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Fairphone 2 : l’odyssée d’un smartphone équitable et durable

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Trois mois ont passé depuis la sortie de la deuxième version du Fairphone. À l’occasion du passage de l’équipe à Paris, ConsoCollaborative est allé faire le point sur le développement de ce téléphone pas comme les autres.

Obsolescence programmée, condition de travail des sous-traitants, composants toxiques… Les smartphones, objets fétiches de notre siècle, sont aussi l’objet de critiques de plus en plus vive de la part des consommateurs. Lancé en 2014, le « Fairphone » proposait de changer la donne, avec une attention accrue portée aux conditions de fabrication et à la durée de vie. Preuve que le produit répondait à une réelle attente des consommateurs, ses 60 000 exemplaires se sont vendus comme des petits pains. Au point que l’entreprise néerlandaise en imagine une deuxième version, sortie il y a trois mois !

Rien n’était pourtant écrit. «Fairphone était d’abord conçu seulement comme une campagne de sensibilisation aux impacts sociaux et environnementaux des produits électroniques», raconte Bibi Bleekemolen, en charge de l’impact et de l’innovation depuis le début de l’aventure, de passage à Paris pour le salon Produrable. Mais Fairphone prend un tournant décisif en 2012. L’équipe décide alors de s’essayer à la production, non sans avoir testé son marché via une campagne de crowdfunding qui, en 3 semaines seulement, assure la prévente de 10 000 téléphones. Le reste s’écoule rapidement.

Marge de manoeuvre

Malgré le succès de cette première fournée, la firme essuie des critiques, notamment au sujet du fournisseur chinois avec lequel elle a noué un partenariat. «Comme nous partions d’un modèle de téléphone existant, nous n’avions qu’une faible marge de manoeuvre sur la réduction des impacts sociaux et environnementaux que nous dénoncions depuis 2010», reconnaît Bibi Bleekemolen. Ce que beaucoup de consommateurs engagés ne manquent pas de souligner.

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Bibi Bleekemolen et l’équipe Fairphone dans une usine chinoise © Fairphone

Pour aller plus loin, l’équipe décide donc de prendre la main sur le design complet du téléphone – ce qui implique des investissements beaucoup plus lourds. Outre la phase de conception, coûteuse, tous les composants ont du être préfinancés avant de passer sur la ligne d’assemblage finale. Pari relevé grâce à un prêt bancaire et une nouvelle campagne de préventes : «Fairphone tient en effet à son indépendance, et fait le choix de ne pas ouvrir son capital aux investisseurs», explique Bibi Bleekemolen. De l’extraction des matières premières en Afrique à l’assemblage en Asie, l’équipe multiplie les voyages pour nouer des partenariats et s’assurer des conditions de travail des sous traitants.

Modularité et réparabilité

« Conçu pour être ouvert », le nouveau Fairphone 2 a remporté l’adhésion de la communauté IFixit pour son haut niveau de réparabilité. «L’utilisateur est incité à ouvrir le produit, à découvrir les dessous de sa conception et de sa fabrication», résume la chargée d’innovation. Il suffit de détacher la coque plastique à la main pour accéder au coeur de l’appareil. Les pièces détachées sont disponibles directement sur la boutique en ligne et il ne faut rien de plus qu’un tournevis classique pour changer la batterie, le module appareil photo, le micro, etc.

Cet assemblage modulaire permet aussi de faire évoluer l’appareil sans avoir à remplacer l’ensemble du produit. Par exemple, un nouveau module d’appareil photo sera développé l’an prochain, et les plus exigeants en la matière pourront en faire l’acquisition sans changer de téléphone.

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Le Fairphone se démonte très facilement © Fairphone

Ce qui, du point de vue de l’utilisateur, représente une simplification extraordinaire et attendue, a été l’une des principales difficultés à surmonter dans le travail de Fairphone vis à vis de ses sous-traitants. «La modularité n’est malheureusement pas la norme et les fabricants ont du former spécifiquement les équipes de leurs lignes d’assemblage pour qu’ils puissent appliquer le cahier des charges Fairphone», explique Bibi Bleekemolen.

Réglementations européennes

La phase de conception a permis de s’attaquer aux problématiques environnementales essentielles de durabilité et de cycle de vie du Fairphone. «Sur les aspects sociaux, liés notamment aux phases d’extractions des matériaux et de fabrication des composants, beaucoup reste à faire», reconnaît Bibi Bleekemolen. L’équipe Fairphone complète ainsi progressivement le «mapping» (tracage) des quelques 200 éléments constitutifs du téléphone et des matériaux utilisés, et commence tout juste à développer des relations étroites avec ses sous-traitants, permettant d’introduire plus d’exigences sociales.

N’ayant pas le poids commercial d’un Samsung ou d’un Apple, Fairphone joue de son influence et de sa visibilité pour faire bouger les lignes : de plus en plus sollicité pour participer aux travaux préparatoires de futures réglementations européennes, le petit poucet de la téléphonie entend tirer vers le haut l’ensemble du secteur. «Smart».

Le 13 avril 2016


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