Guide consocolaborative

La Consommation Collaborative : quel impact sur l’économie, demain ?

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

Nous voici en terrain glissant. A force d’évoquer avec vous la Consommation Collaborative et ses contours, il m’a semblé intéressant, bien que risqué, de commencer à questionner le concept, sa portée réelle et son impact potentiel sur l’économie et notre vie « sociale ».

Photo by Deshazkundea under Creative Common licence

Alors que je suis amené à présenter le mouvement de la Consommation Collaborative à des proches ou des amis, une remarque m’est souvent faite en ces termes : « la Conso Collaborative, c’est une contestation anticapitaliste en fait… le collectivisme, c’est le propre de l’organisation communiste non ? »

Comment leur répondre et surtout comment situer la Conso Collaborative par rapport à deux propositions économiques alternatives plus globales et antagonistes que sont le Capitalisme Vert –entendu comme un investissement accru dans l’économie verte pour insuffler de nouvelles formes de croissance– et la Décroissance –mouvement anticonsumériste, rejetant l’économie et la société de croissance dans son ensemble et plaidant pour la prise en compte de nouveaux indicateurs de richesse et une relocalisation des activités économiques afin de réduire l’empreinte écologique- ?

Plusieurs commentateurs anglo-saxons ont déjà expliqué en quoi le mouvement de la Collaborative Consumption n’a rien à voir avec le collectivisme, ce post intitulé « Sharing is communism » – Insane Myths About Collaborative Consumption est intéressant par exemple. Surtout, ce qui à mon sens est passionnant avec le mouvement de la Collaborative Consumption est le fait qu’il s’inscrive dans un cadre capitalistique des plus traditionnels. J’en veux pour preuve Relay Rides dans lequel a récemment investi Google, Airbnb qui a levé plus de 7 millions d’Euros, vient de dépasser le million de nuits « collaboratives » réservées sur son site et qui continue de croître à une vitesse sidérante ou, plus près de chez nous, Laruchequiditoui, dans lequel ont récemment investi Kima Ventures et Marc Simoncini.

Ceci étant dit, tous les projets rentrant dans le champ de l’économie collaborative ou du partage n’ont pas le même attrait en termes de retour sur investissement pour les investisseurs. Pour citer deux startups qui explosent littéralement outre-Atlantique et qui sont donc comparables en termes d’activité et de visibilité, le chiffre d’affaires d’un Thredup -échange de vêtements et de jouets pour enfants en peer-to-peer- est encore négligable par rapport à celui d’Airbnb –place de marché permettant de proposer son logement à la location à la nuitée-. Les startups de la Conso Collaborative se positionnant sur des nouvelles formes de partage et d’échange directs entre particuliers, celles intégrant un aspect transactionnel ont a priori un potentiel de croissance de leur chiffre d’affaire et de rentabilité plus important.

Intégrer les règles du jeu capitaliste ne signifie pas en accepter toutes les dérives : les startups de la Conso Collaborative ont en commun de posséder un ADN « revendicatif ». De par sa nature-même, le mouvement de la Conso Collaborative est empreint d’une certaine dimension contestataire à l’égard du consumérisme ambiant et de la société dans laquelle nous vivons. Enfin, nombre de projets collaboratifs gravitent autour de l’Economie Sociale et Solidaire. Je pense par exemple aux réseaux mondiaux à but non lucratif de recyclage Freecycle ou de partage de logements entre backpackers Couchsurfing et, à l’échelle française aux réseaux des Amap et des Ressourceries.

En résumé, les modèles de Conso Collaborative s’inscrivent la plupart du temps dans un cadre capitalistique traditionnel mais visent également un nouveau modèle d’entreprise, consciente de son environnement et de ses externalités et ce, pour une raison simple : les valeurs associées au mouvement font qu’il est stratégiquement intéressant pour une startup de la conso collaborative de se positionner clairement en termes d’impact social et environnemental. Et puis, pourquoi donc ce besoin de cataloguer ces initiatives ? L’entreprise sociale ne pourrait-elle pas progressivement devenir la norme et rester attractive, y compris en termes de retour sur investissement pour les actionnaires ? Contradictoire allez-vous me dire ?

Je persiste à croire, comme Tristan Leconte, fondateur d’Alter Eco, que « rentabilité économique, équité sociale et respect de l’environnement ne sont pas incompatibles ». Le phénomène de Consommation Collaborative en est l’une des meilleures illustrations par sa capacité à insuffler des innovations sociales et durables « en douceur » du fait de son adéquation avec les règles du jeu capitalistique.

Toutes les formes de partage qui émergent actuellement ont en commun d’être des inventions pragmatiques de formes d’utilisations des ressources plus efficientes mais aussi et surtout plus pratiques pour le consommateur jusqu’ici nourrit au consumérisme exacerbé. La conso collaborative, ce n’est pas un retour en arrière (« à l’âge de pierre » diront certains) et aujourd’hui cela devient tendance… Ce mouvement n’en est cependant qu’à ses prémices : pour une perceuse louée à un particulier, un trajet de voiture partagé, une nuit passée chez l’habitant, un panier « collaboratif » estampillé Amap, combien de comportements plus traditionnels, de produits achetés et jetés avant-même leur première utilisation ?

Mais, la question mérite d’être posée : que se passerait-il si ces nouveaux modes de consommation collaborative devenaient nos modes de consommation par défaut et quel impact cela aurait-il sur notre économie de croissance ? Il s’agit-là d’une question piège à laquelle il est impossible de répondre simplement, une question qui n’attend pas une réponse uniquement économique, mais aussi et surtout, politique.

Deux reportages diffusés ces dernières semaines sont particulièrement éclairants à mon sens. Le premier, intitulé « Prêt à jeter » et diffusé sur Arte, met en perspective le principe de l’obsolescence programmée , mal de nos sociétés consuméristes ; il conclut en laissant la question suivante en suspens : le modèle de société de croissance est-il compatible avec les limites de notre planète ? Deux solutions sont esquissées : le capitalisme vert et la décroissance. Le second reportage, diffusé sur M6 dans l’émission Capital Terre, part du même constat -notre hyperconsommation n’est pas soutenable- et met en lumière, avec le sensationnel qui caractérise la chaîne, les progrès de demain censés nous permettre de concilier hyperconsommation et sauvegarde de la planète, progrès qui permettraient de générer de nouvelles formes de croissance (verte).

Le rapport avec la consommation collaborative, me direz-vous ? La conso collaborative, s’inscrivant au sein du cadre plus général de l’économie de fonctionnalité, est entrain de tracer une nouvelle voie de fait entre Capitalisme Vert et Décroissance : solution intermédiaire et complémentaire, tout aussi soutenable et certainement plus réaliste pour maintenir notre niveau de consommation dans une planète aux ressources limitées.

En illustration de ce billet, je vous recommande de suivre cette présentation passionnante réalisée par des étudiants d’HEC de 4 scénarios de (dé)consommation envisageables à l’horizon 2050 aux titres plutôt évocateurs (Sous perfusion, Au pied des Murs, Label Vie et Le Goulag Vert). Si vous ne deviez en suivre qu’un, je vous recommande la présentation du scénario « Label Vie » (à partir de 35’30’ ‘) correspondant au scénario le plus proche de la Consommation Collaborative, le plus positif des quatre présentés aussi 😉

Dans les prochaines semaines, je publierai des billets « éclaireurs » sur ces trois concepts que sont l’obsolescence programmée, le Capitalisme Vert et la Décroissance afin de tenter d’expliquer en quoi le phénomène de Consommation Collaborative met à mal le principe d’obsolescence programmée et permet d’esquisser l’évolution nécessaire de nos modes de consommation et de production. En attendant, vos opinions sur les idées développées dans ce billet sont les bienvenues ! Je progresse dans ma compréhension de ce que représente le phénomène de Consommation Collaborative ; comme je le disais en introduction, il me semble qu’il est temps de commencer à oser questionner le concept, sa portée réelle et son impact potentiel sur l’économie et la vie « sociale ». Je serais donc ravi d’échanger sur ces questions avec vous.

Pour aller plus loin :

– le point de vue de Tristan Lecomte publié sur Lemonde.fr : Les Alternatives économiques existent,

– un article intéressant sur le Capitalisme Vert : Le Capitalisme Vert, nouveau stade du Capitalisme

– un billet polémique sur la décroissance : Une critique de la Décroissance.

Photo by Deshakundea under a Creative Commons License.

Restez branchés !

Antonin

Le 28 février 2011


Comments

comments

Sur le Même sujet