Parmi les startups de la consommation collaborative, Zilok ferait presque office de parrain tant le service était précurseur au moment de son lancement en 2007. Zilok est le premier site de location entre particuliers, premier à s’être lancé sur ce créneau et leader aussi bien en termes d’objets disponibles à la location (200 000) que d’utilisateurs inscrits ( 100 000). L’un des sites que met en avant Rachel Botsman dans son livre ou lors de ses interventions, au milieu des Thredup, Airbnb ou autres Zipcar.

Zilok, c’est aujourd’hui une équipe de 10 personnes qui gère une activité en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et au Bénélux. Une nouvelle version du site est prévue pour la fin de l’année.

Zilok ont été les premiers à avoir relayé ce blog, les premiers avec qui je suis entré en contact aussi. C’est donc assez naturellement que j’ai rencontré Marc Lebel, CTO de Zilok, pour parler Consommation Collaborative mais aussi contraintes et difficultés inhérentes à un mode de collaboration aussi novateur, projets à venir… Compte-rendu :

La Consommation Collaborative

ML : « Nous en sommes encore aux balbutiements. Il y a un gros travail à fournir pour qu’un changement de mentalités réel s’opère dans les dix années à venir. Le passage d’une économie de propriété à une économie de fonctionnalité ne se fera pas en un clin d’œil. Chez Zilok, notre effort d’évangélisation consiste à rendre les gens conscients qu’ils n’ont pas besoin de posséder certains objets et surtout, que cela n’est pas dans leur intérêt économique. »

Par exemple ?

ML : Un des objets les plus loués sur Zilok est le motoculteur. Pourquoi acheter et posséder un motoculteur si je ne m’en sers qu’une ou deux fois par an, au maximum ? Aujourd’hui, on achète trop d’objets alors que les besoins n’ont pas foncièrement changé.

Quels sont les autres objets les plus loués sur Zilok ?

ML : Ce qui se loue est ce qui est rare est cher : voiture, appareil photo, matériel sono, …

Quel aspect de la Consommation Collaborative mettez-vous en avant ? L’impact économique ou écologique ?

ML : Définitivement l’aspect économique : la démocratisation de ces modes de collaborations ne passera que par l’avènement de solutions viables économiquement. Je loue à des particuliers parce que cela me coûte moins cher que d’acheter (si je suis l’utilisateur), parce que je peux rentabiliser l’achat (si je suis le possesseur de l’objet). L’impact écologique n’est qu’une conséquence (positive) de la meilleure optimisation économique induite par ce système de collaboration entre particuliers.

Quels sont les concurrents de Zilok ?

ML : Certains acteurs tentent de se positionner sur le marché de la location entre particuliers et prétendent bénéficier d’une masse d’utilisateurs comparable alors que c’est faux. D’autres acteurs se positionnent sur des segments spécifiques tels que la voiture (nous en avons parlé ici et ici sur ce blog) ou le jouet.

Quelles contraintes pour un site comme Zilok ?

ML : La masse critique d’utilisateurs, définitivement. Pour qu’un service de locations entre particuliers soit efficace, il faut atteindre une masse critique locale du fait de l’échange en main propre. Les systèmes de revente entre particuliers comme eBay n’ont pas ces contraintes, c’est notamment pour cela qu’ils ont explosé plus rapidement. Dans chaque pays, il n’y aura de place que pour un seul acteur et nous nous attachons à le devenir. La question qui se pose est celle du temps nécessaire pour y parvenir : une bonne idée n’est qu’une bonne idée à un moment donné.

La densité du pays est une donnée fondamentale aussi : nous fonctionnons très bien en Belgique et aux Pays-Bas car il s’agit de pays très denses.

Une autre contrainte pour un site généraliste comme Zilok est liée à la spécificité des différents objets loués. Par exemple, pour une maison le prix peut varier selon la saison, un état des lieux peut être éxigé. Les risques induits (et l’assurance nécessaire en conséquence) sont également très différents selon qu’on loue une voiture, un appareil photo ou un iPad.

Quel est le business model ?

ML : Le propriétaire paye en moyenne 10% du prix qui est payé. Les professionnels payent un accès à la plateforme.

Des projets en cours ?

ML : Nous allons refondre le site en profondeur pour améliorer le référencement et nous appuyer sur la géolocalisation des objets pour permettre une recherche plus rapide.

Quel est le rôle des Réseaux sociaux dans la stratégie d’évangélisation?

ML : Il faut créer des services qui permettent aux gens de se définir au travers de l’utilisation et non de la possession des objets. Louer avec Zilok doit être avant tout « cool ». La connexion via facebook est déjà possible, de même que l’apparition de messages « évangélisateurs » sur sa page facebook du style « j’ai loué avec Zilok et ça m’a rapporté tant ». La prochaine étape pour nous est de donner la possibilité d’avoir accès aux objets mis à la location par les friends de mes friends sur les modèles des sites de rencontres.

Des nouveautés intéressantes qui pourraient rendre Zilok encore plus « social ». S’appuyer sur la communauté de « friends » et de « friends of friends » Facebook est en effet un bon moyen de faire évoluer les mentalités « en douceur » et d’étendre les systèmes collaboratifs à de nouveaux utilisateurs, afin de générer la confiance nécessaire à l’efficacité du système : louer à un inconnu représente un changement radical, louer à une connaissance l’est déjà beaucoup moins : nul doute que l’intégration à Facebook pourrait être un accélérateur de croissance pour Zilok.

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