En plein essor depuis la crise de 2008, la consommation collaborative semble profiter du contexte morose ambiant pour se développer. Pourtant, bien plus qu’un simple phénomène de mode, c’est, pour Edouard Dumortier (fondateur d’ILokYou), un véritable bouleversement économique et sociétal qui s’amorce, appelé à modifier en profondeur notre rapport à la consommation.

Tous ceux qui s’évertuent à séduire leurs clients au quotidien le clament haut et fort : le consommateur change. Ce changement déstabilise d’autant plus le monde de l’entreprise, qu’il est difficile à comprendre. Que veut le consommateur ? Pourquoi les bonnes vieilles recettes, qui ont toujours assuré le succès jusqu’à présent, semblent d’un coup totalement obsolètes ? Le mot même de « consommateur » a-t-il encore un sens ?

On entend souvent cette réponse imparable et fataliste :

Plus infidèle que jamais, le consommateur d’aujourd’hui n’a aucun état d’âme. Il n’a qu’un seul objectif : payer le moins cher possible. Pourquoi ? Parce que nous vivons une période de crise que le pouvoir d’achat (supposé ou réel) baisse.

Ah bon ?

Dans ce cas, pourquoi les ventes des derniers smartphones à la mode explosent autant que leurs prix ? Pourquoi les ventes de voitures allemandes, qui ne sont pas réputées pour être low cost, se portent bien mieux que le reste du marché automobile, focalisé sur une guerre des prix sans merci ? Et le bio, pourquoi continue-t-on à nous dire qu’il a de (très) beaux jours devant lui, alors que dans le même temps, les enquêtes d’opinion nous expliquent que les Français n’achètent plus de fruits et légumes, parce que c’est trop cher ?

Pas si simple.

Une autre approche existe : les citoyens consommateurs changent en profondeur et ce phénomène va de pair avec l’émergence de la troisième révolution industrielle, chère à Jeremy Rifkin.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un environnement global, lui-même en plein bouleversement, qui nous conduit à redéfinir intégralement notre rapport à la consommation.

Nous avons, pour la plupart, toujours vécu dans une société centrée sur la consommation, que l’on peut qualifier de société d’abondance matérielle, où de nouveaux besoins sont perpétuellement créés par les as du marketing. Société qu’il est de bon ton de décrier, mais société confortable dont, finalement, peu d’entre nous veulent réellement sortir.

Néanmoins, nous faisons face à un environnement anxiogène où la baisse ressentie du pouvoir d’achat s’ajoute à la peur de l’avenir. C’est là qu’est le dilemme :

J’ai envie consommer, sinon plus, au moins autant qu’avant, mais mon porte-monnaie ne suit plus la cadence et on me répète en boucle que, vu l’atmosphère ambiant, c’est très imprudent.

Le contexte de crise économique, financière, voire géopolitique, qui prédomine s’annonce en effet durable. Contexte que nous ressentons chaque jour de manière plus palpable et qui favorise l’émergence de comportements où le bon sens, la prudence, mais aussi la solidarité, prévalent.

Vers une consommation collaborative locale et plus soutenable

La flambée des coûts d’énergie, qui impacte directement le pouvoir d’achat, va, dans un monde où internet a supprimé toute notion de frontière, inciter paradoxalement à revenir à une consommation plus locale. Ce que d’aucuns qualifieront d’ailleurs de retour aux fondamentaux face à un modèle qui s’essouffle ou encore de repli sur soi en période d’incertitudes.

A cela s’ajoute la nouvelle donne écologique et plus généralement une prise de conscience massive de l’impact environnemental, positif ou négatif, que chacun d’entre nous génère à travers sa façon de consommer.

Enfin, grâce à internet, le client est désormais sur-informé. Il en sait souvent au moins autant que l’expert supposé du domaine, qu’il soit fabriquant ou distributeur. Conscient de son savoir, le consommateur veut plus que jamais peser, s’exprimer et être entendu. Cette sur-information ne doit surtout pas être occultée, tant elle fragilise les secteurs d’activité dans lesquels on n’innove pas sans cesse ou on ne monte pas en compétence pour conserver une longueur d’avance sur le client. Et in fine, une légitimité aux yeux de ce dernier.

On pourrait donc résumer la situation ainsi :

Je veux consommer autant qu’avant, bien que mon pouvoir d’achat s’effrite et que je craigne pour l’avenir. Je dois donc arbitrer, faire des choix, ce qui m’amène à me tourner vers la consommation collaborative et la débrouille. Très informé, je connais la valeur ajoutée de ce que je consomme, mais aussi de celui qui le produit ou le commercialise ; ce qui détermine les canaux de distribution que je veux emprunter et le prix que je suis prêt à payer. Enfin, je voudrais idéalement que ma consommation ait du sens, notamment sur le plan écologique et social.

Si la consommation collaborative n’est pas la réponse unique et universelle face à cette nouvelle donne, elle n’en est pas moins l’une des adaptations les plus pertinentes. En privilégiant l’usage sur la propriété, la consommation collaborative permet de consommer autant, voire plus (en donnant accès à des biens qu’on ne pourrait pas forcément acheter), mieux (des produits de qualité) et de manière responsable. Le tout en optimisant son pouvoir d’achat !

Par ailleurs, consommation collaborative rime souvent avec consommation locale et implique un usage durable des objets. Ce qui, là encore, est en phase avec les impératifs écologiques actuels. Enfin, la consommation collaborative contribue à recréer du lien social et fédère des individus revendiquant des aspirations et valeurs communes. En somme, c’est une façon de consommer qui a du sens !

En nous proposant un modèle prenant réellement en compte nos attentes et le contexte dans lequel nous évoluons, la consommation collaborative nous apporte une réponse de fond. C’est donc bien plus qu’un simple phénomène de mode.

Beaucoup d’entrepreneurs en sont persuadés et, encouragés par leurs clients, rivalisent de créativité pour faire émerger « l’ère de usage » qui, selon Jeremy Rifkin, aura définitivement remplacé « l’ère de la propriété » dès 2025 (l’âge de l’accès – 2000).

Personnellement, je partage cet enthousiasme et mesure la chance que nous avons d’être les témoins privilégiés d’un tel bouleversement. En attendant d’en être enfin « acteur entrepreneur » à mon tour, avec le lancement dès mars prochain d’ILokYou.com, le premier réseau social de la location d’objets et services entre particuliers.

Edouard Dumortier, co-fondateur d’ILOKYOU (réseau social de location d’objets et de services entre particuliers, sortie prévue en Mars 2013)

Une Réponse pour « La Consommation Collaborative se développe car nos modes de consommation changent »

  1. vibert patrick dit :

    Une des raisons qui explique le développement de la consommation collaborative ou du baisse du niveau de consommation est selon moi la méfiance grandissante des citoyens consommateurs dans la qualité des produits qu’ils achètent, fabriqués pour se détériorer rapidement et être renouvelées. Ce manque de confiance dans la solidité et la robustesse des objets devrait encourage les constructeurs à proposer des garanties sur 10 ou 20 ans; nous aurions ainsi moins l’impression de nous faire berner.