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Avec Clean Your Cup, cette entrepreneuse féministe veut « libérer les règles »

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Fanny Godebarge a lancé cette plateforme pour répertorier les lieux publics où rincer sa coupe menstruelle dans de bonnes conditions. Au-delà, cette activiste multiplie les projets pour briser l’omerta autour des règles et aider les femmes à s’approprier leurs corps.

Plus écolo, exempte de perturbateurs endocriniens : de plus en plus de femmes se tournent vers la coupe menstruelle comme solution alternative aux protections périodiques jetables (tampons, serviettes). Problème : ce dispositif récoltant le sang des règles doit être régulièrement vidé. Fanny Godebarge, 31 ans et « cupeuse » invétérée, a souvent vécu la galère d’être dehors avec sa cup pleine : « l’an dernier, il y a eu la fois de trop. Ma cup débordait, je suis rentrée dans le premier bar à la sortie du métro, qui s’est avéré être « cupsafe ». Je me suis dit que ce serait tellement pratique si ces endroits étaient partagés avec les autres ».

Clean Your Cup©
Clean Your Cup©

C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de lancer Clean Your Cup, une plateforme qui liste les espaces publics où il est possible de rincer sa coupe menstruelle, à l’abri des regards et surtout, dans des conditions d’hygiène correcte. Depuis janvier 2017, la communauté a déjà recensé plus de 1 700 toilettes équipées d’un lavabo interne (cafés, restaurants, musées, institutions…) dans 30 pays. Sur Instagram, Facebook et sur son site, Fanny reçoit des centaines de contributions : « c’est un projet qui invite les volontaires à identifier eux-mêmes les espaces, ça a vite pris ». Une fois inscrits et après avoir échangé avec la fondatrice, un kit est envoyé gratuitement aux ambassadrices/eurs. Dedans, des stickers à coller dans les toilettes et sur les vitrines (avec l’accord du propriétaire pour signaler que le lieu est « cupsafe ». Fanny elle, enregistre ce lieu sur les cartes Clean Your Cup.

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Clean Your Cup©

Décloisonner la parole

Plus que de juste lister des lieux où rincer sa cup, Fanny a envie « d’aider à libérer la parole, à décloisonner le sujet des règles, encore tabou ou peu abordé. » La jeune femme confie recevoir beaucoup de partage d’expériences, de témoignages. « On me remercie d’offrir cet espace ». Clean Your Cup pallie l’absence de formation des professionnels de santé, dont certains « ignorent même jusqu’à l’existence des cup menstruelles ».

Fanny Godebarge - Gaëlle Matata©
Fanny Godebarge – Gaëlle Matata©

Pour élargir son espace d’échange, la trentenaire collabore également avec des associations, comme Règles Élémentaires, qui collecte des produits d’hygiène intime et de protection pour les femmes sans-abri ou en situation de mal-logement. Elle sillonne aussi la France et participe à des évènements comme le Shnek Fest à Arras, des salons ou des festivals féministes. Elle y organise des ateliers où elle parle des menstruations et fait des rappels biologiques. « J’ai eu mes règles très jeune. Je me suis rendu compte qu’une femme intériorise une espèce de honte : sociétale, familiale, personnelle… En vendant des cup pendant un an et demi, j’ai réalisé que j’avais beaucoup de tabous avec mon sang et mes sécrétions en général. Jusqu’au jour où j’ai réussi à m’en libérer. » Et l’actualité féminine fait écho à l’engagement de Fanny.

Ainsi, le documentaire Tampon, notre ennemi intime fait polémique en dénonçant la composition des tampons « polluants, bourrés de produits cancérigènes et de perturbateurs endocriniens ». Fanny cite la sortie des ouvrages d’Élise Thiébaut Ceci est mon sang et Les Règles… quelle aventure ou le blog de Jack Parker, Passion Menstrues. « Finalement, depuis la taxe tampon de 2015, on en parle et tant mieux, car on ignore tout. On médiatise aussi, enfin, le syndrome du choc toxique et l’endométriose. 

Artivisme féministe

En parallèle, Fanny a aussi cofondé le collectif Fluides [aujourd’hui en stand-by] avec l’artiste Fur Aphrodite : « nous invitions des personnes à venir échanger sur leurs rapports à leurs sécrétions que nous leur proposions d’inclure à des productions artistiques durant les ateliers ». Celle qui a été chef de projets culturels consacre désormais 100 % de son temps à Clean Your Cup.

J’ai commencé toute seule avec l’aide de mes amis et de ma famille. Le site a été financé avec mes propres fonds et les dons des ambassadrices. 

Elle peut aussi compter sur une cagnotte, lancée sur tipeee, à laquelle chacun peut contribuer. Celle-ci lui permet d’obtenir chaque mois des revenus « pour les impressions de stickers et les envois ».

Pour la suite, l’entrepreneure féministe souhaite créer des supports d’éducation sur les règles en collaboration avec des professionnels de santé : jeux interactifs, modélisation 3D de l’appareil génital féminin, plateforme d’échanges ; mais surtout développer son application géolocalisée Clean Your Cup « que tout le monde lui réclame »Fanny veut associer les femmes et les hommes : « j’aimerai que le sujet soit plus populaire. En termes de revendications et d’actions, il se passe beaucoup de choses en ce moment et j’en suis super contente ». À l’exemple du Collectif Insomnia, qui a déversé en octobre dernier de la peinture rouge dans des fontaines parisiennes pour dénoncer les tabous encore liés aux règles. À terme, elle espère « que des espaces bienveillants sur la féminité et les menstrues seront instaurés jusque dans les collèges. »

 

Le 13 décembre 2017


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