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Comment s’y retrouver dans la guerre des primaires citoyennes ?

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Pas moins de trois plateformes citoyennes appellent à contester le monopole des partis sur le choix des candidats. Leur but : faire élire un représentant issu de la société civile. Mais pas facile de travailler ensemble pour tous ces mouvements. Décryptage.

Alors que la droite et la gauche se divisent sur l’organisation de leurs primaires respectives en vue de l’élection présidentielle de 2017, plusieurs collectifs de citoyens ont décidé de créer la leur. Ils se nomment Laprimaire.org, la Primaire des Français et même la Vrai primaire. Leur objectif : faire émerger des candidats de la société civile afin de remettre en cause le monopole des partis. Une demande plébiscitée par 78 % des Français selon un récent sondage. Seule ombre au tableau : en multipliant le nombre de primaires citoyennes, il devient difficile de s’y retrouver. Alors suivez le guide !

Laprimaire.org : un pas d’avance

Lancée le 15 octobre 2015, Laprimaire.org fait office de précurseur dans ce tout jeune champ des « civic tech ». « Le problème de notre démocratie, c’est que les partis ne représentent plus personne. Pourtant ce sont eux qui choisissent les candidats, alors qu’il n’ont en tout que 365 000 membres en France, soit moins de 0,5 % de la population » explique David Guez. Cet avocat a cofondé Laprimaire.org avec son ami ingénieur Thibault Favre. Leur ambition : ouvrir le « casting » de la présidentielle en créant une plateforme open source, neutre et transparente où chacun peut candidater ou être plébiscité par ses pairs.

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Lors d’une réunion de la primaire.org © Laprimaire.org

Pour devenir candidat, il suffit en effet de justifier d’un casier judiciaire vierge et de recevoir le soutien de 500 autres citoyens. Au terme de plusieurs étapes de votes internes, un candidat unique devrait émerger d’ici décembre 2016. La plateforme l’accompagnera ensuite dans la vraie course à la présidentielle. Selon ses organisateurs, Laprimaire.org rassemblerait déjà 25 000 citoyens et 111 candidats, dont seulement 6 femmes. « On aimerait en avoir plus » se désole David Guez, « mais c’est par manque de candidates ».

La Primaire des Français : 6 mouvements et une pétition

Un déséquilibre que l’on retrouve chez La Primaire des Français avec comme seule candidate Corinne Le Page (Cap 21). Lancée le 11 avril 2016, cette plateforme se résume pour l’instant à une pétition appelant à rassembler 500 000 courriels pour ensuite organiser… une primaire citoyenne. Aux côtés de l’ancienne ministre de l’environnement, on trouve d’autres personnalités politiques centristes tel Nicolas Doucerain du parti Nous Citoyens et Jean-Marie Cavada qui a fait scission pour fonder Génération Citoyens. Une présence de professionnels de la politique qui soulève quelques critiques.  Mais sur la plateforme on retrouve aussi des personnalités publiques comme l’auteur Alexandre Jardin qui mène les Bleu Blanc Zèbre, Jean-Baptiste de Foucauld du Pacte Civique et Claude Posternak de la Transition. Autant de mouvements qui tentent de réinventer la politique.

Si selon le site « la primaire des Français est ouverte à tous », il faudra cependant signer une charte impliquant de s’engager à lutter contre le chômage, défendre l’Europe et la laïcité. Un discours entendu visant à « dissuader les candidatures fantaisistes » nous explique Sabine Rozier-Deroche, en charge de la communication de la Primaire des Français.

La Vraie Primaire : encore un effort

Une préoccupation que l’on retrouve chez la Vraie Primaire. Née le 21 mars 2016, cette plateforme est menée par Émile Servan-Schreiber, un entrepreneur expert en intelligence collective et Alexandre Malafaye, président fondateur de Synopia, un think thank indépendant. Leur philosophie ? « L’élection présidentielle est un sujet très sérieux, il ne faut pas dévaloriser la fonction » explique Marie Durand-Smet, une élue municipale qui a rejoint l’équipe en tant que bénévole. Pour candidater, il faudra ici débourser 500 euros de frais de dossier et rassembler 1 000 soutiens citoyens. Une difficulté qui semble freiner les inscriptions car seulement deux candidats sont pour l’instant pré-sélectionnés. Ce chiffre devrait cependant monter à 15 candidats d’ici la fin du mois de mai, selon les organisateurs. L’équipe développe actuellement sa plateforme en partenariat avec l’université de Stanford. Elle devrait permettre à terme un mode de scrutin innovant basé sur la théorie des jeux.

Mais alors pourquoi bâtir autant de primaires citoyennes, au risque qu’aucune ne réussisse ? En cause, une méfiance mutuelle qui flirte dans nos interviews avec des accusations d’entrisme ou d’espionnage technologique. Il serait cependant dommage que ces nouvelles façons de faire de la politique reproduisent les erreurs d’autrefois.

 

Photo de une CC-BY-NC-ND 2.0, Brice Blondel.

Le 28 avril 2016


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