Guide consocolaborative

Lalibrairie.com : 2500 libraires adhèrent à une plateforme française pour contrer Amazon

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

Georges-Marc Habib est propriétaire d’une librairie dans le XXe arrondissement de Paris depuis 2004. Pour répondre à la présence d’Amazon sur le territoire français, il a lancé Lalibrairie.com, une plateforme où 2500 libraires mutualisent leurs 300 000 références. Son but : inciter les lecteurs à acheter et à se rendre chez leurs bouquinistes tout en réduisant l’impact écologique des livraisons.

Quelle est l’histoire de Labrairie.com ?

Gorges-Marc Habib : L’idée nous est venue il y a une dizaine d’années avec dix copains libraires, tous adhérents au syndicat de la librairie française. Nous avons monté le collectif Librest et avons mutualisé nos stocks grâce à une plateforme de vente en ligne en Île-de-France. À cette époque, la librairie indépendante accusait un vrai retard à cet égard et Amazon commençait à prendre son essor sur le marché du livre sur internet. À l’occasion du rachat de la générale du livre, un grossiste en ligne qui appartenait à France Télécom — nous avons récupéré le nom de domaine Lalibrairie.com. On a sauté sur l’occasion, pour essayer d’offrir un service en nous regroupant au niveau national, cette fois. 

Comment votre « librairie mutualiste » fonctionne-t-elle ?

Extrêmement simplement. Le client se connecte sur notre site et effectue sa recherche. Nous référençons tous les livres disponibles en langues française (plus de 800 000 références),  1 million d’ouvrages en langue étrangère (11 langues) et des DVD (5000 références). Plus de 300 000 références sont disponibles en 24 heures. Ensuite, nous indiquons au client la librairie la plus proche de chez lui disposant de l’ouvrage. Si le client choisi un point libraire et que le livre qu’il commande y est disponible, alors c’est lui qui lui fournit le livre. Sinon, nous expédions depuis notre entrepôt d’Ivry le livre commandé, chez le point libraire. Nous nous sommes rendu compte à l’usage que nous devions ouvrir notre service à la livraison à domicile, car parfois la point libraire est trop éloignée de là où réside le lecteur.

Les libraires adhèrent-ils facilement ?

Oui et non. Car même s’ils peuvent faire figurer sur Lalibrairie.com leurs logos, leurs horaires, leurs coups de cœur ou leurs agendas, et ça gratuitement, nous réalisons qu’ils préfèrent souvent avoir leur propre site et ne pas être une librairie parmi tant d’autres sur une plateforme. Aussi, sur les 2500 libraires partenaires, seuls 300 nous remontent très régulièrement leurs stocks, ce n’est pas facile de les habituer à cet usage. C’est dommage, car nous perdons en force de frappe.

Quel est votre chiffre d’affaires ? Votre modèle économique ?

Pendant dix ans, nous avons réalisé un chiffre d’affaires compris entre 300 000 et 400 000 euros par an. En 2018 nous sommes passés à 800 000 euros et là, nous progressons encore ! Cette année, nous devrions atteindre les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous sommes passés de 30, à 200 commandes par jour. Côté rémunération, nous prenons une commission de 5 % sur le prix du livre, lorsque c’est par notre intermédiaire qu’il vendu. C’est tout.

Amazon détient 50 % des parts de marché dans la vente en ligne. Comment expliquez-vous votre percée ?

D’une part, nous faisons évoluer notre site continuellement afin qu’il réponde aux attentes des lecteurs, en termes de chalandise. D’autre part, je pense qu’on arrive dans une période où les gens en ont marre des GAFA, qui règnent de manière autocratique sur la vente en ligne. Finalement, une solution alternative comme la nôtre, qui cherche à soutenir les commerces de proximité et adaptée au monde moderne sans toutefois tomber dans la folie algorithmique d’Amazone, fonctionne assez bien. Les clients dans les commentaires qu’ils laissent sur notre site, nous font de bons retours et notre concept a l’air de coller à leurs aspirations.

À quelles limites êtes-vous confrontés ?

Avant j’étais libraire à Aix-en-Provence, ce qui me permet d’appréhender la différence entre être libraire à Paris et libraire en province, ainsi que les problématiques inhérente à cette dernière par certains aspects. Il y a des coûts de transport plus importants, des délais de livraison plus longs aussi. Ce qui est difficile à faire entendre aux clients, quand nous on peine à avoir un livre et qu’Amazon le promet le lendemain dans leur boîte aux lettres. Le client peut avoir du mal à comprendre cette différence de traitement. Il faut savoir répondre à ça, insister sur le soutien dont les libraires indépendants ont besoin. Aussi, pour la livraison, nous ne collaborons pas avec des entreprises qui maltraitent leurs livreurs, par exemple en les menaçant de se séparer d’eux s’ils ne respectent pas un quota de colis distribué tous les jours. Nous travaillons uniquement avec le groupe La Poste, dans une démarche écoresponsable, essayant d’apporter une cohérence de discours, du départ jusqu’à l’arrivée.

Qu’espérez-vous pour Lalibrairie.com ?

Que l’augmentation des clients connectés à notre plateforme incitera d’autres libraires à nous rejoindre ! De cette façon, ils seront plus nombreux à nous faire remonter leurs stocks et nous pourrons proposer un meilleur service à nos clients. Et nous continuons à nous diversifier : nous sommes aussi grossistes, c’est-à-dire qu’on vend n’importe quel livre à n’importe quel point de vente — ce qui est pratique si un libraire n’a pas de compte ouvert chez un grossiste. Nous sommes également distributeurs pour les toutes petites maisons d’édition. Enfin, nous répondons aux appels d’offres des marchés publics d’île de France.

Le 10 mai 2019


Comments

comments

Sur le Même sujet