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Le “crowdshipping” ou quand les particuliers se délivrent de La Poste

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Transport à l’international, d’une ville à l’autre, ou en courte distance… De plus en plus de startup proposent aux particuliers de rentabiliser leur déplacements en livrant des objets. Un marché qui émerge face à des acteurs traditionnels trop chers ou peu fiables.

 

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Livraison de tissu à Téhéran © Kamyar Adl

“On a envoyé des cadeaux à nos clients en Tunisie ou au Maroc dans le cadre d’un jeu concours… Rien n’est jamais arrivé là-bas !”. Peut-être qu’Asma Ben Jemaa aurait du utiliser la start-up qu’elle a elle même co-fondé. C’est en effet pour remédier aux problèmes de livraison vers et depuis les pays du Maghreb que cette Tunisienne a imaginé Jwebi.

Le concept ? Puisque les services postaux de beaucoup de pays émergents sont souvent chers, trop longs et surtout peu fiables, cette plateforme met en relation les expéditeurs de colis et les voyageurs pour qu’ils puissent acheminer lettres et objets d’un pays à l’autre. C’est le “Crowdshipping”.

Épices et magazines de charme

“Beaucoup d’expatriés doivent recevoir des papiers administratifs urgents depuis la France, explique Asma. Ils préfèrent les confier à un particulier que de les voir finir dans les mains de la Poste locale.” Mais Jwebi ne sert pas qu’à expédier des lettres.

Asma raconte ainsi l’histoire de cette femme qui l’a remerciée d’avoir “sauvé son couple” grâce à l’acheminement de magazines de charme qui auraient autrement été interceptés par les douanes tunisiennes. Ou encore de tous ceux qui demandent à des particuliers d’acheter et de transporter vers la France des épices difficiles à trouver – on parle alors de “crowdshopping”.

Concrètement, il suffit d’enregistrer son trajet sur la plateforme pour se voir proposer des objets à transporter par d’autres membres. La négociation du prix est laissée à la charge des deux parties prenantes. À eux également de se donner rendez-vous pour récupérer les objets. “Dans 80% des cas, cela se fait à l’aéroport”, précise Asma. À l’arrivée, Jwebi se rémunère grâce à une commission de 26 %. Pas de quoi, donc, faire de gros bénéfices, “mais beaucoup font aussi cela pour rendre service”.

Transport informel

Il faut dire que cette pratique nouvelle s’enracine dans une tradition plus ancienne, raconte Asma. Les communautés d’Afrique ou d’Amérique Latine s’organisent depuis longtemps afin de trouver des moyens informels  d’expédier leurs biens. “Regardez les boxes des destinations africaines à l’aéroport et vous verrez des gens qui demandent aux voyageurs de transporter des objets pour eux ! Certains passent aussi par les réseaux sociaux.”

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Asma Ben Jemaa et Bayrem Foudhaily © Jwebi

Lancé début 2015, Jwebi a pour l’instant permis 600 transports et en vise 1 000 d’ici la fin de l’année. La start-up compte progressivement étendre son champ d’application à d’autres pays, mais aussi aux trajets nationaux en France. Son défi sera de se démarquer d’une concurrence naissante mais bien réelle. Car le marché du crowdshipping est en ébullition. D’autres startup comme PiggyBee ou Globshop permettent elles aussi d’expédier des colis d’un pays à un autre. Et dans l’Hexagone, beaucoup se sont lancées sur le marché également.

En France aussi

Certes, la France ne souffre pas des problèmes logistiques ou de corruption des pays émergents, mais les services de livraison professionnels y sont extrêmement onéreux. C’est pour cette raison qu’après avoir travaillé pour La Redoute, Eliette Vincent a imaginé, avec Julien Larde, Cocolis.fr. L’objectif de la plateforme : connecter automobilistes et particuliers pour permettre l’acheminement d’objets à bas-coût sur le territoire.

Cocolis.fr permet de faire “entre 30 et 80 % d’économies” par rapport à un transporteur classique comme Fedex, La Poste, ou Chronopost. Un outil de suggestion des prix aide les utilisateurs à fixer le juste montant de leur transaction, pendant que la plateforme prélève 15 %. Au total, comptez 81 euros pour expédier un canapé de Paris vers Lyon, “contre plutôt 300 en temps normal”. Le particulier transporteur touchera lui environ 70 euros. De quoi financer l’essence et les péages.

Courte-distance

Si Cocolis.fr est surtout rentable pour les longues distances et les gros objets, un marché de la “microlivraison” par les particuliers est lui aussi en train d’émerger. Ainsi la plateforme Drivoo propose à ses membres de devenir coursiers en ville pour rentabiliser leurs déplacements. Créée à Toulouse, la startup devrait monter à la capitale avant la fin de l’année.

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Eliette Vincent et Julien Larde © Cocolis.fr

À pied, en voiture, à vélo, en rollers ou en métro, le choix est laissé libre aux “drivers” qui sont rémunérés 4 à 15 euros la livraison (en bons d’achat) selon la distance et le type d’objets transportés. Le tout, plafonné 400 euros par mois. “Il s’agit d’éviter toute professionnalisation et de rentabiliser uniquement les trajets du quotidien” précise Vincent Monteil, responsable des partenariats.

Les grands groupes ne sont pas en reste

D’autres n’hésitent pas à transformer les particuliers en livreurs pour de bon. En juin 2014, Uber a expérimenté son service de livraison, Uberdelivery, à Washington. En septembre dernier, c’est Amazon qui a lancé “Flex”, service de livraison à domicile effectué par des “chauffeurs occasionnels”. Une initiative qui lui a valu des critiques, ces emplois flexibles étant considérés comme très précaires.

En France, les acteurs du transport de biens doivent-ils donc craindre d’être bientôt uberisés par les particuliers ? “Les grosses boîtes n’ont pas l’agilité pour réagir et vont bientôt prendre des participations dans les start-ups de livraison collaborative” pronostique Eliette Vincent, de Cocolis.fr. Un signe : l’incubateur Start’in Post de La Poste. Ouvert en octobre 2014, il accompagne les jeunes pousses dans le domaine du e-commerce, des services de proximité et de l’économie collaborative. En attendant, la livraison collaborative a un boulevard devant elle.

Côme Bastin / @Come_Bastin

Le 27 octobre 2015


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