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Françoise Bernon : une autre économie est possible avec l’ESS

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A la tête du Labo de l'ESS, Françoise Bernon se démène pour combattre les idées reçues et prouver qu'une nouvelle économie sociale et solidaire, est possible.

Françoise Bernon n’est pas de celles dont il est facile de dresser le portrait. Elle ne parle que de ce qu’elle fait, sans jamais dévier vers des futilités. Ce qu’elle fait, elle le fait avec passion. Pourtant son sujet est…comment dire, aride : l’économie sociale et solidaire (ESS), autrement dit le parent pauvre de l’économie. On n’en parle jamais ou si mal… La quinquagénaire chapeaute le Labo de l’ESS, un groupe de réflexion dont la vocation est de faire sortir ce secteur de l’angle mort dans lequel il végète depuis trente ans. C’est dommage d’ailleurs, car l’ESS crée des emplois, génère des revenus et pas qu’un peu. Au total, elle représente 10 % du PIB, compte environ 200 000 entreprises ou structures de tous genres, et plus de 2,38 millions de salariés, soit 12,7 % des emplois privés en France*, ce qui n’est pas rien !

Depuis deux ans, une loi définit et encadre l’ESS. L’article 1, explicite, définit « un mode d’entreprendre […] où le but poursuivi est autre que le seul partage des bénéfices ». Oui ! vous avez bien lu, une autre économie est possible. La mission de Françoise Bernon : « Qu’on parle [de l’ESS] et qu’on comprenne de quoi il s’agit ! » À l’entendre, l’économie sociale est partout. « C’est une économie de proximité, qui implique les acteurs d’un territoire, qui respecte l’homme et l’environnement. Elle concerne les associations comme les entrepreneurs, les étudiants comme les banques. Elle soutient la transition énergétique, la coopération, la parité, les circuits courts… »

Des sujets essentiels, mais qui passent souvent à la trappe. Pour cette femme déterminée, « se plaindre ne sert à rien, il faut agir ». Si une idée ne passe pas, c’est qu’elle est « mal expliquée ». Dans une autre vie, Françoise Bernon s’est occupée neuf ans durant des réfugiés tamouls au sein du Secours catholique. Elle se chargeait des démarches pour l’obtention du statut de réfugiés, aidait à l’apprentissage du français et tentait de leur trouver du travail. Puis a dirigé une entreprise d’insertion dans le domaine de la communication durant treize ans (Alpe).

©Raphael de Bengy
Françoise Bernon, déléguée générale du Labo de l’ESS ©Raphael de Bengy

« Sans le savoir, j’étais déjà dans l’économie sociale et solidaire », sourit-elle. Aujourd’hui, même démarche, même pugnacité, mêmes certitudes. À la tête du Labo, elle met en place des groupes de pilotage, crée une nouvelle communication. En cela, elle est aidée par son époque, car les nouvelles technologies ont sacrément boosté le secteur. Avec Uber, Airbnb, BlaBlaCar…, les échanges économiques se sont transformés.

D’autres plateformes insufflent encore plus de transparence, de collaboration, d’éthique, comme le covoiturage gratuit et solidaire ou la plateforme de réservation d’hôtels indépendants. Dans le domaine de la transition énergétique, des centaines de structures poussent aux économies d’énergie : « On s’intéresse autant à la sobriété qu’à la façon de produire plus d’électricité propre. » Le moins devient plus. « Nous sommes des utopistes-réalistes, nous nous appuyons sur des initiatives réelles qui ont fait leurs preuves. »

Le 1er avril prochain, les acteurs de l’ESS comptent investir le Stade de France pour faire parler d’eux. La campagne présidentielle battra son plein. Les candidats viendront-ils puiser dans le vivier de l’ESS des propositions pour l’avenir ? C’est tout ce que Françoise Bernon souhaite pour 2017.

 

Dates clés

1983  : Françoise Bernon intègre le Secours catholique. Elle travaille avec des réfugiés.

1992 : prend la direction d’Alpe, une entreprise d’insertion spécialisée dans la communication. Six permanents et une vingtaine de personnes en insertion.

19 juin 2011 : participe aux États généraux de l’économie sociale et solidaire sous la houlette de Claude Alphandéry. Elle intègre le laboratoire de l’ESS.

31 juillet 2014 : une loi définit l’ESS. Victoire.

 

 

 

 

Le 3 janvier 2017


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