Guide consocolaborative

50 tonnes de nourriture sauvées par jour : la recette de Phenix contre le gaspillage alimentaire

Partager [pssc_facebook] [pssc_twitter]

Depuis 2014, l’entreprise d’économie circulaire connaît une croissance rapide : elle met aujourd’hui en relation 850 magasins avec des associations de redistribution. Une goutte d’eau dans l’océan du gaspillage pour son cofondateur Jean Moreau, qui pour aller plus loin appelle à durcir la loi.

10 millions de tonnes. C’est la quantité de produits consommables jetés chaque année rien qu’en France. Pour faire face à cet immense gâchis, les solutions se multiplient notamment sur le créneau de la redistribution des produits auprès des associations d’aide alimentaire. C’est sur ce créneau que Phenix s’est taillé en quatre ans une place de choix pour donner une seconde vie aux aliments.

« Nous avons été portés par la loi de mars 2016 qui rend délictuel le fait de détruire de la nourriture pour les magasins supérieurs à 400 m2, c’est à dire n’importe quel Franprix de quartier », analyse Jean Moreau, cofondateur de l’entreprise avec Baptise Corval en 2014. L’homme a quitté son emploi dans un grand groupe pour se lancer dans l’entrepreneuriat social. Aujourd’hui, sa startup travaille avec 850 magasins pour sauver 50 tonnes de nourriture par jour, soit l’équivalent de 100 000 repas. Répartis dans toute la France, ses 75 salariés assurent une collecte quotidienne (voir deux fois par jour) dans chacun des magasins.

JM
Jean Moreau, cofondateur de Phenix.

Des supermarchés aux assos

Phenix s’appuie sur un modèle où chacun trouve son compte : du côté des associations, les produits sont récupérés gratuitement ; du côté des supermarchés (Carrefour, Leclerc, Franprix, Biocoop…), donner à Phénix rapporte. « Imaginons qu’une palette entière de votre magasin va périmer dans quelques jours, illustre Jean Moreau. Vous avez le choix entre la jeter et payer pour cela des frais de destruction à Veolia où nous la donner et récupérer 60 % de sa valeur, soit 6 000 euros, en don défiscalisable. Le calcul est vite fait ! »

C’est bien cette défiscalisation du don qui a permis à Phénix de s’étendre aussi rapidement. « C’est clair que c’est une grosse subvention ou presque une niche fiscale financée indirectement par l’argent public, reconnaît Jean Moreau. Mais c’est ça qui fait que pour les supermarchés, donner n’est pas seulement une question d’image liée au développement durable, mais un intérêt économique. » Le contexte médiatique favorable à l’économie circulaire pousse enfin cette entreprise sous le feu des projecteurs.

Encore du chemin

Pour autant, 850 supermarchés, c’est encore peu face aux enjeux du gaspillage alimentaire. « Sur 25 000 points de vente, on ne couvre même pas 5 % », explique Jean Moreau. En cause : la longueur des démarches à engager pour convaincre les supermarchés de devenir partenaires : « il faut aller voir le service des achats, la com, le département juridique, la compta », détaille le fondateur de Phenix. Beaucoup de supermarchés ne respectent par ailleurs pas la nouvelle loi. « Jeter une tonne de nourriture ne coûte encore que 100 euros. Si on triplait ce prix, cela inciterait à passer à l’action. »

En attendant, Phenix, qui réalise 75 % de son activité dans l’alimentaire, veut se tourner vers d’autres secteurs que la grande distribution : logistiques, restauration collective, mais aussi l’évènementiel. « On a même signé un contrat avec le Grand Palais, à Paris, pour récupérer le matériel de scénographie à la fin des évènements. » 2018 devrait également être l’année du déploiement à l’international. La lutte ne fait que commencer.

Le 6 mars 2018


Comments

comments

Sur le Même sujet