La Consommation Collaborative, phénomène de 2011 ?
Des signes avant-coureurs en provenance des Etats-Unis
Selon les secteurs de l’Internet et du e-commerce, il faut un délai plus ou moins long pour que les usages de l’Internet à l’œuvre aux Etats-Unis se traduisent en Europe. C’est le cas par exemple pour le secteur de la réservation de restaurants en ligne : un marché déjà mâture outre-Atlantique et qui n’en est encore qu’à ses débuts en Europe (1 % du total des réservations en 2010 en France ont été effectuées sur Internet). En cela, la Consommation Collaborative ne fait pas exception, même si des évolutions récentes (je vous explique tout ça en deuxième partie) me laissent penser que certaines pratiques devraient connaître une transition beaucoup plus rapide en France. Une chose est certaine : observer et analyser les évolutions récentes aux Etats-Unis sont un bon moyen de pronostiquer les changements à venir en Europe. A ce titre, ce qu’il s’est passé ces dernières semaines n’est pas anodin. Quatre faits majeurs montrent que la Collaborative Consumption est en passe de devenir un des segments les plus prometteurs des startups américaines.
- Zipcar, leader du car-sharing (autopartage traditionnel) aux Etats-Unis continue de s’étendre. La startup a levé récemment 21 millions de dollars pour augmenter son parc d’automobiles et s’étendre en Europe, devenant ainsi une marque de plus en plus globale. Une IPO est d’ailleurs prévue pour 2011.
- RelayRides, pionnier du peer-to-peer carsharing (autopartage entre particuliers) outre-Atlantique déménage à San Francisco après avoir fait ses preuves sur le campus de Cambridge. La première levée de fond réalisée par l’entreprise auprès de Google Ventures n’est pas anodine. Certes, il s’agit-là d’une broutille pour Google qui a des milliards en réserve mais le fait que le N°1 de l’Internet s’intéresse au secteur de l’autopartage entre particuliers donne une idée du potentiel du secteur. Joe Kraus, l’un des associés de Google Ventures évalue ainsi le marché global du car-sharing (traditionnel ou en peer-to-peer) à 12,5 milliards de dollars en 2011, et prédit une croissance exponentielle sur les prochaines années. Quelque chose me dit que nous ne devrions pas attendre très longtemps avant qu’on nous annonce les premières levées de fonds pour les 4 pionniers de l’autopartage et de la location de voitures entre particuliers français que sont Livop, Deways, Voiturelib et Cityzencar (article prochainement pour comprendre les différences entre ces quatre-là…).
- Enfin, et cette annonce n’est pas passée inaperçue, un premier fond dédié aux startups de la Consommation Collaborative a été lancé outre-Atlantique. Sobrement intitulé The Collaborative Fund, il a déjà investi des petits tickets dans des startups telles que Mygobble (place de marché pour les petits plats faits maison) dont le concept n’est pas sans rappeler notre Super-Marmite national. Au-delà de la dotation du fond (6 millions de dollars, seulement, pourrait-on dire), le simple fait qu’un fond se consacre à ces pratiques montre que le potentiel est réel. Fondé par un entrepreneneur chevronné, Craig Shapiro, et conseillé par Rachel Botsman (que je ne vous présente plus) et Chad Hurley (fondateur et ex-CEO de Youtube), ce fond devrait contribuer à dynamiser encore davantage le paysage de la Collaborative Consumption outre-Atlantique.
- Et puis il y a Airbnb, sur une autre planète : 800% de croissance en 2010, une levée de fond de 7,2 M € pour accélérer son développement, la startup est régulièrement citée parmi les10 startups les plus prometteuses aux Etats-Unis.
En France, nous ne sommes pas en reste…
D’abord, de très belles startups sont apparues en 2010 : Super-Marmite, La ruche qui dit oui (soutenue par Marc Simoncini et Kima ventures notamment), Livop, Deways, Voiturelib, Cityzencar et bien d’autres : toutes promises à un bel avenir (car pionnières dans leur secteur) à condition d’être suffisament persévérantes (avantages et inconvénients des First-movers).
Il existe aujourd’hui en France une certaine émulation autour des projets de consommation collaborative et d’innovation sociale. Hier, 27 Janvier, avait lieu une conférence à La Cantine intitulée « Mutualiser et Partager ». Cette conférence, organisée par Liens.coop avec le soutien de Silicon Sentier, a été l’occasion de rencontrer des porteurs de projets français de Consommation Collaborative et d’Innovation Sociale tels que Utilisacteur (Rendre l’utilisateur des transports acteur de ses services), Myrecyclestuff (réseau d’échange et de troc sans transaction monétaire), Lepotiron (Trouvez, vendez et échangez des produits du jardin), Super-Marmite (réseau social de proximité pour acheter et vendre ses petits plats faits maison) et La Ressourcerie (collecte, valorisation et revente d’objets avant qu’ils ne partent à la poubelle). Le point commun entre ces projets ? L’utilisation des technologies relationnelles pour recréer du lien social, répondre à des enjeux écologiques, sociaux ou alimentaires. Certains de ces projets mettent au coeur de leur réflexion le lien social. Pour les startups de la Conso Collaborative, l’impact social est généralement davantage une conséquence positive (des échanges directs entre consommateurs) qu’une intention fondatrice du projet. Mais, qu’il s’agisse de projets d’innovation sociale ou de consommation collaborative, tous répondent aujourd’hui à des attentes de plus en plus prononcées de la part des consommateurs. Alors, oui, cela prend du temps, mais une chose est sûre : il existe un terreau très fertile à une propagation de ces nouveaux modes collaboratifs actuellement.
Mais, une question se pose : pourquoi maintenant ? Nathan Stern, (co-)fondateur de Peuplade, Voisin-age et Alter-ego, qui est intervenu à la fin de la conférence, entrevoit cinq leviers susceptibles d’expliquer l’émergence et l’engouement pour ces nouvelles pratiques : des préoccupations accrues en faveur du Développement Durable, un retour en force du Local (tendance illustrée notamment par le mouvement Locavore), un goût qui s’affirme pour l’innovation sociale (avec l’émergence de l’Entreprenariat Social et de l’Economie Sociale et Solidaire ces dernières années), une évolution du comportement et des attentes des consommateurs (80 % se déclarent aujourd’hui prêts à revoir leurs modes de consommation, d’après une étude de la TNS Sofres datant de décembre 2009 ; avec l’émergence du nouveau consommateur, nous serions ainsi entrés dans l’ère du bien avoir) et enfin les innovations technologiques récentes permettant de générer la confiance nécessaire au fonctionnement de ces systèmes (adoption massive des réseaux sociaux, apparition des Systèmes de réputation, le principe « du profil numérique » rencontre moins de contradicteurs qu’auparavant)
Ce terreau fertile fait que de nombreuses startups se lancent aujourd’hui autour de l’économie du partage et de l’échange. Parmi ces projets qui vont marquer l’année 2011, en voici quelques-uns dont j’ai rencontré les fondateurs et dont j’aurai l’occasion de reparler.
Dans le cadre de la première European Jelly week était organisé la semaine dernière l’un des premiers événements Parisiens de rencontres et de discussions autour de la Consommation Collaborative. C’est assez spontanément que l’équipe de La Mutinerie (nouvel espace de coworking à venir à Paris, big up pour leur blog au passage) a réuni une bande de jeunes entrepreneurs, parmi lesquels Nicolas Buttin, fondateur de Goodscommons ou Gregory Villain de Smoovup. Goodscommons est un projet d’échange de biens et services en local et par communauté (une vingtaine de villes européennes sont d’ores et déjà référencées). Smoovup est le premier site de recherche de colocations par affinités : je vous conseille de visiter le site, qui est vraiment bien conçu. Le point commun entre ces trois projets : favoriser l’usage plutôt que la propriété. Autre point commun : les retours extrêmement positifs reçus de la part d’amis, de proches et des premiers utilisateurs, laissant penser que tous ces projets de Conso Collaborative répondent à de vraies attentes économiques et sociales de la part des nouvelles générations, et pas seulement (à ce sujet, je vous renvoie à l’article du Monde et à l’interview du directeur des études prospectives à IPSOS, Rémy Oudghiri). Il y a aujourd’hui une certaine émulation saine autour de ce mouvement de consommation collaborative : l’usage prenant le pas sur la propriété.
Et vous, la Consommation Collaborative, phénomène de 2011, vous y croyez ?
Dans les prochaines semaines, de nouvelles interviews de fondateurs sont prévues ainsi qu’un article sur le boom des services de location entre particuliers. A très vite …
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