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Ensemble contre les tiques : citoyens et chercheurs s’unissent au nom de la science participative

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Une application permettra bientôt aux promeneurs de signaler la présence de ces acariens ou des cas de morsure. Rencontre avec Jean-François Cosson, l’un des coordinateurs du projet.

Promenons-nous dans les bois et les jardins pendant que les tiques y sont… mais avec notre smartphone. Cela permettra en effet à ceux qui auront été mordus (ou dont l’animal de compagnie l’aura été) par cet acarien parasite tant redouté d’indiquer avec précision où et quand. Voilà ce que propose le projet Citicks (Citoyens et tiques). Démarré en 2016 et coordonné par deux chercheurs de l’Inra, Jean François Cosson et Pascale Frey-Klett, il s’agit d’une expérience originale de science participative concrétisée par une application (iPhone, iPad, Android) téléchargeable gratuitement.

Un pont entre les chercheurs et les citoyens

« Tout est parti d’un double constat, explique Jean-François Cosson. D’une part, un climat tendu et polémique entre malades et médecins, d’autre part, un manque de connaissances sur l’écologie des maladies transmises par les tiques. » Ainsi peut-on se faire piquer en hiver ou en été alors qu’il est admis que les périodes propices sont le printemps et l’automne ? Les tiques sont-elles plus actives à des moments particuliers de la journée ? Et puisqu’elles ne sont plus confinées aux seules forêts profondes, dans quels jardins et parcs urbains sont-elles présentes ?

Autant de questions auxquelles les chercheurs ne savent pas encore répondre. « L’idée n’est pas de dissuader les promeneurs mais de les prévenir et de créer des ponts entre citoyens et chercheurs pour partager des données et mieux comprendre ce problème de santé publique, poursuit le chercheur. Or, nous ne disposons pas de 10 000 étudiants à envoyer en forêt. » C’est pourquoi les scientifiques ont décidé de travailler autrement. Dans un premier temps, ils ont fait appel à l’imagination et à la créativité d’une vingtaine de personnes (chercheurs, patients, médecins, membres d’association et d’agences gouvernementales, curieux…). Tous ont réfléchi, très motivés, à ce qu’ils attendaient d’une application idéale. En s’inspirant de modèles récents déjà présents dans les pays voisins, comme en Suisse où l’application a été téléchargée 40 000 fois en 18 mois.

Jean-François Cosson est spécialiste de l’écologie des maladies  infectieuses à l’Inra de Jouy-en-Josas (Essonne) ©
Jean-François Cosson est spécialiste de l’écologie des maladies
infectieuses à l’Inra de Jouy-en-Josas (Essonne) ©

Les Français se piqueront-ils eux aussi pour les tiques, comme ils l’on fait pour les papillons ou le moustique-tigre dans le passé ? Sans doute si le projet parvient, par exemple, à se doter de « kits à tiques », permettant l’envoi aux laboratoires des spécimens une fois retirés en vue d’analyses bactériologiques. Avant le lancement de cette collecte, qui serait une première en France, les chercheurs proposeront dès la fin de l’année à des volontaires de construire le projet scientifique par le biais de stages de recherche. « Nous avons proposé de doter le projet d’un QG, un lieu pour des échanges, dans un laboratoire du réseau Tous chercheurs, près de Nancy », détaille Jean-François Cosson. Objectif : une plongée dans la réalité de la recherche pour comprendre la démarche scientifique. En attendant de savoir où se concentrent les tiques et comment elles prévoient de nous piquer, mieux vaut ne pas oublier la prévention (vêtements protecteurs, inspection du corps au retour et douche)… et bientôt son smartphone.

Recueil de données : une collaboration entre citoyens et chercheurs

Citicks est un projet de science participative visant un double objectif : mieux comprendre les maladies transmises par les tiques et faire participer la population au recueil des données nécessaires pour éclairer les nombreuses zones d’ombre persistant encore sur le mode et les lieux de transmission de ces insectes. Financé en partie par l’Inra et les collectivités locales par le biais de l’initiative « Tous chercheurs », Citicks s’insère aussi dans le plan national lancé à l’automne 2016 par le ministère de la Santé. – Sylvie Riou-Milliot

 

Le 3 juillet 2017


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