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« Pas besoin de cultiver un bout de terre en Ardèche pour être écolo » 

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Réaliser chaque jour une action écolo ou citoyenne pour réussir sa transition en un an : c’est le défi auquel nous invite le livre de Julien Vidal. Un ouvrage qui s’appuie sur son expérience personnelle et la communauté qu’il a rassemblé autour de son blog. Entretien.

Comment l’idée du livre  « Ça commence par moi » a-t-elle germé?

Après deux missions humanitaires en Colombie et aux Philippines qui ont duré sept ans, j’ai regagné la France en 2016. Pendant un an, j’ai alors partagé sur mon blog çacommenceparmoi.org une action écolo ou citoyenne tous les jours. Une communauté s’est formée autour de ce projet, elle rassemble aujourd’hui 50 000 personnes sur les réseaux sociaux et 500 000 visiteurs sur le site. J’organise presque chaque semaine des rencontres ou des ateliers notamment à la Recyclerie, à Paris. J’anime une émission de radio où l’on invite des acteurs du changement à vraiment s’exprimer. J’ai choisi d’écrire ce livre-guide, inspiré des expériences relayées sur mon blog. L’idée c’est de lever les freins qui empêchent les gens d’accélérer leur transition.  

Ça commence par moi©

De quelle manière compte-il aider à devenir plus écolo ?

Ce livre est un outil pour la transition, un récit jeune et urbain. Il s’agit de montrer au grand public qu’il n’a pas besoin de partir cultiver un bout de terre en Ardèche pour agir. Le livre s’articule autour de douze chapitres, un par mois. Chaque mois permet d’approfondir une thématique : alimentation, consommation durable, réduction énergétique et même spiritualité. À la fin de chaque partie, il y a une sélection d’actions positives à mettre en place. Je ne prétends pas me poser en exemple, mais je propose un récit personnel : je raconte comment j’ai décidé de m’attaquer à un problème, quelles sont les bonnes pratiques que j’ai découvertes, les blocages que j’ai réussi à lever.

Les petits pas suffiront-ils encore à changer le monde ?

En ce moment, j’entends beaucoup que les petits pas ne fonctionnent pas. Ça me hérisse, parce que par petit pas, on comprend éteindre la lumière et couper l’eau quand on se brosse les dents. Et, je trouve que c’est paresseux de les limiter à ça. Effectivement, les petits pas sont des petits gestes, mais plus on avance et plus ils aboutissent à de plus grands pas. Éteindre la lumière ça déclenche des tas des choses : passer chez Enercoop, déposer son argent au Crédit Coopératif, préférer voyager en France ou devenir végétarien. Mis bout à bout, ces pas m’ont permis de diviser par 5 mon empreinte carbone et par 10 la taille de ma poubelle.

Julien Vidal – Ça commence par moi©

Maintenant que Nicolas Hulot a démissionné, est-ce que vous pensez que c’est aux citoyens de prendre le relai ?

Ça montre surtout qu’on a besoin d’une cohérence. Je pense que Nicolas Hulot s’est retrouvé dans un groupe qui manquait de cohérence écologique. Il a beau avoir bataillé, il n’a pas réussi à accomplir tous les objectifs qu’il s’était fixés. À l’échelle citoyenne, je crois qu’il faut commencer à balayer devant sa porte pour après la jouer collectif de façon harmonieuse. L’un n’ira pas sans l’autre et ça explique aussi pourquoi pas mal de mouvements collectifs n’arrivent pas à la hauteur de leurs ambitions, car les individus ne sont pas accordés. Malheureusement, tout ça freine l’action globale.

Qu’est-ce qui déclenche le passage à l’acte ?

Quand j’ai quitté la France en 2009, le bio c’était des paquets de galettes de riz assez mauvaises et hors de prix. À mon retour sept ans plus tard, il y existait une alternative bio pour chaque produit dans quasiment tous les magasins. En parallèle, on parle très librement de monnaie locale, de supermarchés coopératifs, d’énergie verte, de circuits courts… Je trouve que ça s’accélère et que le discours écologique est devenu moins anxiogène, moins culpabilisant. Avant, les grands récits écologistes comme celui d’Al Gore répétaient des catastrophes tout le long. Or, une étude montre que la peur n’engage que ceux qui sont déjà convaincus, et braque ceux qui sont plus éloignés de ces questions. Demain, le film, ou la COP21, nous ont permis de nous projeter dans un récit collectif dans lequel on pouvait tous s’identifier. Le cyclone ou le tsunami, dans notre quotidien même si ça nous émeut, ce n’est pas le nôtre. Je pense qu’on raccroche les wagons et qu’on n’est plus si loin que ça. Être écolo, c’est être cool maintenant.

 

Sortie du livre « Ça commence par moi », le 6 septembre à La Recyclerie, Paris. Rencontre le 18 septembre à la maison des Métallos à Paris autour du thème « Comment l’art peut s’associer au message écologique », puis événements jusqu’à la fin de l’année en France, Suisse et Belgique.

Le 31 août 2018


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