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Michel Bauwens « Pour la transition écologique, la réponse est dans les communs »

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Pour Michel Bauwens, l’économie des communs génère des économies d’échelle qui favorisent son développement. Entretien.

Comment définissez-vous l’économie collaborative ?

Je parle plutôt d’économie des communs, afin de mieux faire la différence entre des projets centrés sur le profit, comme Uber et Airbnb, et des projets véritablement collaboratifs de partage. La mobilisation des ressources existantes (voiture, logement, permis de conduire) chez Uber et Airbnb passe ainsi par une mise en concurrence des individus. De plus, chez Uber, les véhicules transportant juste un conducteur ou un passager tournent en continu, alors que dans une véritable économie des communs, une voiture partagée peut remplacer jusqu’à douze automobiles !

Avec l’économie des communs, nous sommes dans des modèles qui intègrent leurs externalités négatives pour les neutraliser. L’État a un rôle à jouer en prenant des mesures en faveur de cette économie.

L’économie collaborative recouvre-t-elle désormais une large échelle ?

Différentes études vont dans ce sens. Celle d’Homo Cooperans en 2015 [1], les travaux de la chercheuse Tine De Moor, d’Institutions for Collective Action, aux Pays-Bas, et une étude sur la Flandre du think tank Oikos, à Gand, permettent d’estimer que le nombre de ces initiatives a décuplé en dix ans. Ce mouvement est assez général en Europe. En Grèce, de nombreuses initiatives se font jour autour des infrastructures, en réaction aux manquements croissants de l’Etat et du marché, en retard sur les besoins des citoyens. En Italie, le règlement de Bologne sur la régénération des communs en ville a permis la reconquête des friches industrielles en s’appuyant sur la société civile. Ces initiatives, déjà anciennes, connaissent un essor depuis 2008.

Pensez-vous, comme Jeremy Rifkin, que cela va nous mener à une troisième révolution industrielle ?

Je pense comme lui que la transition écologique, grâce aux énergies renouvelables, nous permet d’atteindre un modèle plus efficient avec un coût marginal de production d’énergie égal à zéro. Mais Jeremy Rifkin ne pose pas suffisamment la question des limites des ressources disponibles. Or, la réponse est dans les communs : grâce à la mutualisation des usages, on peut éliminer jusqu’à 80 % des frais, tout en gardant le même niveau de fonctionnalité. Prenons une voiture individuelle qui n’est pas utilisée 80 % du temps. Si elle est partagée, son usage est rentabilisé. Autre exemple, une association comme L’atelier paysan, en France. En produisant leur propre matériel, ces entrepreneurs, issus du milieu agricole, créent des produits plus durables puisqu’ils sont également usagers et évitent donc l’obsolescence programmée.

Erwan Floc'h©
Michel Bauwens – Crédit : Erwan Floc’h

Ainsi, ils ne mutualisent pas seulement les machines et leur usage, mais aussi le partage de la connaissance technique. Quant à Open Source Lab, à San Francisco, leurs microscopes coûtent un huitième d’un instrument classique puisqu’ils ne protègent pas la propriété intellectuelle et font des économies sur les budgets de stockage et de marketing. Enfin, dans le secteur du care, aux Pays-Bas, Buurtzorg est un collectif créé en 2006 par quatre soignants libéraux qui souffraient du fait qu’on leur imposait la rentabilisation de chaque geste. En donnant du temps, en créant du lien, y compris avec le voisinage, ils ont accru l’autonomie des patients et réduit de 40 % l’usage des prescriptions médicales. Aujourd’hui, ils sont près de 10 000.

Dans le cadre de cette transition, vous défendez aussi le revenu universel. Pourquoi ?

C’est une pièce essentielle pour passer d’un régime marchand tourné vers le profit à un régime contributif tourné vers les communs. Les modèles économiques des communs sont à la fois moins chers et génèrent moins de profits. Dès lors, le revenu universel autorise chacun à prendre des risques et à libérer son imagination. C’est aussi une reconnaissance par l’État et la société que les citoyens sont d’importants contributeurs. – Propos recueillis par Naïri Nahapétian

Le 14 juillet 2017


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