Guide consocolaborative

Grâce à sa borne, cette étudiante permet aux sans-abris et aux migrants de trouver les lieux d’aides les plus proches

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

De nombreuses structures d’aides aux personnes sans abris existent. Pourtant, leur accès est rendu difficile par manque d’informations. Pour y remédier, Victoria Mandefield a lancé Soliguide, une carte interactive de tous les lieux utiles à Paris, Bordeaux, Nantes et Strasbourg. Une première borne vient d'être insatllée à Bordeaux, un pas de plus vers la rue.

« La communication peut être difficile pendant les maraudes, avec ceux qui ne parlent pas bien français. Ça m’est arrivé plus d’une fois ! Souvent, j’en vois alors qui dégainent joyeusement leur smartphone et  qui ouvrent google translate. Ça nous permet d’échanger et de rigoler ensemble » confie Victoria Mandefield qui embraye « je crois que c’est ce constat, que l’usage du numérique était déjà commun, pour une partie des personnes à la rue, qui m’a fait comprendre l’importance de créer un outil qu’elles puissent s’approprier. Le numérique doit être mis au service du lien social ». Native de Remiremont, la jeune femme a commencé les maraudes en arrivant à Paris en 2014, interpellée « par le manque de solidarité dans les grandes villes ». À cette époque, elle s’investit dans l’association humanitaire de son école d’ingénieur (Unis Pour Agir) puis dans des organisations plus professionnelles, entre la capitale, Nantes et Berkeley (USA).

Forte de son expérience et toujours étudiante, elle crée l’association Solinum en 2016. Dans la foulée, elle développe avec son équipe le site Soliguide, qui héberge une carte interactive de tous les lieux utiles pour les plus démunis. « Trop de sans-abris ou de migrants ignorent où se situent les structures les plus proches pour se laver, s’habiller, trouver à manger, ou accomplir des démarches administratives : 40 % d’entre eux ne bénéficient pas des aides auxquelles ils auraient droit. » En un peu plus d’un an, Soliguide a permis à 7000 personnes d’être orientées grâce aux 3300 lieux référencés à Paris, Bordeaux, Nantes et Strasbourg.

Crowdfunding borné

Borne Soliguide devant la gare de Bordeaux – Soliguide©

Mais pour Victoria et son équipe, ce n’est pas suffisant : « seulement 20 % des SDF ont un smartphone et c’est mal vu d’en avoir un quand on est pauvre. Aujourd’hui, le grand public a une vision très stéréotypée de la pauvreté et accepte très mal l’équipement numérique, considéré à tort comme un luxe ». Elle a alors l’idée, en attendant le bus devant un arrêt équipé d’un écran tactile, de fabriquer des bornes d’informations similaires, directement installées dans la rue. Pour les financer, Soliguide mène une campagne de crowdfunding, en mars dernier. Le succès est franc : en quinze jours, 107 % de l’objectif est atteint.

Depuis, la première borne a été inaugurée à Bordeaux, devant la gare. Soliguide est en cours de négociation avec la mairie de Paris pour s’implanter dans la métropole.

Traduction et diplôme

« On aimerait faire traduire les informations des bornes par des réfugiés dans leur langue natale, en arabe, dari et russe » détaille Victoria. Pour y parvenir, l’équipe rempile pour un second crowdfunding. « On veut augmenter la portée de Soliguide dans d’autres villes pour que les citoyens et les associations enrichissent notre carte, pour qu’à terme tous les lieux d’aide y soient recensés ». Car si en 2012, l’INSEE recensait 143 000 personnes sans abris en France, la FNARS en projette aujourd’hui plus de 200 000. Sans compter les migrants.

« Demain, on veut aller beaucoup plus loin et on a beaucoup d’idées ! On développe un réseau d’hébergement citoyen : Merci pour l’invit ». En parallèle, notre psychologue sociale Domitille Raveau, conduit une activité de recherche autour de l’usage du numérique chez les personnes précaires et dans l’action sociale en 2018. »

Stage de fin d’études, militantisme et numérique : le combat ne fait que commencer pour Victoria qui conclut « une personne à la rue m’a dit « faire la manche, c’est pire qu’avoir un travail de bureau. Au moins au bureau, tu peux aller sur Facebook ! » .»

 

 

L’équipe Soliguide

Jérémie Cook (ergonome), Victoria Mandefield (directrice), Mickaël Communal (Président),  Audrey Désiré (chargée de la cartographie), Domitille Raveau (chercheuse psychologue sociale), Justine Rebours (co-chargée de communication), Neyela Masson (co-chargée de communication).

(de gauche à droite, de haut en bas)

 

 

Le 23 mai 2018


Comments

comments

Sur le Même sujet