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Collecticity, quand le citoyen remplace les banques

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Les collectivités disposent désormais de leur propre plateforme de crowdfunding pour impliquer les citoyens dans leurs investissements.

Faire financer les projets des collectivités par des citoyens. L’idée peut paraître incongrue : c’est à cela que sert l’impôt, non ? Toutefois, quand certaines mairies se lancent dans un investissement lourd, c’est aux banques qu’elles doivent s’adresser. Et les plus petites collectivités ont parfois du mal à décrocher un prêt. C’est à ce moment-là que pourraient intervenir les citoyens, ont pensé les fondateurs de Collecticity : et s’ils remplaçaient les banques ? Les trois associés – un avocat, un expert-comptable et un développeur Web – lancent la plate-forme en septembre 2016.

Celle-ci ressemble à s’y méprendre à celles du crowdfunding (Ulule…), car le principe est le même : les personnes intéressées par un projet peuvent investir leur argent, et pour décrocher la mise, le porteur du projet doit atteindre l’objectif fixé. Mais un aspect les différencie : Collecticity fait du crowdlending, du financement participatif par prêt. L’agglomération de Saint-Brieuc est la première à avoir testé la plateforme pour financer l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de l’un de ses bâtiments. L’objectif était de réunir 8 400 euros (20 % de la somme totale) par un emprunt citoyen. Résultat : 22 investisseurs ont prêté leur argent sur une durée de soixante mois, avec un taux de rémunération de 2,25 %. Plus intéressant que le Livret A et pour financer un projet bien identifié.

Une dynamique citoyenne

Pour Daniel Cueff, maire de la commune de Langouët, l’intérêt de la plate-forme va plus loin. Lui y a eu recours pour créer des logements 100% recyclables. « Obtenir 40 000 euros était primordial, mais le plus important est la dynamique citoyenne que l’action révèle. » 37 contributeurs ont participé à la levée de fonds, dont deux tiers d’habitants de la commune. « Cette implication nous a obligés à préciser le projet, et nous avons vu affluer des personnes qui ne viennent pas d’habitude aux réunions que l’on organise. » Pour les contributeurs, l’appât du placement n’est pas le principal argument : impossible de prêter plus de 2 000 euros par projet, pour des raisons de sécurité financière. Collecticity n’a jusque-là pu présenter que deux projets d’emprunts, avec succès. Car la route est longue pour viabiliser la démarche : « La phase “d’évangélisation” auprès des collectivités prend du temps, détaille le fondateur, Julien Quistrebert. Le temps des collectivités est long, y compris dans leur processus de décision. »

Saint-Brieuc  est la première municipalité  à avoir testé la plate-forme, pour financer  les panneaux solaires de ce bâtiment.
Saint-Brieuc, la première municipalité à avoir testé la plate-forme, pour financer les panneaux solaires de ce bâtiment.

Il faudra beaucoup d’autres projets pour que la plateforme, qui tourne avec ses trois associés (non salariés) et deux freelances, devienne rentable. La commission prélevée, dégressive en fonction du montant du projet, peut atteindre 4 % maximum. Avec cette fourchette, Julien Quistrebert estime que la rentabilité de Collecticity sera atteinte lorsque le site parviendra à financer 10 à 15 millions d’euros de projets par an.

Avec son statut d’intermédiaire en financement participatif, Collecticity est contrôlée par l’ACPR (l’organe de supervision français de la banque et de l’assurance) et est immatriculée à l’Orias (Registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance). « Il n’y a donc aucun risque pour les collectivités, car quand bien même nous leur ferions défaut, le prestataire de service de paiement a obligation de suivre les opérations. Notre banque partenaire, BNP Paribas, devrait reprendre les opérations dans la continuité si cela arrivait », précise Julien Quistrebert. La structure espère passer la vitesse supérieure d’ici à la fin de l’année : l’Association des maires ruraux de France étudie la possibilité, pour plusieurs communes membres, de se regrouper pour lancer un « grand emprunt » de plus d’un million d’euros afin d’acheter un lot de véhicules électriques destinés à encourager le covoiturage non polluant vers les grandes villes. – Marjolaine Koch

 

Le 12 juin 2017


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