L’obsolescence programmée est un sujet proche de la consommation collaborative. Comment réparer nos appareils électroménagers ? C’est la question à laquelle Damien Ravé souhaitait répondre avec le site commentreparer.com. Aujourd’hui, il souhaite nous aider à mieux connaître les produits que nous achetons et lance produitsdurables.fr.

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Produitsdurables.fr qu’est ce que c’est ?

Produitsdurables.fr, c’est un guide d’achat collaboratif consacré à la durée de vie des produits. Il se distingue des autres sites d’avis de consommateurs en se focalisant sur un sujet généralement peu discuté, qui est celui de la solidité et de la fiabilité des produits. Il est entièrement « crowdsourcé », c’est-à-dire alimenté par les visiteurs du site qui font part de leur expérience positive avec des produits particulièrement résistants, ou de leurs coups de gueule vis-à-vis de ceux qui tombent en panne ou sont inutilisables prématurément.

Le site a été lancé mi-mai 2013, et compte déjà plus de 700 avis de consommateurs, pour des produits aussi variés que les téléphones portables, les machines à laver, les jeans ou les ustensiles de cuisine. La base de données est toute récente, c’est pourquoi il est encore difficile de s’assurer de la fiabilité de telle ou telle marque, mais on voit  se dessiner des tendances, avec quelques marques vraiment durables, et d’autres clairement déficientes.

D’où vient l’idée ?

Ce site est le petit frère de commentreparer.com, le site collaboratif consacré à la réparation, qui rencontre un beau succès depuis que je l’ai lancé il y a deux ans. L’idée de pouvoir comparer la durée de vie des produits au moment de l’achat me trottait dans la tête depuis un moment (j’ai d’ailleurs réalisé un beau buzz sur Facebook grâce à une affiche parodique sur ce thème), presque depuis le début.

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C’était la continuité logique de mon approche de la lutte contre l’obsolescence programmée par les consommateurs : réparer c’est bien, mais avoir des produits qui ne tombent jamais en panne, c’est mieux !

Je voyais assez bien à quoi pouvait ressembler un site collaboratif sur ce thème, mais ce qui me manquait c’était l’audience, histoire de constituer une base de données suffisamment importante pour être un minimum représentative. Deux ans après, avec 120000 visiteurs par mois sur CommentReparer.com, la communauté est devenue assez grande (et est extraordinairement réactive) pour que le lancement du site ait été possible. Et je suis impressionné par la rapidité à laquelle la mayonnaise a pris ! On est à plus de 700 avis en trois semaines, je pense qu’à 5000 on aura des pistes vraiment intéressantes.

Alors que le sujet de l’obsolescence programmée est discuté dans les hautes sphères de notre gouvernement, quel peut-être, selon vous, le rôle de l’état dans l’émergence d’un modèle plus respectueux de l’environnement et du consommateur ?

Je suis très heureux que des politiques comme Jean-Vincent Placé (sénateur EELV) s’emparent du sujet avec une proposition de loi qui comportait de bons éléments. Cela force un débat qui n’existait pas. Mais je ne suis pas étonné non plus que Benoît Hamon ait retoqué le point le plus décisif du texte, à savoir l’extension de 2 à 5 ans de la garantie légale de conformité. Oui, cela aurait probablement augmenté le prix d’achat de nos appareils, mais au regard de la durée de vie gagnée, le jeu en aurait sans doute valu la chandelle. Au plan politique, les embryons de réponse actuels sont encore légers, et on sent un vrai malaise à concilier les enjeux de relance de la croissance économique et de préservation de l’environnement… ou du pouvoir d’achat.

Ce que je pense aussi, c’est qu’il n’y a pas encore de demande forte de la société civile. Les citoyens veulent gagner du pouvoir d’achat, essentiellement pour consommer plus. Et pour la plupart d’entre eux, ils ne sont pas encore mûrs pour prendre en compte la durée de vie des produits dès l’achat. Ce n’est pas qu’une question de mauvaise volonté, mais aussi la conséquence du manque d’information, qui laisse les pleins pouvoirs aux industriels et aux distributeurs quant à la qualité des produits proposés. Si on arrivait à un affichage du prix annuel des appareils (comme est devenu obligatoire le prix au kg des produits alimentaires), on se rendrait compte que certains appareils haut de gamme reviennent moins cher au final que d’autres marques moins chères, qu’il faut remplacer plus souvent. Mais les fabricants opposent des difficultés techniques à la diffusion d’informations sur leur fiabilité. C’est un sujet complexe. L’Etat pourrait mettre en place un bureau indépendant de vérification de la durée de vie, mais il devrait se doter de ses propres outils de mesure, ce qui paraît très lourd, très complexe.

En quoi votre démarche est-elle complémentaire de ces « grands mouvements  » ?

La société civile a clairement un rôle à jouer. C’est le cas des associations comme les Amis de la Terre ou le Cniid qui militent depuis des années pour faire émerger la notion « d’obsolescence programmée » dans le grand public. C’est le cas de sites comme le mien qui visent à trouver des réponses concrètes, immédiatement applicables, en attendant que les pouvoirs publics ne s’emparent sérieusement du sujet.

Il y a aussi une dimension locale, qui commence à se mettre en place : on voit des Cafés Réparation pousser un peu partout en France (après les Pays-Bas et la Belgique) et des événements liés à la récupe, la bidouille, la transformation. Je viens tout juste d’intégrer un moteur de petites annonces au site commentreparer.com à la demande de plusieurs visiteurs qui cherchaient à monter des assos, partager bénévolement leur coup de tournevis ou donner des pièces détachées d’occasion. Il y a une vraie dynamique, à la fois utile et conviviale ; j’espère qu’elle va essaimer partout en France sans dépendre d’une impulsion venue d’en-haut. Et je vais continuer à accompagner ces initiatives à travers mes sites.

A propos de Edwin Mootoosamy


Je suis depuis toujours intéressé par les modèles culturels différents qui viennent bousculer l’idéologie dominante. Passionné par les nouveaux usages d’Internet et les mutations socio-économiques que cela induit, j'observe le développement de la consommation collaborative depuis 2008. OuiShare Co-Founder & France Connector et doctorant sur ces sujets, je m’intéresse plus généralement à la manière dont Internet reconditionne notre façon de faire société.

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