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Face à la dictature de l’actionnariat, ce fond mutualiste est possédé par les startup qu’il finance

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Pour faire converger le monde de la French Tech et celui des coopératives, Laurence Ruffin a imaginé avec Daniel Pilaud le fond d'investissement Coopventure. Son modèle novateur devrait être expérimenté à partir de janvier 2019.

Le schéma est bien connu et souvent peu profitable à l’intérêt général. Une startup se lance sur un marché et a besoin d’emprunter beaucoup d’argent avant de faire du profit. Les banques refusent de lui prêter et elle se tourne donc vers le capital risque. Une fois que la startup est rentable, elle est alors revendue à ses actionnaires et le fondateur perd le contrôle de son entreprise. Les emplois et la valeur ajoutée quittent parfois le territoire, au détriment de beaucoup d’argent public investi pour favoriser l’entrepreneuriat.

Inspiration mutualiste

« Tous les créateurs de startup n’adhèrent pas à cette logique donc on a imaginé un fonds d’investissement participatif qui n’oblige pas à revendre », explique Laurence Ruffin, cofondatrice de Coopventure et dirigeante de la Scop Alma. En échangeant à partir de 2016 avec Daniel Pilaud, anciens startuper et président de Digital Grenoble, elle imagine ce projet qui vise à maintenir l’emploi et la création de valeur des entreprises sur les territoires.

En quoi ce fond est-il différent ? D’abord, Coopventure laisse plusieurs années aux sociétés pour rembourser. « Cela évite de la forcer à foncer dans la course aux bénéfices et à la croissance, qui est parfois néfaste », explique Laurence Ruffin. Mais surtout, lorsque la startup dégage des marges, elle rembourse en rachetant des parts au sein du fonds d’investissement Coopventure. « Ainsi le fonds appartient aux startups qui sont financées, détaille la cofondatrice. C’est un projet d’inspiration mutualiste. »

Laurence Ruffin, fondatrice de Coopventure.

Entreprises avec valeurs

Coopventure veut rassembler 10 millions d’euros avant de lancer ses premiers financements. « Beaucoup d’acteurs (Crédit Coopératif, Groupe UP, métropole de Grenoble) sont prêts à embarquer dans l’aventure, explique Laurence Ruffin, qui assure avoir déjà rassemblé 8 millions d’euros. Mais cela prend du temps, car c’est un montage juridique pionnier en France. » Des fonds comparables, appelés Evergreen existent en effet déjà à l’étranger.

Du côté des startupers, l’enthousiasme serait lui aussi présent. « Nous avons déjà reçu beaucoup de dossier de coopératives ou de SAS qui partagent nos valeurs », raconte Laurence Ruffin.Quelque soit leur statut, ces entreprises devront d’ailleurs s’engager sur un certain nombre de points comme le fait d’appartenir en partie à ses salariés. Les deux fondateurs espèrent se lancer en janvier 2019 pour enfin « rapprocher le monde de la French Tech et de celui des coopératives ».

Le 30 novembre 2018


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