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Prends-moi, mais ne me paie pas : bienvenue dans le Magasin pour Rien !

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Rien ne se perd, tout se (re)donne ! C'est pour lutter contre l'injustice sociale et la surconsommation que Mireille a crée en 2009 le Magasin pour Rien. Très vite, le concept rencontre son public : en 2013, le magasin déménage pour s'agrandir et le modèle fait des émules.

Ne lui demandez pas de sourire pour la photo, elle déteste poser. Pourtant, c’est son sourire qui définit le mieux Mireille Gigante, c’est lui qui vous accueillera si vous passez à Mulhouse (Alsace), au Magasin pour rien. Un p’tit coin de paradis perdu loin du centre-ville, au cœur des quartiers populaires.

Le Magasin pour rien, c’est le « bébé » de Mireille. Le principe est simple : chacun peut venir ici une fois par semaine et prendre un à trois objets. Comme ça, gratuitement. Des assiettes dépareillées, des peluches, deux panthères roses en caoutchouc, un vase, un antique clavier d’ordinateur, un bonnet, une passoire en plastique, une théière en fonte… Le lieu est ouvert à tous ! C’est géant ? C’est Gigante. Mireille de son prénom.

Elle a aujourd’hui 65 ans et a toujours milité pour davantage de justice sociale. C’est une bosseuse qui a enchaîné les boulots non-stop, dès l’âge de 14 ans, quand elle entre en usine. En 2007, elle bénéficie d’un contrat aidé pour travailler dans l’association de la Maison de la citoyenneté mondiale (MCM), qui chapeaute une vingtaine de projets sociaux à Mulhouse, « du local au global ».

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Mireille Gigante, fondatrice du Magasin pour Rien©

L’association fait le constat que la société de sur- consommation produit des tonnes de déchets, dont plein d’objets encore utiles, et que, dans le même temps, beaucoup n’ont rien. Mireille repère à Fribourg, en Moselle, une initiative : un magasin dans lequel des personnes déposent des objets inutiles pour eux, tandis que d’autres viennent y chercher ce qui leur manque. Mireille monte sur ce modèle sa propre structure et se désigne chef de projet.

Pour ce faire, besoin de rien, ou presque ! Le premier local est trouvé et financé : MCM (qui bénéficie de fonds sociaux européens) paie une partie du loyer, la mairie finance le reste. Quant au personnel, au début, il est bénévole. Comme son fils menuisier, qui fabrique étagères et présentoirs. Pour le stock, Mireille commence par vider ses propres placards, et le magasin ouvre en 2009. « C’est très facile à monter, les gens ont beaucoup de superflu. » Le bouche-à-oreille fonctionne, les gens affluent pour déposer des objets, ils en profitent pour jeter un coup d’œil ; parfois, ils repartent avec « un petit quelque chose ». Les médias locaux saluent l’initiative. Depuis trois ans, le Magasin pour rien s’est agrandi. Une pièce pour le stock, une pièce pour la « vente ». Mireille règne sur ce petit royaume avec une bonne humeur légendaire. Souvent, les gens franchissent timidement la porte entrouverte : « C’est ici, le Magasin pour rien ?  » Mireille dégaine immédiatement son sourire magique, puis explique avec son accent alsacien le fonctionnement du lieu, et voilà les « clients » rassurés !

Les associations lui envoient des gens, vingt à quarante personnes passent chaque jour. Certains d’entre eux n’ont rien, « même pas une assiette ni une fourchette pour manger ». Elle déteste le mot « misère » : « Je refuse les étiquettes, je ne vois que des êtres humains. » Assistée de Nadia, en contrat aidé, et de Geoffrey, en service civique, elle offre bien plus que des objets : de l’écoute, de l’humanité, un café, l’adresse d’une association… « Si la personne a un sourire en partant, c’est magnifique. »

Aujourd’hui, Mireille est une star, elle a été interviewée par tous les grands médias (même la télé de Dubaï s’est déplacée!). Elle aimerait s’agrandir encore afin de pouvoir recevoir des meubles : « Et puis ce serait bien d’ouvrir dans le centre-ville. Dans chaque ville, il faudrait ça. » Ça tombe bien, son téléphone sonne : « Encore quelqu’un qui veut ouvrir un Magasin pour rien, je fais des petits ! » dit-elle en souriant. De quoi la réconforter, car, avec son âge et sa santé fragile, elle s’inquiète parfois de l’avenir. Mais, heureusement, sa colère contre l’injustice est intacte : « Quand vous vous occupez des autres, vous ne pensez pas à vous, à la maladie : c’est un remède ! »

Le 11 mai 2016


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