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Et si le stage de troisième devenait vraiment utile ?

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Avec « Pitch mon stage de 3ème », Taoufik Vallipuram veut changer la donne en matière d'éducation dans les collèges défavorisés en favorisant l'accès à des stages formateurs et enrichissants.

 

Selon une étude du Cnesco (conseil national de l’évaluation du système scolaire), 10% des élèves de 3ème sont dans un collège dit « ghetto », c’est-à-dire un quartier sensible et défavorisé. Il est très difficile pour ces jeunes de trouver un stage, et ce pour plusieurs raisons : « Les parents de ces jeunes n’ont pas de réseau professionnel car ils s’agit d’une population ayant des emplois ouvriers ou employés, ou alors ils sont au chômage. Il s’agit souvent d’une population immigrée, qui vient d’arriver dans le quartier, donc les parents ne connaissent personne » constate Taoufik.

Une étude du Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) intitulée « Quand l’école est finie » fait le point sur le futur de ces jeunes, post-collège : Parmi les enfants dont les deux parents sont ouvriers, 21% n’obtiennent aucun diplôme (3% chez les enfants de parents cadres) et seulement 22% obtiennent un Bac+2 et plus (75% chez les enfants de cadres). Taoufik ajoute à cette étude : « Quand tu es enfant de cadre, ton stage de troisième a peu d’incidence sur ta scolarité. C’est tout l’inverse pour un enfant d’ouvrier ».

Rapprochement élèves et entreprises 

Taoufik a lancé son programme en Juin 2015, après trois années de reflexion. Comment monter un programme qui serait une vraie plus value pour les entreprises et qui pourrait aider les jeunes ?

Il fallait commencer quelque part. Taoufik a un ami, prof de mathématiques, au collège Sonia Delaunay dans le 19ème arrondissement de Paris. Il propose à l’administration de ce collège d’accompagner les élèves de 3ème pour qu’ils trouvent un stage dans des petites structures, dynamiques, principalement entreprises du numérique. Après leur approbation, le programme est officiellement lancé en Septembre 2015.

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Côté entreprises, Taoufik fait marcher son propre réseau : « Je contacte seulement les start-ups que je connais ou que mes amis connaissent, au moins sur le projet pilote. Soit elles sont partantes soit elles disent qu’elles ne peuvent pas y participer car les locaux ne sont pas appropriés ou qu’elles ont peu de temps pour s’occuper d’un stagiaire ». Il s’agit aussi de changer le regard des entreprises vis-à-vis des stages de troisième, souvent mal vu et considérés comme des « stagiaires boulets » ajoute Taoufik.

Des jeunes friands de conseils 

Quarante-huit élèves de deux classes de troisième font partie du programme pilote : tout est à construire ensemble. Trente-trois bénévoles, principalement des amis de Taoufik, se sont porté volontaires pour aider ces jeunes.

Chaque bénévole anime un atelier avec quatre élèves, en petit comité. « Ils n’ont pas l’habitude de travailler ainsi, en mode workshop, avec une vraie approche collaborative, on essaye de révéler ce que les élèves ont en eux », explique Taoufik.

L’atelier est divisé en deux (deux fois une heure). Durant le premier temps, ils laissent les jeunes travailler entre eux, se présenter, expliquer leurs compétences, sous l’œil bienveillant des intervenants extérieurs. Puis vient le temps de l’intervention du bénévole, qui leur donne des conseils sur l’attitude, la gestuelle, le sourire et le niveau d’expression. « Après ces conseils et les retours de l’intervenant, les jeunes sont beaucoup plus performants et dynamique, ils osent se présenter, avec moins de complexes, bref il y a une grande différence ! » ajoute Taoufik.

En tout, le programme comporte trois ateliers de deux heures (affirmer ses qualités et compétences, utiliser internet pour comprendre le modèle économique d’une entreprise, et les codes culturels en entreprise), soit six heures d’intervention, sur le temps scolaire. Lors d’un quatrième atelier, organisé le mercredi après-midi, l’équipe de bénévoles fait passer des entretiens réalistes à ces jeunes. S’ils le souhaitent, ils peuvent notamment postuler à un stage au sein d’une des entreprises partenaires.

Les bénévoles s’attachent aux élèves et certains ont déjà proposé de devenir les mentors des jeunes pour les aider dans leurs démarches. « Un de mes amis m’a confié qu’il avait passé les deux heures les plus utiles de se vie », raconte Taoufik.

A terme, l’idée de Taoufik est bel et bien d’essaimer ce programme dans d’autres établissements, à Paris d »abord, puis en province.

 

Gouvernement à l’affût 

Pour le moment, ils n’ont pas d’aides des pouvoirs publics car Taoufik ne les a pas encore sollicités à cause du temps de traitement et de sa complexité. « À terme, nous souhaitons peut-être trouver un partenariat avec une fondation ou une entreprise si le but est louable ».

La même semaine, la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a fait une annonce sur des mesures de rapprochement entre l’école et l’entreprise dans le journal Le Monde. La ministre estime que l’utilité du stage de 3ème est « avéré », mais que sa préparation doit être améliorée pour le rendre plus utile. Pour Taoufik, « c’est sur la bonne voie et c’est une annonce prometteuse, même si cela prendra certainement du temps, car il y une forte inertie. Dans quelques semaines, j’irai peut-être toquer à la porte de l’Éducation Nationale, pour leur présenter le projet. »

 

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Taoufik, porte parole des élèves de 3ème 

Taoufik a grandi dans un quartier populaire de Paris. Après une licence en Économie, il a intégré une école de commerce, pour ensuite travailler cinq ans dans le e-commerce, puis a rejoint la communauté OuiShare, pour laquelle il s’occupe des partenariats pour le prochain OuiShare Fest.

Taoufik est un jeune homme qui a le sens de l’engagement, et qui a de l’ambition pour ce projet : « l’idée est de montrer à ces élèves que ce ne sont pas des rejets de la société. Ils peuvent avoir leur place dans des structures dynamiques, qui font un peu rêver ».

Le programme est axé sur des entreprises du numérique mais certains jeunes ont déjà des idées pour leur avenir. « L’avantage des start-ups, c’est qu’en une semaine tu vois les choses évoluer. Dans ces 48 élèves, il y en a deux qui veulent travailler dans la patisserie, d’autres en boulangerie ou en boucherie. Nous allons aussi les aider à trouver leurs stages ! Ils auront les armes pour se vendre grâce à ce programme ». 

Le 22 décembre 2015


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