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Vélos, battes de baseball ou parapluies partagés : le boom surprenant de l’économie collaborative en Chine

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Qui l’eut crû ? En quelques années, quelques 10 millions de vélo partagés ont envahi les rues chinoise. Mais ce n’est pas le seul domaine dans lequel la Chine s’aventure dans l’économie collaborative.

En Chine, il est difficile de les rater : premier moyen de transport urbain, ils sont aujourd’hui omniprésents. Il est également facile de les repérer : orange, jaune ou cyan, ces vélos partagés ne sortent pas de Décathlon. Des entreprises telles que Mobike ou Ofo en mettent des dizaines de milliers à disposition des usagers à travers les villes. Pas de bornes, pas besoin d’attendre, il suffit pour trouver son biclou à n’importe quel coin de rue. Au total on estime que près de 10 millions de vélos partagés parcourent aujourd’hui les rues chinoises.

Lorsque l’on parle d’économie collaborative, la première image que nous avons tous en tête est la Silicon Valley, avec Uber et Airbnb. Mais la Chine devient aujourd’hui la première puissance mondiale de la consommation collaborative. Selon le gouvernement chinois, l’économie collaborative représente 500 milliards de dollars en 2016, et va continuer de grimper pour atteindre 10% du PIB chinois en 2020. Si elle a réussi son envol, c’est grâce à la démocratisation du mobile en Chine : la population a accès à des smartphones de moins en moins chers et toujours plus puissants (Huawei, Lenovo). Selon Matthieu David-Experton, PDG de Daxue Conseil, un cabinet d’études de marché en Chine, « payer avec son smartphone est devenu une habitude en Chine en comparaison avec d’autres pays développés comme les Etats-Unis ou l’Allemagne ». On estime à plus de 800 millions le nombre de Chinois utilisant quotidiennement les applications de paiement mobile, Alipay ou WeChatPay, ce qui est un record mondial. Cet écosystème a donné naissance à toutes sortes de produits et services, dont le plus utilisé est le vélo partagé.

Des universités aux mégalopoles

Les vélos sont en effet tous équipés d’une puce Bluetooth ainsi que de la géolocalisation. Les usagers n’ont donc qu’à télécharger l’application et payer une caution (environ 20 euros) pour utiliser le vélo à 15 centimes la demi-heure. L’argent est prélevé automatiquement de leur application de paiement mobile (Alipay ou WechatPay), une fois que l’utilisateur indique avoir fini sa course. À l’origine, les vélos partagés étaient limités aux universités dans lesquelles les créateurs avaient étudié. Une fois que leur viabilité a été prouvée, ces vélos se sont lancés à l’assaut de la Chine entière. Ofo a ainsi clamé haut et fort être présent dans 44 villes chinoises, avec 3.7 millions d’utilisateurs hebdomadaires.

Les vélos mal garés sont saisis par la police, qui les stocke sans savoir quoi en faire en attendant que les entreprises les récupèrent.

 

La popularité des vélos partagés s’explique par plusieurs facteurs. L’application est intuitive : on peut trouver les vélos grâce à la carte si aucun n’est en vue, puis scanner le QR code présent à l’avant et à l’arrière. Le vélo se déverrouille automatiquement, et l’on peut l’utiliser aussi longtemps qu’on le désire. Deuxièmement, ces vélos ne servent pas pour les longs trajets. En raison de la taille des grandes métropoles chinoises, les vélos ne sont utilisés que pour « le dernier kilomètre », et restent donc généralement dans la même zone. Le prix, proche de zéro, attire également les usagers. Enfin, si ces vélos sont devenus si populaires, c’est grâce au soutien du gouvernement chinois, qui cherche à faire baisser la pollution dans les grandes villes suite aux Accords de Paris. Les entreprises sont donc encouragées malgré quelques problèmes de parking sauvage…

Le modèle s’exporte aujourd’hui en dehors des frontières chinoises : Mobike s’est installé à Manchester, en partenariat avec la mairie. En cas de succès, on peut s’attendre à voir des vélos colorés un peu partout en Europe. De même, Ofo a lancé ses vélos dans l’université américaine d’Harvard, aux Etats-Unis. Tous deux ont fait le pari de s’exporter pour s’approcher de la rentabilité Il est en effet à  noter que comme Uber, les deux groupes n’ont pas réussi à sortir du déficit et sont donc dépendants d’investissements massifs.

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Des projets dans tout le pays

Le succès du business plan du vélo partagé en Chine est tel que les entrepreneurs chinois se sont rués à la conquête de cette nouvelle manne qu’est l’économie collaborative. Des projets qui défient le sens commun occidental ont ainsi vu le jour. L’un d’eux est Zhulegeqiu et permet aux étudiants d’universités ou de sportifs dans les stades de louer des balles de basketball. Les balles sont stockées dans des armoires, et sont prêtées le temps d’un match. Le système est également basé sur le scan d’un code QR, afin d’ouvrir l’armoire et de récupérer une balle. Le projet est pour le moment limité à quelques universités, en attendant de se lancer vers le grand public.

Des projets plus classiques ont également vu le jour pour concurrencer les grands groupes américains. Airbnb a découvert l’existence de Tujia, qui l’a forcé à se lancer dans une course désespérée pour les parts de marché. Uber a quant à lui dû abandonner la Chine suite au succès de Didi Chuxing, qui l’écrasait totalement. Le retrait d’Uber a été couvert par de nombreux articles, et bien qu’Uber ait pu s’en sortir dignement avec des actions de Didi, cette sortie marque la fin de son hégémonie.

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Mais tous les projets chinois ne réussissent pas. Un des plus médiatisés a été Molisan. Cette start-up permettait de trouver et louer des parapluies dans les rues de Guangzhou. Les pluies étant redoutables en Chine, et les Chinoises cherchant à garder un teint pâle, le projet semblait solide. Il suffisait de payer un dépôt de 2€ puis 20 centimes par jour. Mais le problème est venu de là où on ne l’attendait pas : les usagers ont préféré garder les parapluie, plutôt que de les rendre. Près de 300.000 parapluies auraient disparus dans la nature, un coup dur pour la start-up fondée en 2014. Malgré cet épisode, les Chinois continuent de partager et d’utiliser les produits mis à leur disposition et cela promet un futur intéressant pour l’économie collaborative en Chine.

Photo de une : Un coin de rue de Shanghai encombré par les vélos partagés.

Le 25 juillet 2017


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