conçue d’après une approche pluridisciplinaire, tirant des enseignements aussi bien de la psycho, la philo ou la littérature que du management ou de la culture populaire. La première leçon est donnée par Jacques Brel : “Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est avoir l’envie de faire quelque chose.” Bon. Clara cite ensuite la théorie des “multipotentiels” d’Emilie Wapnick, écrivain et speaker aux conférences TedX, puis celle des intelligences multiples du psychologue Howard Gardner. Elle ajoute : “C’est aussi ce que Leonardo Lospennato appelle le Da Vinci Curse : aujourd’hui, on trouve de plus en plus de gens polyvalents, qui cultivent plusieurs intérêts à la fois. Parce qu’ils ne sont pas experts dans un domaine, cette polyvalence est vécue comme une malédiction. À l’ère du switch, au contraire, ce sera une bénédiction.”

Bonne nouvelle, l’ère du switch, c’est maintenant ! 70% des switcheurs auraient entre 28 et 40 ans. Si Clara estime que la quête de sens est un phénomène qui concerne toutes les générations, il n’est pas adapté à toutes les bourses : switcher vous coûtera en moyenne 490 euros, 1 999 euros pour une formule sur-mesure, plus personnalisée. “C’est vrai que tout le monde n’a pas les moyens, concède l’entrepreneuse. Mais si vous regardez le prix des coachs ou des conseillers d’orientation, effectuer un bilan de compétences peut parfois coûter le double.” Afin de rendre l’offre plus accessible, Switch Collective tente d’obtenir l’agrément “Organisme de formation”, qui accorderait aux intéressés un financement grâce au DIF (Droit individuel à la formation).

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“50% des jobs d’aujourd’hui pourraient disparaître d’ici dix ans.
À l’ère du switch, les entreprises recrutent des profils multifonctionnels” – Clara, de Switch Collective.

 

 

Exercices pratiques

Aujourd’hui, les switcheurs travaillent sur des exercices en binôme. Chacun doit lister les grandes expériences de son parcours professionnel et académique pour déterminer ses aptitudes. Le cahier de Michael est plein de ratures, de flèches qui partent dans tous les sens, d’encadrés ajoutés sur les bords. Lorsqu’il s’agit de décrire son métier, le jeune homme de 26 ans hoche la tête en cherchant ses mots : “Ça s’appelle consultant en systèmes d’information. En gros, je travaille pour une entreprise de grande distribution, où je pilote un projet lié au service après vente. Je modélise des processus et je propose des solutions aux problèmes. J’anime des réunions d’équipe, aussi. Je ne sais pas comment expliquer.” Après le bac, Michael a entamé des études d’ingénieur “sans grande conviction”, avant de s’orienter vers l’aspect commercial du métier. Il a décidé de switcher “dans une logique de quête spirituelle, de travail sur soi”.

Sa buddy, Marion, 31 ans, écoute et balance des verbes pour l’aider : “identifier, schématiser, convaincre, organiser…” Elle jette un coup d’œil à la feuille de Michael et le charrie : “Non, peut-être pas organiser!” Puis vient le tour de la jeune femme: “Moi, je suis comme les polyvalents dont parlait Clara : je sais à la fois tout faire et rien faire.” C’est vrai qu’elle a enchaîné les expériences : des études de droit à Toulouse, de commerce à l’École supérieure de commerce de Paris, un job de journaliste dans un magazine d’économie, un autre de consultante à l’Institut du commerce extérieur à Madrid, du bénévolat pour le Marathon des sables et même une courte carrière de guitariste au sein de l’orchestre de son école.“À chaque fois, je saisissais des opportunités. J’ai pu tenter plein de choses différentes mais, du coup, je n’ai jamais pris le temps de me poser et de me demander : qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire?”

L’exercice suivant s’attaque justement aux désirs et aspirations de chacun. Les mêmes mots reviennent : “libre”,“indépendant », “nature”. Clara Delétraz observe que la majorité des switcheurs se lancent dans l’entrepreneuriat ou en free-lance, même si certains changent simplement de poste dans la même boîte. “C’est le corporate switch, précise Clara.Tous les virages ne sont pas radicaux. On ne veut pas créer des clones, même si on constate effectivement des tendances.” Romuald, lui, a été assistant social pendant quinze ans avant d’avoir la révélation. “J’ai switché tard, regrette le quadra. Comme tout le monde, je voulais changer de voie depuis un moment, mais je tournais en rond. Ici, on n’est pas tout seul. Et on avance.” De son côté, Michael aura appris une chose ce soir : “Toutes mes limites sont mentales.” Il rêve désormais d’une vie sans rature.

 

 

 

Le 2 novembre 2016


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