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SMart : comment une coopérative d’artistes a séduit 35 000 travailleurs européens

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Sur un modèle mutualiste, cette communauté offre à ses travailleurs de nombreux avantages tels qu’un fond de garantie pour les paiements et une assistance administrative. Compromis entre travail indépendant et salarié, la coopérative innove avec une gouvernance partagée et l’ouverture d’espaces de travail pour ses membres.

SMart est l’acronyme de Société mutuelle pour artistes. Cette coopérative de travailleurs a en effet vu le jour il y a 20 ans, en Belgique, pour répondre aux besoins spécifiques des intermittents et des auteurs : travail irrégulier avec des clients multiples, importants délais de paiements, absence de contrat… Si elle a conservé son nom, elle rassemble cependant aujourd’hui des coopérateurs de tous les horizons : communication, mode, web, conseil…

« De plus en plus de travailleurs basculent, soit par choix soit par nécessité, vers le travail indépendant et ce qui était la norme des artistes devient leur lot aussi, décrit Emily Lecourtois, responsable développement de SMart et anciennement dirigeante d’une structure de développement culturel. Ainsi SMart a rapidement séduit au delà des artistes et après avoir ouvert en France en 2009, rassemble aujourd’hui 35 000 travailleurs en Europe. »

Emily Lecourtois

Fonds de garantie

La coopérative permet à ses membres de continuer à mener leur activité comme ils l’entendent, tout en bénéficiant des avantages des salariés. Au fil du temps, elle a développé pour ses membres de nombreux outils : une plateforme web d’administration, un fonds de garantie pour être réglé rapidement, des assurances (civiles et professionnelles), une assistance juridique, des financements… Depuis, peu, certains membres de SMart bénéficient même d’un CDI, grâce à un mécanisme de lissage des rémunérations.

SMart fonctionne selon les principes du mutualisme : en mettant leur chiffre d’affaire en commun, les coopérateurs peuvent partager les risques et partager des outils auxquels ils n’auraient jamais eu accès en tant que particulier, où même dans une TPE (toute petite entreprise). La contrepartie ? « Nous prenons 8,5 % du chiffre d’affaire de tous nos coopérateurs, dont 2 % pour le fonds de garantie et 6,5 % pour nos services administratifs », explique Emily Lecourtois.

Espaces de travail

Fonctionnant selon le principe coopératif, SMart réinjecte ses bénéfices au sein du projet partagé entre les salariés. Ainsi, l’entreprise a commencé depuis trois ans à ouvrir différents lieux de travail et de création partagés à destination de ses membres, en Belgique et en France (Lille, Montpellier, Paris). « Notre vision à long terme est de développer des écosystèmes avec d’autres acteurs complémentaires espaces de travail, mais aussi structures de formation, incubateurs », décrit Emily Lecourtois.

Lors d’une assemblée générale de la coopérative © SMart

Pour se perfectionner et donner la parole à sa communauté, la coopérative a lancé « SMart in Progress », « un processus permanent de réflexion, d’innovation et de remise(s) en question du projet ». Chaque année, SMart organise ainsi un tour de France de ses bureaux pour développer une gouvernance partagée et démocratique.

Le mutualisme séduit

La communauté de la coopérative est constituée de nombreux salariés qui veulent se lancer à leur compte sans renoncer à leurs avantages. La moyenne d’âge du coopérateur SMart est de 39 ans. Un chiffre un petit peu élevé qui s’explique par le fait que la jeune génération utilise souvent le statut d’auto-entrepreneur. Mais Emily Lecourtois l’assure, « les jeunes sont de plus en plus intéressés par le modèle mutualiste face à la précarisation du travail ». Un modèle qui, face aux crises du capitalisme, « a toujours été une source de réinvention et de résistance  »

 

Le 11 juillet 2018


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