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Ecole pour tous, école par tous

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Lancé en 2013, Transapi se donne pour objectif de lutter contre le décrochage grâce à l’expérimentation de méthodes pédagogiques innovantes, notamment à l'attention des élèves handicapés. Bénévoles, enseignants et élèves se réunissent ainsi pour travailler sur des projets éducatifs collaboratifs.

Tanguy a 19 ans. Elève en bac pro vente, il rencontre des difficultés à l’école et risque de décrocher avant la fin de l’année. La raison? Il souffre d’un handicap: il ne peut s’empêcher de tirer la langue quand il parle. Difficile de se faire comprendre dans ces conditions. Essayez de dire quelque chose toute langue dehors! Pas facile.

Purchase this image at https://www.stocksy.com/813780Pourtant, le jeune homme s’exprime parfaitement lorsqu’il adresse un mail à Muriel Epstein pour lui demander son aide. “Il était traité par l’institution comme on traitait les sourds il y a 100 ans. On le prenait pour un idiot alors qu’il est très débrouillard et loin d’être bête. J’ai travaillé avec lui à distance, en répondant à ses questions. Il a fait des progrès énormes. Il a eu son bac du premier coup et il suit désormais un BTS. C’est beau, je suis très fière de lui”. Pour la présidente de l’association Transapi, le cas de Tanguy est un parfait exemple de la capacité du numérique dans la réussite scolaire. “Aujourd’hui en France, on compte 140 000 décrocheurs en flux tous les ans et 600 000 en stock. C’est trop”, regrette-t-elle. Catalogués comme mauvais élèves, les jeunes mal à l’aise avec le système éducatif traditionnel seraient au contraire, d’après la chercheuse, la clé d’entrée vers une école nouvelle. Lancé en 2013, Transapi se donne pour objectif de lutter contre le décrochage grâce à l’expérimentation de méthodes pédagogiques innovantes. Bénévoles, enseignants et élèves se réunissent ainsi pour travailler sur des projets éducatifs collaboratifs. Des exemples? La conception de Moocs –pour Massive Open Online Courses, des cours en ligne gratuits– pour aider les révisions du brevet d’histoire/géo, ou encore la création de jeux vidéo pour l’enseignement du français langue étrangère lors des ateliers GameJam. Le but étant de former les jeunes à devenir acteurs de leur apprentissage. Et de tendre progressivement vers un modèle éducatif basé sur l’entraide mutuelle. “Un sondage a récemment montré que 95% des gens sont insatisfaits de l’école. Le problème, c’est que tout le monde n’est pas d’accord sur comment améliorer le système”.

 

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Muriel n’est pas seule à mener ce combat. D’autres enseignants-chercheurs, comme François Taddéi, défendent ardemment les nouveaux modèles d’éducation. Ce biologiste, également président du Centre de Recherches Interdisciplinaires, enchaîne les conférences pour vanter les mérites du numérique à l’école. L’outil permettrait de revenir à un modèle horizontal dans l’égalité des chances, en favorisant l’autonomie dans l’apprentissage. Car d’après les militants de l’éducation nouvelle, la solution passe d’abord par la remise en question de la posture de l’enseignant. Inspirés par le concept de “maître ignorant”, issu de la méthode formulée par Joseph Jacotot et reprise par Jacques Rancière, ils valorisent l’autoformation dans la stratégie éducative. L’apprentissage, c’est faire. Le seul moyen d’apprendre c’est de faire quelque chose qu’on ne sait pas faire, de se mettre dans une situation de risque. Avec une tablette par exemple, vous êtes en action, contrairement à lorsque vous écoutez un prof donner un cours magistral”, explique Muriel Epstein. Touche-à-tout, Muriel enseigne l’escalade, l’anglais pour les classes européennes, les mathématiques et la sociologie. Quand elle a débuté, elle voulait être prof de français. Mais elle se verrait tout aussi bien prof de philo. “Au fond, je me fichais un peu de la matière que j’allais enseigner. Il n’y a pas besoin de tout savoir pour pouvoir transmettre. J’estime qu’on peut apprendre ensemble avec les élèves. À partir du moment où on accepte l’idée que s’entraider ce n’est pas tricher, les compétences de l’enseignant changent complètement. Je vois davantage l’enseignant comme un directeur de recherche, celui qui accompagne quelqu’un dans son questionnement et sa réflexion. Son rôle, c’est surtout de procurer un cadre sécurisé où on peut tolérer l’erreur. L’école doit laisser de l’espace au désir d’apprendre.”  

Aujourd’hui, Transapi ferme ses portes, faute de pouvoir professionnaliser son activité. Mais Muriel Epstein n’a pas perdu son temps –ni ses convictions– pour autant. “On a formé une centaine d’enseignants, pour que le projet puisse être porté par d’autres qui se le réapproprieront, et continuer à exister. Là, on n’a plus besoin de nous. Ce sont eux qui vont transmettre désormais. De notre côté, on va mettre en open source tout ce que Transapi a fait, pour que chacun puisse s’en inspirer.

Si les pédagogies actives commencent à gagner du terrain dans les salles de classe, la partie est pourtant loin d’être gagnée pour les militants de l’Education nouvelle. L’Education nationale a fait du numérique son nouveau cheval de bataille, mais réformer l’école semble quasi-impossible, tant l’ampleur de la tâche paraît phénoménale. L’école d’aujourd’hui pêcherait par méfiance à l’égard des nouvelles pédagogies, défaut de moyens en recherche et en développement, restriction budgétaire, ou carrément par “manque d’intérêt pour les problématiques éducatives”, selon François Taddéi, pour qui il est urgent de créer “une éducation où on invite les jeunes d’aujourd’hui à inventer le monde de demain”.

 

Article initialement publié dans Society, en partenariat avec Maif, pour une société collaborative.

Le 14 décembre 2015


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