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Nos politiques sont trop frileux ? Cette asso a financé un revenu de base pour quatre personnes

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Monrevenudebase.fr a lancé une campagne de crowdfunding, suite à laquelle 4 personnes tirées au sort toucheront 1000 euros par mois pendant un an. Militant écologiste et Président de l’association, Julien Bayou revient sur les objectifs politiques et sociétaux de cette expérimentation unique en France.

Grâce aux contributions des internautes, vous venez de financer un quatrième revenu de base. Êtes-vous satisfaits de l’engagement suscité par votre campagne ?

Oui, la campagne se termine aujourd’hui, on va donc prochainement tirer au sort la quatrième personne. Notre premier objectif était de pouvoir obtenir des témoignages de profils très différents recevant ce revenu. De ce point de vue, on est satisfaits puisque parmi les élus on compte une personne qui touche le RSA, une qui travaille à temps partiel et une autre qui appartient à la classe moyenne. Bien sûr, quatre personnes, c’est peu, mais notre deuxième objectif était évidemment de susciter le débat dans la société pour changer d’échelle. Nous effectuons un travail de plaidoyer avec le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB).

C’est donc une expérimentation à visée politique ?

De façon surprenante, nous avons été reçus par le gouvernement dans le cadre dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté. Dire qu’on les a convaincu serait mentir ! Mais on sent qu’ils sont assez démunis en terme de solution, à part regrouper ca et là telles allocations. À l’heure où le pays compte 20 % d’enfants pauvres, nous militons pour un changement d’échelle et une expérimentation dans certains territoires. Douze départements sont déjà partants. Des villes telles que Grande-Synthe ou Arras sont également intéressées par le revenu de base.

Comment allez vous mesurer les effets de ce revenu sur les personnes concernées ?

Ca sera par leurs déclarations : on ne va pas contrôler leur compte en banque. Pour l’instant, les trois premiers bénéficiaires ont accepté de témoigner de manière anonyme. Mais le quatrième pourrait tout aussi bien choisir de ne pas témoigner du tout. Il faut que ce revenu soit inconditionnel, sans contreparties, autrement on fausse l’expérience. En tout cas, ce que l’on peut dire pour l’instant, c’est que les trois tirés au sort prennent la chose au sérieux et dépensent leur argent avec précaution. L’une des personnes va ainsi en profiter pour entamer une nouvelle formation. On sort du débat de comptoir où chacun y va de sa conviction sur le revenu universel pour observer son effet concret.

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Julien Bayou chez KissKissBankBank, le plateforme de crowdfunding qui a hébergé la campagne.

Mais peut-on vraiment tirer des conclusions sur le revenu universel à partir d’une expérimentation financée de cette manière et pour si peu de personnes ?

Il y a des tas de biais et il n’est pas question de le nier. Mais ce qu’on sait par contre sans biais, c’est que le système actuel ne fonctionne plus. Le budget de l’État est en déficit depuis 1981 et le chômage ne parvient pas à baisser, sans parler du mal-être au travail. Le pragmatisme, c’est donc de faire un pas de côté pour tester autre chose. Nous sommes les premiers à demander une expérimentation à plus grand échelle avec comité scientifique indépendant. Il faudrait aussi tester l’effet du revenu de base sur de nouveaux publics : mères célibataires, agriculteurs… Nous invitons chaque citoyen a en parler avec ses élus politiques.

Comment expliquer que cette idée séduise de plus en plus, à gauche comme dans la Silicon Valley ?

En fait on parle de ce revenu depuis le 18e siècle. En 2009 les Écologistes l’avaient porté lors des élections européennes. Récemment, Benoit Hamon a réussi à faire se rencontrer cette idée et la société française. Je crois qu’il y a une remise en cause croissante de la croissance et du mythe du plein emploi, accentuée par la perspective des prochaines vagues de robotisation. Le modèle de protection sociale assise et financée sur le travail a du plomb dans l’aile avec la montée du chômage et du travail indépendant. Cela devient un vrai problème de société auquel il faut apporter de nouvelles réponses.

 

Pour en savoir plus et contacter ou soutenir l’association, rendez vous sur monrevenudebase.fr

Photo de une : lors du tirage au sort du premier revenu de base.

Le 30 janvier 2018


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