Guide consocolaborative

L’atelier paysan : agriculteurs, inventeurs et… collaborateurs

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

L’atelier paysan met à disposition des agriculteurs des formations et des plans pour construire eux-mêmes leurs machines et leurs bâtiments. De quoi les rendre plus autonomes.

La légende dit que ça s’est fait au bout de son champ. Joseph Templier, maraîcher bio dans l’Isère, travaillait depuis quelque temps avec un petit groupe d’agriculteurs à l’élaboration de nouveaux outils pour une agriculture alternative. Ce jour-là, avec Fabrice Clerc, technicien maraîchage à l’Adabio (association des producteurs biologiques du nord-est rhônalpin), il a eu l’idée d’encourager le partage des inventions et des adaptations qui se font dans les fermes. Nous sommes en 2009 et les bases de L’atelier paysan viennent d’être posées.

Le fléau du surinvestissement

D’abord sous le nom d’Adabio autoconstruction, le projet de L’atelier paysan prend vite de l’ampleur. Les premières formations sont dispensées en 2011. Un guide de l’autoconstruction est édité. Trois ans plus tard, le réseau devient une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) [1]. Aujourd’hui, elle emploie une douzaine de permanents. Le leitmotiv des fondateurs : rendre aux paysans leur autonomie par rapport aux systèmes d’approvisionnement et à leurs effets pervers.

« Il y a une tendance qui conduit le paysan à poser son cerveau à côté de ses machines. A devenir l’exécutant de solutions pensées pour lui largement hors de sa ferme », accuse Nicolas Sinoir. Cet animateur national du réseau se désole : « Aujourd’hui, le matériel agricole est toujours plus cher et le surinvestissement a tendance à devenir la norme : toujours plus de bêtes, toujours plus de surfaces… Les agriculteurs deviennent dépendants, criblés de dettes, et les moindres variations du prix d’achat par l’aval de la filière menacent une grande partie des fermes. »

L'atelier paysan©
L’atelier paysan©

Souder, meuler, percer

Pour promouvoir d’autres stratégies, les cinq camions-ateliers de la coopérative sillonnent les routes de France, de lycée agricole en maison familiale rurale. Bien que L’atelier paysan ait été lancé dans le cadre d’une réflexion sur le maraîchage bio, ses ateliers s’adressent à tous les types de producteurs intéressés : bio ou conventionnels, éleveurs, maraîchers, apiculteurs, céréaliers… Dans les chantiers d’autoconstruction, ils découvrent durant une semaine comment bricoler leurs propres machines et bâtiments, grâce en particulier à trois opérations simples. « Savoir souder, meuler et percer, ça ouvre un horizon des possibles assez fou », explique Nicolas Sinoir. Aux regards interloqués des débuts a succédé une forte adhésion : « Des maraîchers découvrent qu’on peut construire ainsi trois ou quatre outils pour le prix d’un acheté dans le commerce. »

Au fil du temps, les inventions se sont multipliées : décortiqueur d’épeautre ou plumeuse à volaille nouvelle génération, étoile de boudibinage [2]… Mais surtout, des liens se sont créés entre anciens stagiaires, ainsi que sur le Web à travers toute la France. Car quand une nouvelle trouvaille surgit, les ingénieurs salariés par L’atelier paysan la mettent en plans, puis à disposition de tous sur le site Internet de la coopérative. Plus de 500 fiches y sont déjà répertoriées, des outils finis ou à améliorer. Loin de la culture des brevets et du chacun pour soi, un open source pour les paysans-inventeurs. – Alexiane Lerouge

 

[1] La Scic associe à sa gouvernance à la fois ses salariés, ses usagers et des collectivités locales.

[2] Les étoiles de boudibinage sont des outils pour biner la terre (en casser la partie superficielle afin de l’aérer), fabriquées avec de gros boudins de caoutchouc.

Le 9 octobre 2017


Comments

comments

Sur le Même sujet