« La consommation collaborative, de l’optimisation économique, avant tout »
Voiturelib est l’un des pionniers de la location de voitures entre particuliers. Le site a été lancé en Juin 2010. Très rapidement, il a généré une activité réelle avec de nombreux inscrits. Aujourd’hui Voiturelib, c’est trois personnes à plein temps, une levée de fond prochaine, un site en plein développement. Paulin n’en est pas à son premier coup d’essai. Il avait déjà lancé un site autour du concept de covoiturage dynamique Quivaou (dont nous reparlerons un peu plus loin). Ses idées très claires sur la consommation collaborative ont donné lieu à un échange passionnant.
Compte-rendu :
La consommation collaborative
S’il reconnaît la montée du mouvement et l’intérêt de rassembler les différents courants tels que l’autopartage ou les sites de location entre particuliers autour d’un même concept pour mieux en assurer la diffusion, Paulin insiste sur l’importance de délimiter clairement et précisément les contours de la Consommation Collaborative. Du mouvement, il retient avant tout l’idée de collaboration (et de contact direct) entre particuliers et de meilleure optimisation des ressources.
On a tendance à faire rentrer dans la consommation collaborative toutes les pratiques écolos et alternatives, du coup le concept risque de perdre en lisibilité. La consommation collaborative, c’est d’abord et avant tout une pure optimisation des ressources.
Les vertus écologiques ou durables de la Consommation Collaborative ne seraient finalement qu’une conséquence d’un nouveau modèle de consommation en passe de se généraliser car il ne demande pas nécessairement un effort supplémentaire de la part du consommateur lambda.
La consommation collaborative c’est avant tout simple, pratique et à la portée de tout le monde. Pourquoi Airbnb connaît un tel succès alors qu’il s’agit d’une idée finalement assez simple (NDLR : Airbnb permet de louer son logement à des particuliers à la nuitée, sans intermédiaire) ? Parce qu’il s’agit d’un outil extrêmement simple à utiliser. Le site se contente du minimum avec un moteur de recherche pour trouver un logement dans le monde entier. Le marketing produit, le design du site, la praticité de son utilisation sont un exemple […] Airbnb (et d’autres) nous obligent aujourd’hui à changer de regard et de perspective sur les pratiques de consommations alternatives. Avec des sites comme Airbnb, la consommation collaborative n’est plus réservée aux écolos, c’est froidement économique et, avec en peu de packaging autour du concept, ça devient tendance !
Il insiste également sur les innovations technologiques au cœur de l’émergence du phénomène. Derrière un site comme celui d’Airbnb, il y a une partie immergée, invisible formidablement innovante (à ce sujet, voir les enjeux technologiques pour un site aussi innovant qu’Airbnb). Comment, par exemple, mettre en place un algorithme de recherche pertinent pour pouvoir trouver le logement qui nous convient le plus rapidement ? Faut-il mettre en avant les logements les mieux situés, les plus visités, possédant le plus de références ?
Les différents modes de transport automobile collaboratifs (covoiturage, autopartage, location entre particuliers)
Paulin insiste sur l’importance de restreindre le mouvement aux pratiques économiques qui permettent de connecter les particuliers entre eux. L’autopartage, par exemple, ne rentrerait pas dans le concept de consommation collaborative car il n’implique pas d’échange (au sens large) entre particuliers.
L’autopartage est surtout adapté aux grandes métropoles, un réseau dense est nécessaire, une volonté politique également.
Le covoiturage, au contraire, mérite le terme de collaboratif, notamment le covoiturage dynamique qui permet de mettre en interaction les conducteurs et les passagers en temps réel pour un covoiturage immédiat. C’est ce concept que Paulin a mis en place avec Quivaou en s’appuyant sur des groupes d’étudiants notamment. Le covoiturage dynamique a en effet besoin d’une masse critique d’utilisateurs et de « chauffeurs » très importante pour pouvoir se démocratiser. La question de la masse critique à atteindre est d’ailleurs une dimension commune à tous les sites d’échange en peer-to-peer, c’est l’une des fondations du concept de consommation collaborative. Le covoiturage dynamique se généralisera lorsque le nombre de demandeurs et offreurs sera suffisant. Mais dans ce cas comment espérer atteindre cette masse d’utilisateurs suffisante ? L’idée de Quivaou était de s’appuyer sur des communautés pour justement réduire la masse critique nécessaire ou, du moins, de la limiter géographiquement. L’appui sur les communautés d’individus étant une des autres facettes de la consommation collaborative.
De Quivaou à Voiturelib, il n’y avait qu’un pas, celui de mieux utiliser les ressources disponibles, en l’occurrence la voiture.
Personnellement, je fais de l’autopartage avec mes proches depuis longtemps. Si je peux utiliser la voiture de ceux qui me sont le plus proche, pourquoi ne pas les utiliser toutes ? Pourquoi ne pas rendre « toutes » les voitures disponibles ?
Le marché de la location de voitures entre particuliers présente en effet un potentiel considérable, à condition 1) de surmonter les contraintes inhérentes au secteur, 2) de trouver le concept adéquat.
Les contraintes
Les contraintes sont liées à la nouveauté du système et au vide juridique en la matière : il faut convaincre les autorités et les assureurs de la pertinence d’un tel système et les obliger à bouger sur cette question.
Au premier rang des contraintes se trouve en effet l’assurance : avant de proposer sa voiture à la location, il faut en effet s’assurer auprès de son assureur que l’on est assuré en cas de dommage causé par l’utilisateur, ce qui aujourd’hui dans les faits est bien compliqué.
Les acteurs de l’assurance commencent à bouger sur cette question mais l’inertie fait que cela prend du temps avant que les agences locales proposent des contrats types.
Autre contrainte : la question du moyen de transmission de la voiture. Concrètement, doit-elle passer par un échange de clés (et limiter du coup le côté pratique) ou par un autre moyen technologique (qui impliquerait un investissement et qui pose la question de la rentabilité du système) ? RelayRides, l’un des acteurs américains de la location de voitures entre particuliers, a lui misé sur un dispositif GPS. Le dispositif permet de débloquer la voiture pour chaque utilisateur autorisé et de suivre le kilométrage effectué par chaque conducteur. Ce gadget donne une plus grande fluidité à l’utilisation du système. Derrière la question du l’investissement dans ce type de dispositif technologique, se pose celle de la récurrence et de la durée de la location. Si la location est ponctuelle et de longue durée (au moins plusieurs heures), l’échange de clés est envisageable. Si la location est fréquente et pour une courte durée, le GPS s’avérera particulièrement pratique. Encore une fois, la location de voitures entre particuliers n’en est qu’à ses prémices, nul doute que ces points seront tranchés dans les prochaines années pour permettre l’essor du système.
Consommation Collaborative et réseaux sociaux
Dernier point évoqué avec Paulin : celui de la complémentarité entre consommation collaborative et réseaux sociaux. S’il reconnait l’intérêt « viral » des réseaux sociaux, il lui semble que les médias traditionnels restent le vecteur principal d’une démocratisation de la location de voitures entre particuliers (les premiers utilisateurs ne sont pas nécessairement des nerds ou des « early-adopters »). Paulin fait néanmoins un parallèle intéressant entre l’émergence des blogs et celui de la consommation collaborative :
Parmi les bloggeurs, certains sont journalistes mais n’importe qui peut écrire, au sein de l’économie de la consommation collaborative, certains prestataires sont des professionnels (de la location notamment) mais n’importe qui peut mettre son bien à la location.
La Consommation Collaborative serait ainsi à la consommation ce qu’Internet a été à l’information : la possibilité offerte à leurs utilisateurs de devenir acteurs de leur environnement. Comme nous l’expliquions ici, le partage offline s’appuie sur une tendance au partage online de plus en plus forte.
Et vous qu’en pensez-vous? Avez-vous déjà loué une voiture à un particulier? Seriez-vous prêt à proposer votre voiture à la location et, plus généralement, croyez-vous au développement de ce secteur?
2 Responses to « La consommation collaborative, de l’optimisation économique, avant tout »
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Ce n’est pas nouveau cette tendance de la location de voiture… Avant il y avait les loueurs classiques, on a désormais des particuliers qui louent leur véhicule sur des sites comme Zilok.com… Cela soulève bien des questions… Sur Zilok les véhicules sont assurés, mais ce n’est apparemment pas le cas partout. Il vaut mieux rester vigilant ! Quoiqu’il en soit, de nouveaux comportements émergent, et c’est tant mieux !
Laurent.
Un nouveau site aussi a été créé, incubé à l’ESSEC : http://www.deways.fr