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La Ruche qui dit oui lève 8 millions d’euros et soutient 13 fermes

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Pour rapprocher encore plus paysans et consommateurs, la startup va développer sa plateforme et subventionner des exploitations durables partout en France. Entretien avec Guilhem Cheron, fondateur.

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Guilhem Cheron, fondateur de La Ruche Qui Dit Oui © LRQDO

Vous venez de lever 8 millions d’euros. Quels sont vos objectifs ?

On a visé des fonds qui étaient dans notre culture : à la fois technologiques (Union Square Ventures) et environnementaux (Quadia). L’objectif, c’est de se donner les moyens de nos ambitions, à savoir inventer de nouvelles façons de produire et de consommer la nourriture. Et une des clés, c’est la technologie. On a besoin de développeurs car notre plateforme est encore assez basique et de ressource humaine pour essaimer à l’international.

Tout cet argent va essentiellement être utilisé pour améliorer la plateforme ?

C’est une question centrale. Prenez Uber. Pour l’utilisateur, c’est très simple de réserver un véhicule. Mais en réalité, c’est extrêmement complexe de faire se rencontrer l’offre et la demande. L’expérience et l’ergonomie sont primordiales pour fidéliser le client. Dans notre cas, c’est compliqué, du fait que nous devons coordonner des achats groupés.

Certains militants pensent qu’on peut se débrouiller avec un site mal foutu et compter sur l’engagement des gens pour faire le reste. Mais si c’est plus facile d’acheter un truc à manger au supermarché du coin que de commander sur La Ruche, le cerveau va se rabattre sur la première option. Il faut le prendre en compte si on veut avoir un impact.

Vous allez aussi investir dans des fermes.

Exact. Nous avons lancé avec l’association Fermes d’avenir un appel à projet pour 13 exploitations innovantes, une par région [selon le découpage de la réforme territoriale, ndlr]. Le mot d’ordre, c’est de favoriser une agriculture qui régénère la nature, comme la permaculture. Chaque ferme se verra financée à hauteur de 10 000 euros, plus 20 000 euros via campagne de financement participatif. On a déjà reçu plus de 200 candidatures.

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Distribution d’un côté, production de l’autre : l’objectif est-il de court-circuiter la grande distribution ?

Tuer les supermarchés, c’est la mission des autres supermarchés ! Nous, ce qu’on veut, c’est arriver à asseoir l’agriculture durable. Et pour cela il nous faut réinventer toute la chaîne : culture, distribution, consommation. On a maintenant 700 ruches ouvertes, et ce n’est qu’un début. Il faut nous assurer de pouvoir provisionner cette demande croissante. C’est une position spéciale, un peu comme si Airbnb devait favoriser la construction de logements pour réussir. Sauf qu’en plus, nous, on gère des actifs beaucoup moins liquides [à valeur constante, ndlr] puisqu’il s’agit de nourriture.

Comment expliquer ce manque d’offre dans l’agriculture durable ?

L’agriculture héritée des révolutions vertes est la seule qui produit encore du confort pour les agriculteurs. Plus j’ai d’hectares, plus je vais avoir de subventions, avec lesquelles je vais pouvoir m’acheter un beau tracteur et faire vivre ma famille. Je comprends que les jeunes agriculteurs fassent ce choix. D’autant qu’à côté de ça, les maraîchers bio arrachent les poireaux avec les dents et peinent à joindre les deux bouts. Il faut construire un nouveau récit collectif autour des fermes de demain, montrer qu’on peut être paysan durable et avoir une vie normale, en laissant la nature travailler à notre place. C’est ce qu’on espère faire avec Fermes d’avenir.

Côme Bastin / @Come_Bastin

Le 22 juin 2015


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