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Énergie collaborative : quand les réseaux de particuliers bousculent les réseaux électriques

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Financement participatif, achat groupés, circuits courts... Dans le domaine de l’énergie également, la consommation collaborative gagne du terrain. Mais le phénomène reste encore timide dans un marché dominé par un acteur quasi monopolistique.

Achetez groupé

On connaissait les achats groupés pour s’alimenter en fruits et légumes bio. Il en existe désormais pour s’alimenter en énergie. Le principe ? « On rassemble un maximum de préinscriptions et on va négocier auprès de fournisseurs alternatifs [autres que EDF, ndlr] un pourcentage de réduction avant de revenir vers le consommateur », explique Raphaëlle de Monteynard, directrice de la communication chez Selectra, un comparateur de fournisseurs d’énergie. La start-up a réalisé trois souscriptions, la dernière à l’été 2016 ayant rassemblé 38 000 consommateurs décidés à payer moins cher. Suivant la même logique, Wattvalue regroupe de son côté la de mande en énergie des entreprises 1 500 contrats de fourniture d’électrici té ou de gaz ont été signés depuis son lancement il y a 2 ans. À la clé : 10% de réduction sur l’addition (électrique). La start-up donne aussi aux entre prises la possibilité d’intégrer une partie d’énergie verte dans leur consommation « avec des producteurs locaux comme de petits barrages hydro-électriques ou des installations photovoltaïques », explique Jean-Marc Dubreuil, porte-parole.

Foule électrique

On trouve de tout dans le crowdfunding, et de plus en plus d’énergies renouvelables. Lancée en 2012, la plateforme Lumo a déjà permis de lever plus de 1,5 million d’euros auprès de particuliers pour soutenir le photovoltaïque, l’éolien mais aussi l’hydraulique « et bientôt de la méthanisation », assure Alexandre Raguet, son directeur. Alors, placer son épargne dans le solaire, ça rapporte ? « Bien sûr, à condition d’être patient : entre 3 et 7% au bout de quelques années. » Les obligations vertes dégagées sur Lumo viennent le plus souvent en appoint de financeurs publics et privés. Pour impliquer encore plus les citoyens dans la transition, Lumo veut les rémunérer d’une façon assez particulière : avec des SolarCoins.

Imaginée sur le modèle du Bitcoin, cette monnaie électronique est générée à chaque fois qu’un mégawatt/h est produit grâce à des sources renouvelables. « Concrètement, tous ceux qui auront participé au financement de projets sur notre plateforme recevront donc des SolarCoins venant récompenser l’énergie qu’ils ont permis de produire », explique Alexandre Raguet. Pour l’instant, la monnaie solaire ne vaut pas un kopeck sur le marché. « Mais Lumo est en discussion avec plusieurs grand groupes tels que Nature et Découverte qui pourraient l’accepter comme bon de réduction en magasin. » Dans le même domaine, l’association Énergie Partagée fait figure d’incontournable. Ce fonds d’investissement collecte l’épargne des Français pour soutenir des projets 100 % renouvelables et 100 % détenus par les citoyens. 11 millions d’euros ont ainsi été rassemblés depuis 2010, permettant à 28 projets de voir le jour.

Opter pour un fournisseur écolo

Après la traçabilité des produits, c’est la traçabilité de l’énergie qui pourrait demain mobiliser les consommateurs. 40 000 d’entre eux ont en tout cas fait le choix de se tourner vers Enercoop, un fournisseur d’électricité 100% verte. La société coopérative a passé des accords avec une centaine de petits producteurs français d’énergie renouvelable. Un peu comme pour les AOC (appellation d’origine contrôlée), ce label a un coût : en moyenne 15% de plus qu’un fournisseur d’électricité « classique ».

À côté de ce fournisseur militant, le dernier-né, c’est Ekwateur. Lui aussi propose de l’électricité verte mais joue la carte du collaboratif. « On incite nos clients à produire leur propre énergie et on leur rachètera bientôt », explique son fondateur Julien Tchernia. Pour cela la start-up a mis au point un calculateur qui permet de géolocaliser la maison d’un particulier et d’estimer son potentiel en termes d’énergie solaire, et facilite la mise en relation avec des installateurs locaux. À noter que ceux qui n’ont pas de toit où poser des panneaux peuvent devenir conseillers téléphoniques à temps partiel pour Ekwateur et être rémunérés pour cela. Né il y a seulement 2 mois, Ekwateur tient pour l’instant de la micro-expérience, avec 600 clients, mais compte « former rapidement une large communauté de particuliers consommateurs et producteurs d’énergie verte », assure Julien Tchernia. En attendant, l’équipe vient de récolter 245 000 euros via une campagne de crowdfunding sur… Lumo. La boucle est bouclée.

Produisez et échangez votre propre électricité

De la même manière que pour les biens et les services aujourd’hui, les particuliers échangeront-ils à terme de l’électricité sans intermédiaires, comme le prophétise Jeremy Rifkin ? C’est en tout cas déjà une réalité à Brooklyn, ou un réseau local fonctionnant sur la technologie blockchain permet à plusieurs foyers équipés de panneaux solaires d’échanger de l’énergie en fonction de leurs besoins. En France, le projet de recherche DAISEE, porté par le laboratoire La Paillasse Saône, entend accélérer l’arrivée de cet « internet de l’énergie ».

EDF, la fin du monopole ?

Imaginé en 1946 par l’État, EDF naît de la fusion de quelques 1 450 entreprises de production et distribution d’électricité en France. Une situation de monopole dont l’opérateur a profité jusqu’à l’ouverture à la concurrence dans l’énergie en 2007. Les consommateurs ne sont aujourd’hui qu’une faible majorité à savoir qu’ils peuvent changer de fournisseur et seulement 10 % à avoir franchi le pas. La loi sur la transition énergétique pourrait accélérer le mouvement. Elle stipule que les producteurs d’énergie verte peuvent désormais revendre leur électricité à n’importe quel opérateur en bénéficiant de tarifs garantis par l’État. Le premier à en bénéficier ? Enercoop, grâce à un arrêté de septembre dernier. Une décision « historique » selon son directeur général Emmanuel Soulias, pour « stimuler l’électricité verte et rapprocher producteurs et consommateurs dans une logique de circuit court ». En attendant, EDF reste le premier fournisseur d’électricité en France et dans le monde.

 

 

 

 

Le 27 décembre 2016


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