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Qwant, l’épopée du moteur de recherche éthique qui veut faire trembler Google

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Concurrencer le géant américain en proposant un moteur de recherche respectueux des données de ses utilisateurs ? Portée par une prise de conscience du grand public, l’initiative un petit peu folle de Qwant - qui vient d'être adopté par l’Assemblée nationale - est en passe de faire mouche.

« En Europe, Google fournit 95 % des résultats de recherche alors que dans son pays de naissance, les États-Unis, il n’a que 65 % du marché, déroule Guillaume Champeau, directeur éthique de Qwant. En Chine, en Corée ou en Russie il existe des moteurs nationaux, mais pas en France. »

C’est en 2012 que l’histoire de ce moteur de recherche français a germé pour faire face à cette anomalie. Sept ans plus tard, il est en passe de réussir son pari : devenir un vrai outil grand public. L’Assemblée nationale française vient de l’adopter officiellement. Une décision qui fait suite à celle de nombreuses organisations publiques et privées : le ministère des Armées, Thales, Audiens, France Télévisions, la Fédération française des banques…

Pas de collecte de données

Mais pourquoi créer un moteur de recherche alternatif est-il si important ? « L’abus de position dominante de Google en Europe pose de nombreux problèmes, explique Guillaume Champeau. Google n’est pas un simple moteur de recherche, mais une plateforme de solution (mail, cartographie, vente) qui rend ses utilisateurs captifs et exploite leurs données personnelles à des fins critiquables. »

À l’inverse du géant américain, Qwant s’est bâti dès le départ sur un parti-pris clair : aucune collecte de données. Un choix qui a plusieurs conséquences détaille son directeur éthique. « On assure la neutralité des résultats, c’est-à-dire que tout le monde aura les mêmes résultats de recherche sur Qwant s’il tape les mêmes mots clés. On n’enferme pas l’utilisateur dans sa propre bulle, on ne fait pas de publicité ciblée, on le laisse maître des choix qu’il fait ».

De Snowden à Cambridge Analytica

Rien n’était gagné pour le challenger français. Même avec de bonnes intentions, pas facile de s’attaquer à un mastodonte déjà rentré dans les habitudes des internautes. Mais l’attention croissante portée par le grand public au respect de la vie privée numérique et plusieurs affaires vont jouer en sa faveur et lui permettre d’élargir sa base d’utilisateurs, au départ essentiellement constituée de militants.

« Il y a eu l’affaire Snowden où l’on a réalisé que Google pouvait être exploité par les services secrets américains, raconte Guillaume Champeau. Puis Cambridge Analytica, qui a montré au grand public que la collecte de données et le ciblage publicitaire pouvaient faire bien plus que vendre des aspirateurs : manipuler les opinions des masses ». En 2016, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est adopté par l’Union Européenne et achèves de faire de la question de la protection des données personnelles un enjeu de souveraineté numérique et démocratique.

160 salariés

Aujourd’hui Qwant est aussi performant que son concurrent américain, affirme Guillaume Champeau. « Cela a pris quelques années, mais nos résultats de recherches sont désormais tout à fait pertinents, notre base d’utilisateurs ne cesse de croître ». Forte de 160 salariés dans ses nouveaux locaux parisiens, la start-up est équipée des meilleurs serveurs et machines dédiés à l’intelligence artificielle.

Les locaux parisiens de Qwant. Crédit : Qwant.

L’avenir est donc ouvert pour Qwant, qui ne s’interdit aucune direction : service de cartographie, outils de travail collaboratifs, messagerie… Mais à la condition de ne pas trahir sa promesse éthique initiale. « Nous ne gagnons de l’argent qu’en proposant de la publicité basée sur la recherche de l’internaute et jamais sur son profil », explique Guillaume Champeau.

Autre chantier en perspective, s’attaquer au marché des smartphones, sur lequel Google a assis son emprise via le système d’exploitation Android. « Le téléphone est une extension du cerveau, on peut y collecter des données beaucoup plus sensibles. Ne laissons pas là non plus Google rendre l’utilisateur complètement captif. »

 

Le 14 novembre 2018


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