Guide consocolaborative

Elles lancent une école de français pour les réfugiés grâce au crowdfunding

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

Thot ouvrira en juin et permettra à des réfugiés et demandeurs d’asile de décrocher un diplôme d'études en langue française (DELF). Le projet, en campagne de crowdfunding, a reçu le soutien de médias (RFI), du tiers-lieu ICI Montreuil et de l’artiste Abd Al Malik.

En France, pour s’intégrer dans la vie sociale et économique, mieux vaut parler français. Mais pour bénéficier de cours de français de bon niveau, il faut avoir de l’argent ou des diplômes. En bref, « c’est le serpent qui se mord la queue », regrette Jennifer Leblond qui lance, avec Héloïse Nio et Judith Aquien, une école de langue française diplômante à destination des migrants non diplômés.

« Thot » (Transmettre un HOrizon à Tous mais aussi le nom du dieu du savoir en Égypte) ouvrira en juin 2016 mais mène actuellement une campagne de crowdfunding sur Ullule. 16 000 euros ont déjà été collectés sur un objectif de 22 500, de quoi ouvrir une classe de dix élèves. Mais « l’idéal est d’atteindre les 75 000, de quoi donner une formation diplômante  à 5 classes, soit 50 personnes », espère Jennifer Leblond. À l’issue des cours, chaque élève doit être capable de décrocher un diplôme d’études en langue française (DELF), reconnu par l’État et à l’international.

Lycée désaffecté

Héloïse Nio et Judith Aquien ont commencé par s’investir au sein du Lycée désaffecté Jean-Quarré, occupé pendant plusieurs mois par plusieurs centaines de réfugiés et demandeurs d’asile. Symbole de la question migratoire à Paris, le lieu a depuis rouvert en tant que centre d’hébergement géré par Emmaüs Solidarité. « Tous avaient des nationalités, des histoires et des niveaux sociaux différents mais nous posaient la même question : où pouvons nous apprendre le français ? », témoigne Héloïse Nio.

thot-team-2
Héloïse Nio, Jennifer Leblond et Judith Aquien © Cyril Chapellier

Car faute de savoir parler français, les demandeurs d’asile  sont obligés de se tourner vers des associations où des interprètes débordés et pas toujours au niveau afin d’avancer dans leurs démarches. « Un Iranien que nous aidions a par exemple dû refaire tout son dossier et réattendre six mois car il avait été rempli incorrectement », raconte Héloïse Nio. Certains doivent même se résoudre à payer pour faire traduire les documents de leur dossier. « C’est comme cela que l’idée de cette école a germé. »

RFI partenaire

À partir de juin, les élèves de Thot recevront 10h de cours par semaine pendant 16 semaines, le tout réparti en dehors des horaires de démarches  administratives. « Et ils seront dispensés par des professionnels rémunérés », précise Jennifer Leblond. Les salaires des profs pèsent d’ailleurs pour 90 % dans le budget total de l’école. « Chacun d’eux parlera une langue native des réfugiés comme l’arabe ou le farsi afin de faciliter le saut d’une culture à l’autre. ». Le reste ira à l’inscription aux examens et à quelques sorties culturelles.

« RFI » et « TV5MONDE », deux médias tournés vers l’actualité internationale, se sont montré intéressés par le projet. Ils formeront gratuitement les professeurs de la future école et mettront à disposition les outils audiovisuels dont ils disposent. « RFI » dispose d’ailleurs de son propre service de formation au français langue étrangère (FLE). De son côté Nicolas Bard, fondateur du fablab et espace de coworking ICI Montreuil prêtera ses locaux pour les cours d’une classe. « L’endroit avait déjà accueilli plusieurs artistes syriens l’année dernière », raconte Jennifer Leblond. L’artiste Abd Al Malik s’est enfin porté parrain du projet car « la maîtrise linguistique est la clé d’autonomie de chacun ».

Proof of concept

Reste que même 50 élèves pèsent peu par rapport au nombre de migrants en situation d’attente en France. Une goutte d’eau dans l’océan ? « Avec cinq classes on fera notre « proof of concept » (preuve que le concept fonctionne), répond Jennifer Leblond. Si on a un bon taux de réussite aux examens, il sera alors plus facile d’aller lever des fonds auprès de fondations ou de l’Europe pour changer d’échelle ».

Au delà du nombre d’élèves, Thot vise aussi à faire changer les pratiques publiques envers les réfugiés et demandeurs d’asile. Car l’action pour l’apprentissage du français se concentre aujourd’hui sur les personnes diplômées au détriment des autres, explique Jennifer Leblond. « Tu es étudiant réfugié statutaire ou non, des universités et écoles ont ouvert des programmes pour toi. Mais quand tu n’as pas le bac ou équivalent, il n’y a quasiment rien pour toi. C’est ce public-là qu’on veut cibler : ce n’est pas parce qu’on n’a pas de diplôme qu’on ne mérite pas l’attention. »

Le 26 avril 2016


Comments

comments

Sur le Même sujet