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En Afrique, ce réseau permet aux agriculteurs isolés d’échanger leurs innovations

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Comment accéder à l’information lorsque l’on est contraint de rester sur ses terres et qu’internet est inexistant ? C’est pour répondre aux questions des agriculteurs isolés d’Afrique équatoriale que s’est lancé en 2015 We Farm, un service de partage d’informations de pair à pair et par SMS.

« Un jour, un agriculteur voulait se débarrasser des abeilles sur son exploitation. Il a expliqué son cas via We Farm et plusieurs solutions n’ont pas tardé à lui être proposées. L’une d’entre elles prenait le contrepied en lui suggérant de garder les abeilles, de construire une ruche et d’en commercialiser le miel. Et c’est cette solution qui a finalement été retenue  » raconte Radha Ahlstrom-Vij, responsable communication de Wefarm.

On compte 500 millions de « petits agriculteurs » dans le monde, dont la plupart vivent avec moins de 1 dollar par jour. Faiblement mécanisés, très vulnérables aux effets du changement climatique, ils sont confrontés à de nombreux défis, notamment le manque d’accès aux réseaux de distribution et de financement. Pour s’en sortir, beaucoup imaginent des solutions low-cost. Mais cette innovation se fait souvent de manière isolée, car ils n’ont pas d’outils de communication et vivent dans des zones reculées.

C’est en partant de ce constat que Kenny Ewan a créé Wefarm, un service gratuit, de pair à pair, qui permet aux agriculteurs de partager des informations par SMS. Une solution au caractère révolutionnaire pour une population dont le seul moyen d’accéder à l’information consiste parfois à attendre le passage d’un membre du gouvernement.

Diffuser des innovations à faible coût

Les questions relayées par Wefarm sont d’ordre sanitaire, commercial et vont de la plus simple à la plus complexe. Ma vache est malade et porteuse de tel symptôme, que puis-je faire ? Où puis-je trouver un marché pour vendre des patates douces ? Comment créer un système d’irrigation ? Un algorithme transmet les demande vers le portable d’autres agriculteurs enregistrés sur le réseau, choisis selon le lieu ou le thème de la question.

wefarm

Pour chaque question posée, l’agriculteur reçoit entre 3 et 5 réponses dans les heures qui suivent, pragmatiques et adaptées à ses ressources matérielles et financières. Le réseau favorise au global la diffusion d’innovations frugales – pas dénuées du bon sens paysan – comme un système d’irrigation réalisé à partir d’anciens tuyaux et de bouteilles en plastique.

À la conquête de l’Est

Le service est actuellement disponible en Ouganda et au Kenya, et le sera bientôt en Tanzanie. « Ces pays de l’est de l’Afrique ont pour points communs d’être fortement touchés par le changement climatique et faiblement raccordés au réseau internet. Nous sommes allés en priorité là où le besoin était le plus exprimé », explique Radha Ahlstrom-Vij. Le service a rapidement trouvé preneur : pendant la première semaine d’opération en Ouganda, 1300 fermiers se sont inscrits sur la plateforme. Aujourd’hui, après 2 années d’activité, ce sont plus de 470 000 agriculteurs qui ont rejoint le réseau. Le recrutement d’utilisateurs se fait essentiellement par le bouche-à-oreille entre les agriculteurs.

L’objectif de We Farm pour les années à venir est de s’étendre mais aussi de rendre le service toujours plus intelligent en filtrant les questions et en y apportant les réponses les plus pertinentes. Autre piste de développement : en collectant des micro-informations à grande échelle et dans des zones reculées, la startup espère pouvoir détecter des problèmes d’envergure rapidement. À l’avenir, elle pourrait donc avertir ses utilisateurs ainsi que les gouvernements et ONGs d’épidémies affectant les cultures ou de sécheresses imminentes.

Le 28 novembre 2017


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