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Paris 2024 : les JO les plus durables de l’histoire ?

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Paris organisera bien les JO en 2024. Dans le dossier de candidature, jamais les standards durables n’ont été aussi élevés. Comment y parvenir ?

Enfin, le dossier de candidature de Paris a remporté le Saint Graal ! Et au-delà des considérations politiques, ses engagements en matière de développement durable ont probablement pesé. « Cela a été déterminant, vu ce qui s’est passé à Rio », lâche Célia Blauel, adjointe à l’environnement à la mairie de Paris, chargée de l’environnement. « Pour l’avenir de l’olympisme, ces jeux sont les plus ambitieux sur le sujet », renchérit Jérôme Lachaze, responsable développement durable au Comité de candidature.

JO1S’inspirant de la COP 21 et des accords de Paris, les objectifs fixés dans le dossier de candidature sont séduisants : une réduction des émissions carbone de 55 % par rapport à Londres, 100 % d’énergie électrique, 100 % des sites temporaires équipés de toilettes sèches, zéro gaspillage alimentaire, 26 hectares d’espaces verts sur les sites après les jeux, 100 % des matériaux employés pour les équipements temporaires réutilisés par la suite, etc. Alors, fini la démesure, l’explosion budgétaire, les populations exclues des retombées économiques… autant d’arguments qui font bondir les opposants. Les contestataires sont échaudés par le fait que « pas une olympiade n’a été à l’équilibre depuis 1984 », comme le souligne Frédéric Viale, enseignant et membre du collectif NON aux JO 2024 à Paris.

Des jeux catalyseurs du développement durable ?

« Ces JO seront catalyseurs d’une action qui existe déjà, estime Célia Blauel. La ville de Paris en tant que telle porte un nouveau plan climat neutralité carbone d’ici 2050. On  va appliquer nos recettes aux JO », sur 4  piliers que sont les transports, l’énergie, les bâtiments et l’agriculture. L’élue Verte est même convaincue que « cela va permettre à des gens qui ne seraient pas allés spontanément vers le développement durable, comme les opérateurs d’aménagement urbain, [de s’y mettre] ».

Du côté du Comité olympique, Jérôme Lachaze souligne que la candidature de Paris est « sobre et compacte. Sobre parce que 95 % des sites existent déjà. Compacte car les sites se trouvent dans un rayon de 10 kilomètres ». Aglaé Bernard, cheffe de projet en Seine-Saint-Denis a pu constater que les territoires de ce département avaient déjà effectué leur mue, juste après l’ouverture du Stade de France. Les autres localités plus éloignées de Paris (lire l’encadré) devraient, à ses yeux, bénéficier d’une accélération du processus vertueux. Accélérer les procédures ? C’est bien la crainte des militants anti-JO qui, comme Frédéric Viale, redoutent une explosion des coûts dus à la nécessité de terminer pour 2024 des projets initialement prévus pour 2030 dans le cadre du Grand Paris.

Ces Jeux parisiens, pris dans l’étau d’un programme exigeant, constituent un vrai pari sur l’avenir.

Laisser un héritage

Le dossier contient « seulement » trois projets de constructions pérennes : un village olympique, un village des médias et un centre aquatique. Des infrastructures qui sont nécessaires à un département défavorisé. La construction du village olympique est « très normée et sa reconversion en habitations sera financée par le budget du comité d’organisation des Jeux [privé, ndlr]. L’argent public sera investi dans ce qui va rester », lance Aglaé Bernard, comme pour rassurer les contribuables.

JO2« Nous créerons 5 000 logements sur Saint-Denis et Dugny. Le parc GeorgesValbon à La Courneuve sera désenclavé grâce à un meilleur réseau de transport », précise Jérôme Lachaze. Des transports verts, justement, sont au cœur du dispositif puisque les JO devraient accueillir trois millions de visiteurs. « De nombreuses personnes vont venir en train de toute l’Europe, espère Jérôme Lachaze. On travaille avec la SNCF pour favoriser ce type de transport plutôt que l’aérien », qui représente une empreinte carbone énorme. Pour aller dans ce sens, Célia Blauel confirme que « sur un événement qui comporte tant de déplacements, il faudra effectuer une compensation carbone, en investissant dans les énergies renouvelables dans la zone d’influence, dans des territoires ruraux proches ».

Des projets de « compensation carbone » sont également envisagés à l’étranger pour soutenir des ONG qui agissent pour la reforestation, par exemple. L’héritage sera aussi immatériel. La baignade dans la Seine devrait en être un. « La Seine est l’un des acteurs clés de l’alimentation en eau potable. Il faut être vigilant à investir dans des projets qui vont durer après les JO », reconnaît Célia Blauel. Elle prend l’exemple de la baignade dans les bassins de la Villette. « Il y a deux ans, personne n’y croyait. Cet été, il y a eu 56 000 baigneurs ! Pour la Seine, c’est jouable. En tout cas, on est bien partis. » Réaliste, elle résume : « Les JO ne sont qu’un “événement T” sur le chemin de la neutralité carbone. »

Le défi de l’accessibilité

Si les JO veulent s’afficher comme champions du développement durable, l’inclusivité est un autre fer de lance. Lambis Konstantinidis, responsable sport et intégration paralympique du Comité de candidature, assure que « la question du handicap est primordiale ». À terme, il espère un changement de regard sur le handicap. « Nous avons une véritable ambition de rendre ces JO plus accessibles, indépendamment de la mobilité des visiteurs », explique-t-il. Un vrai défi dans une ville-musée où les monuments anciens et classés limitent le champ d’action.

Néanmoins, même s’il ne promet pas « un métro 100 % accessible d’ici 2024 », il est question d’ajouter des ascenseurs là où c’est possible, de renforcer la signalétique pour les personnes en situation de handicap (police en plus grand nombre, parcours pour aider les personnes avec un handicap mental à s’orienter plus facilement), de prévoir des arrêts de bus accessibles à tous (avec des trottoirs adéquats).

Les nouveaux bâtiments et constructions temporaires seront aux normes. « Cette question est très liée aux Jeux paralympiques, mais pas seulement  : cela peut concerner tout le monde. » Et Lambis Konstantinidis de conclure sur une note optimiste. Il espère bien recruter 6 % de personnes en situation de handicap pour l’organisation même des Jeux. Ces Jeux parisiens, pris dans l’étau d’un programme très exigeant, constituent donc un vrai pari sur l’avenir. Tandis que les anti-JO rappellent une vérité simple, qui sonne un peu comme un aphorisme « à la Oscar Wilde » : « Le meilleur moyen de réduire la pollution… est encore de ne pas polluer. » – Delphine Bauer

Le 1 novembre 2017


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