Guide consocolaborative

Coliving : « Un laboratoire mondial de l’habitat partagé est en train de voir le jour »

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

Dans les grandes villes, nombreux sont ceux qui se sentent isolés ou ne connaissent pas leurs voisins. Pour retrouver le sens de la communauté, le coliving - ou habitat partagé - se développe et avec lui de nombreuses startup. Alors, effet de mode ou véritable réinvention de l’habitat ?

A l’occasion du Co-Liv Summit qui a eu lieu les 11 et 12 octobre derniers, nous sommes allés à la rencontre d’Amaury Courbon, co-fondateur de Colonies, l’un des jeunes acteurs du coliving en France. Propos recueillis par Clémentine Duxin.

Que t’inspires le concept de coliving aujourd’hui ?

Le coliving, c’est un terme qui est extrêmement large mais ne veut pas dire grand chose. A partir du moment où tu vis avec quelqu’un, tu « colives » ! Il faut donc bien le définir, et pour nous, le coliving c’est répondre à un besoin commun.

C’est-à-dire ? Comment Colonies concrétise cette vision ?

Notre vision s’incarne dans le projet de Fontainebleau, où on a conçu un produit complètement adapté aux étudiants de l’INSEAD. Ils veulent leur indépendance, ont une trentaine d’années et un certain niveau de vie. Donc, on leur offre un studio avec une salle de bains et une kitchenette. Ensuite, on leur donne accès à des espaces partagés : une cuisine et salon spacieux, un grand jardin meublé avec une terrasse et un terrain de pétanque. Dîners, évènements, soirées : ils peuvent vivre tout un tas d’expériences, car ils sont vraiment chez eux. Ensuite, la grande force de notre modèle c’est qu’on va leur offrir ce dont ils ont besoin en terme de flexibilité. Aujourd’hui, un étudiant peut arriver et repartir deux mois plus tard. Sur le marché traditionnel, c’est plus compliqué car ils n’ont ni CDI, ni garants ; voire sont étrangers. Nous, on ne leur demande rien. On leur donne la flexibilité dont ils ont besoin : ils peuvent aller et venir comme ils le souhaitent, on stocke même leurs affaires !

Le concept est-il donc né des besoins des étudiants ?

Le coliving peut effectivement s’adresser aux jeunes actifs, et c’est ce qu’on fait aujourd’hui. Mais on peut aussi en concevoir pour des familles monoparentales ou des personnes âgées. Nous on a commencé à Fontainebleau parce qu’on avait cette opportunité via l’un de nos investisseurs. C’est là qu’on a découvert la puissance du concept de coliving : ce n’est pas simplement un mode de vie voué à se développer dans des métropoles très denses, mais potentiellement partout où des gens partagent un besoin de logement commun. On a donc testé beaucoup de choses, et on s’est rendus compte que chaque projet était très dépendant du tissu économique local. On est en train d’ouvrir deux espaces à Paris et un à Bagnolet (Seine-Saint-Denis).

Comment répondez-vous aux besoins sociaux sur un territoire donné ?

Nous avons répondu à un appel à projet dans le 19ème arrondissement de Paris, où le maire nous a dit qu’il y avait un grand nombre de familles monoparentales en difficulté. Chez Colonies, on relève ce défi social et on propose un produit où, une semaine sur deux, on peut transformer le salon en chambre d’enfant avec une cloison modulaire. On met aussi une crèche au rez-de-chaussée et potentiellement une jeune fille au pair disponible selon les besoins. Finalement, ce sont ces services qui accompagnent le logement qui font le coliving. Aujourd’hui, ce sont autant des étudiants, que des jeunes couples, que des personnes âgées ou médicalisées, qui vont se loger dans des appartements classiques de 30 ou 40m2.  Elles vont donc être en compétition sur les mêmes biens, alors qu’ils ont des besoins très différents. Ça n’a aucun sens !

Comment s’impliquent les acteurs concernés (collectivités, entreprises) ?

On rencontre régulièrement l’administration de l’INSEAD comme les maires des arrondissements. On est même allés voir l’UNESCO, qui a besoin de logements temporaires, pour une durée de six mois ou un an. On aide les municipalités, les entreprises, finalement tous ceux qui manifestent un besoin de logement spécifique. On a aussi travaillé sur une résidence d’artistes, en allant à la rencontre des futurs usagers pour comprendre ce dont ils avaient besoin : une chambre, un atelier ou encore un lieu d’exposition. C’est seulement en écoutant les parties prenantes, en partant de leurs besoins spécifiques, que l’on conçoit une offre pertinente.

Et comment fait-on pour que ce concept corresponde à une réalité économique ?

Je ne suis ni magicien, ni subventionné. Je crée un logement et j’obtiens des loyers. Je ne peux donc pas faire une offre irréalistement abordable, sinon je n’existerais plus dans deux ans. À l’inverse, chez Colonies on s’engage sur des durées fermes très longues, de six à douze ans, voir plus. On ne se dit pas qu’on crée un concept, on se dit qu’on est là pour le faire vivre, parce qu’on a la conviction profonde que le marché de l’habitat doit se réinventer, dans le monde entier. D’ailleurs le coliving existe déjà en Asie, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud… Un laboratoire mondial est en train de se créer et c’est intéressant de le voir ici au Co-Liv Summit. On sent qu’il y a un besoin, et tout le monde se demande comment l’aborder — nous on décide d’y aller à tâtons. On s’engage, on investit notre temps et notre argent, on ne peut pas se permettre de ne pas en faire un projet durable.

Le 17 octobre 2018


Comments

comments

Sur le Même sujet