Peers.org était lancé la semaine dernière à San Francisco. Le concept ? Une plateforme où les consommateurs collaboratifs peuvent se regrouper pour partager, promouvoir et défendre l’économie du partage. Car si pour de plus en plus de gens l’usage prime désormais sur la possession, du côté des secteurs économiques traditionnels, on ne l’entend pas tout à fait de cette oreille.

La consommation collaborative a tout pour plaire : elle permet à chacun d’accéder à des biens qu’il ne peut ou ne veut plus posséder, de tirer un revenu complémentaire de ses ressources inexploitées, elle recrée du lien social entre utilisateurs de services pair-à-pair, et réduit potentiellement notre empreinte écologique. Bref, et à tous les sens du terme, l’économie du partage est une économie durable. Sauf que… Les acteurs économiques qui se sont structurés au cours des deux précédentes révolutions industrielles sont mal adaptés à cette nouvelle donne. Les entreprises, traditionnellement, se portent mieux quand elles vendent de grands volumes de biens et services. Du coup, du point de vue des hôteliers, des taxis ou de la grande distribution, le partage en pair-à-pair ressemble furieusement à la pire des concurrences déloyales imaginables. Chaque fois que quelqu’un se met à privilégier l’usage sur la possession, quelqu’un d’autre, au fond d’ un bureau, s’arrache les cheveux.

Concurrence déloyale ou lame de fond ?

 

Un exemple : l’industrie automobile. L’autopartage est déjà un phénomène de masse, et une étude menée par l’Université de Californie en 2011 estime qu’un véhicule partagé correspond à une dizaine de voitures particulières. La solution aux embouteillages infernaux, aux places de parking introuvables et à la pollution dans les villes ? Sans doute, mais pour un constructeur automobile, il s’agit surtout d’une remise en cause totale d’un modèle d’affaires vieux de près d’un siècle. En à peine dix ans, le partage de musique en ligne a balayé l’industrie musicale traditionnelle. Les autres secteurs économiques vont-ils subir le même sort ? Sauront-ils s’adapter, ou la défunte HADOPI aura-t-elle des petits frères et soeurs ? La transition vers l’économie du partage ne se fera pas sans obstacles. En mai dernier, lors de la condamnation d’un hôte Airbnb par la justice de la ville de New York, le hôteliers ont sans doute eu le sentiment de remporter une victoire. Pour combien de temps ?

Défendre l’économie du partage

 

Dans les mois qui ont précédé le lancement de Peers, des meetups et des “house parties” ont eu lieu un peu partout. La conclusion de ces rencontres ? Une véritable culture du partage est en train d’émerger. Les utilisateurs sont une pièce centrale du puzzle, et Peers est né de cette idée. En tant que pratique, la consommation collaborative concerne pour l’instant surtout les jeunes générations connectées. Il faut maintenant qu’elle devienne mainstream ! Et face à l’hostilité des acteurs économiques historiques, les adeptes du partage auront besoin d’une tribune et d’outils pour se défendre. Bien sûr, Peers est soutenu par la plupart des sociétés du secteur, mais Natalie Foster, la directrice du projet, insiste sur le fait que l’organisation est et restera indépendante. OuiShare fait également partie des soutiens de la première heure. Natalie nous exprimait ainsi l’ambition de Peers : “devenir le change.org de l’économie du partage”. Welcome to the world, Peers, and good luck !

A propos de Arthur De Grave


Mordu de nouvelles technologies, d'économie et de philosophie politique, je me passionne naturellement pour tout ce qui touche de près ou de loin à l'économie collaborative. J'ai hâte de voir jusqu'où Internet nous permettra de réinventer les façons de produire et de consommer. OuiShare connector basé à Paris, et bien sûr, grand consommateur collaboratif, en attendant la troisième révolution industrielle !

Une Réponse pour Peers : consommateurs collaboratifs de tous les pays, unissez-vous !

  1. Jean-Eudes dit :

    Cela va prendre du temps pour se développer car beaucoup de gens ne sont pas habitués à ce concept mais il faut persévérer !