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Dans ce hangar, on transforme les chutes de matériaux en œuvres d’art !

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Chutes de bois, décors de théâtre, caisses de textiles, bobines de fil et cuirs multicolores sont stockés à la « Réserve des arts » en attendant d'être réemployés. Étudiants ou professionnels y trouvent leur bonheur et créent en recyclant.

« Ici, c’est la caverne d’Ali Baba, le lieu rêvé des plasticiens ! » s’exclame Sandrine Andreini, petites lunettes design et large sourire. Dans la nef d’un grand hangar, au milieu des chutes de bois, d’anciens décors de théâtre, de caisses de textiles, de bobines de fil et de cuirs multicolores, la directrice de la Réserve des arts explique l’originalité du concept : « L’association récupère des rebuts et des chutes de matériaux dans les entreprises, notamment du luxe, du bricolage et de l’événementiel. Elle les valorise – c’est‑à-dire qu’elle en fait l’inventaire et les expose ici, à Pantin ou à la boutique parisienne du XIV ème et sur le site internet – pour les revendre aux professionnels de la création : stylistes, costumières, chefs décorateurs, étudiants en école d’art… » Autrement dit, une belle manière de réduire durablement les déchets, de soutenir le secteur culturel et de promouvoir le réemploi.

Tout est parti de la rencontre, en 2008, entre Sylvie Bétard, passionnée de photographie et Jeanne Granger, alors adjointe de direction à la Fédération des professionnels de l’art contemporain. Réunies pour un projet artistique, elles découvrent l’engagement écologiste du sculpteur Frans Krajcberg. « De là, ça fait tilt, commente Jeanne de sa voix douce. Les entreprises cherchent à se débarrasser de leurs déchets et les professionnels de la création ont constamment besoin de matériaux de récupération pour réaliser leurs œuvres. » Alors, comment satisfaire ces deux demandes ? En fait, l’association new-yorkaise Materials for the Arts a développé le concept depuis trente ans. Jeanne, parfaitement bilingue, part une semaine en immersion là-bas, déterminée : « Je voulais comprendre, rencontrer tous les acteurs : les créateurs, les entreprises, les services municipaux concernés (propreté, éducation, culture…) voir les indicateurs de réussite, les subventions, etc. »
Jeanne et Sylvie cofondent la Réserve des arts. Elles quittent toutes deux leur boulot et pendant huit mois, à temps plein, sont sur tous les fronts : « En plus de trouver des entreprises donatrices, d’exposer, de vendre, il fallait convaincre l’Administration de reconnaître notre modèle hybride mi-entrepreneuriat, mi-militantisme. Notre innovation a fini par l’être, se souvient Jeanne, le regard clair et pétillant, avant d’expliquer sa prise de recul. La Réserve, c’était un peu notre bébé, mais il fallait passer le relais, apporter d’autres compétences… D’où l’arrivée de Sandrine. »

La Réserve des arts©
La Réserve des arts©

Aujourd’hui, Jeanne et Sandrine sont fières, la réserve compte huit salariés, dix-sept plasticiens « valoristes ». Une soixantaine d’entreprises, inscrites dans une démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises), conscientes qu’un déchet a un coût, font appel à la Réserve des arts. « Le pari, c’est qu’il y a des professionnels et des étudiants qui ont le savoir-faire, l’imagination, pour dégoter un déchet (à des prix défiant toute concurrence) et lui donner une deuxième vie. Par exemple, ce grand panneau de bois peut servir pour un décor ou de support pour un peintre », insiste Sandrine Andreini, avant de conclure la visite par l’atelier : « Ici, les créateurs peuvent fabriquer directement au milieu des matériaux. Les machines-outils ont été achetées grâce à une campagne de financement participatif. Des formations sont également proposées. » Sans réserve, l’art d’engager une révolution culturelle.

BIO Express
Jeanne Granger
1979 : Naissance à Paris
2002 : Bachelor Glasgow School of Art
2006 : Master pro Institut d’études européennes Paris-VIII
2009 : Premières collectes de la Réserve des arts
2011 : Certificat entrepreneuriat du Cnam
2015 : Lancement du site Obliqueecology.com

Sandrine Andreini
1977 : Naissance aux Lilas (93)
2001 : Diplôme d’ingénieure en télécommunications
2012 : Reconversion dans le développement durable et l’insertion professionnelle
2013 : Directrice de la Réserve des arts

Le 9 juin 2016


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