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Comment 220 habitants d’un village du Languedoc ont lancé leur propre centrale solaire

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Le maire de Luc-sur-Aude a préféré se tourner vers ses citoyens plutôt que vers les promoteurs pour financer et construire un parc solaire. De quoi prendre produire assez d’énergie pour tous les habitants de la commune, qui toucheront des dividendes sur leurs investissements.

Des propositions de promoteurs en énergie renouvelable, il en a reçu. Jean-Claude Pons, maire de la commune de Luc-sur-Aude (Occitanie) a pourtant fait le choix de ne pas leur céder ses terrains et de construire un parc solaire avec et pour les 220 habitants de son village. D’une puissance de 250 KWc et d’une surface de 8000 m2, ce parc baptisé « 1,2,3 soleil » vient d’entrer en service.

« On s’est rendus compte qu’à chaque fois qu’il y avait un projet d’énergies renouvelables, c’était des fonds d’investissement, des investisseurs lointains qui emportaient la plupart des plus values sur l’installation, justifie l’édile. Il ne restait au niveau du territoire que la location des terrains et quelques petites taxes, mais pas grand chose. »

À partir de 2010, Jean-Claude Pons décide donc d’un parc photovoltaïque financé par les habitants et assez grand pour satisfaire leurs besoins en énergie. Il s’associe pour cela à Georges Mounier, consultant en agriculture biologique habitant la région. « Cela a demandé un gros travail de pédagogie et d’animation auprès des citoyens, raconte Georges Mounier. Il a aussi fallu modifier le PLU (Plan local d’urbanisme). »

Campagne de crowdfunding

Reste à récolter les sommes nécessaires à l’achat, la mise en place et le raccordement des panneaux solaires. Pour cela, c’est le crowdfunding qui est utilisé via la plateforme Enerfip, spécialisée en énergies renouvelables. « On a montré aux habitants que c’était un placement écologique mais aussi plus rentable qu’un livret A », explique Georges Mounier, devenu depuis président de la SAS 1,2,3 Soleil. En 2014, le projet obtient un prix de la région Languedoc Roussillon. Celle-ci s’engage à verser 1 euro au projet pour chaque euro investi par les habitants (dans la limite de 500 euros par participant).

« Les équipes d’Enerfip ont tenu une permanence au village pour recueillir les souscriptions, se rappelle Georges Mounier. Lors d’une campagne de crowdfunding dans un village rural il faut pouvoir encaisser les chèques ! » En quatre semaines, la campagne permet de dégager 275 000 euros citoyens, auxquels viennent s’ajouter 100 000 euros de la région.

De quoi alimenter la commune

Le parc de Luc-sur-Aude est entré en service vendredi 15 décembre dernier. L’énergie des panneaux solaires est désormais revendue au fournisseur Enercoop, et le parc produit l’équivalent des besoins de la commune – « hors chauffage », précise Georges Mounier. L’argent ainsi récolté permet de rémunérer en dividendes les habitants-actionnaires, à hauteur d’environ 5 % par an.

Le maire est depuis régulièrement sollicité par des communes avoisinantes voulant elles aussi construire leur propre parc et sensibiliser leurs habitants à l’écologie. Une belle réussite qui ne s’est cependant pas fait sans effort, insiste Georges Mounier. « On ne s’invente pas producteur d’électricité du jour au lendemain. Il nous a fallu remplir des montagnes de papiers ! » Son conseil aux municipalités qui seraient tentées par l’aventure : « s’associer avec des ingénieurs et des maîtres d’œuvres ».

Le 21 décembre 2017


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