Dès 2007, Clément Alteresco crée Bureaux A Partager, premier site de partage de bureaux. Nous sommes en 2013 et Clément vient de créer l’entreprise pour laquelle il nourrit de fortes ambitions. Rencontre avec un Serial Entrepreneur.


Quel a été ton parcours avant Bureaux A Partager ?

Je suis sorti de Dauphine en 2003 avec un Master en poche et par chance, mon premier stage a été le bon : faberNovel ! On était 3 : Stéphane Distinguin (le patron), Clément Thery (l’autre stagiaire) et moi. Le premier jour, on a monté des bureaux et une armoire et puis on s’est mis à bosser. Stéphane courait dans tous les sens et décrochait des contrats, notre passion pour l’innovation et notre envie de faire des choses nouvelles faisaient le reste.

Début 2004, je co-fonde la société Digitick, un projet que j’ai porté au sein de faberNovel pendant 2 ans, avant que la société ne lève plusieurs millions et soit vendue à Vivendi fin 2010. En 2009, je pars monter la filiale de faberNovel aux USA et j’en profite pour développer PARISOMA, notre coworking space à San Francisco qui héberge aujourd’hui une cinquantaine de structures et organise une centaine d’événements par an. PARISOMA a été une expérience unique qui m’a motivée à entreprendre le projet que je porte aujourd’hui : Bureaux A Partager (BAP).

Pourquoi n’avoir créé l’entreprise qu’en 2012 ?

J’ai créé BAP en 2007 alors que nous cherchions des colocataires pour nos bureaux boulevard Sébastopol. A l’époque, il n’y avait aucune plateforme du genre.

Personne ne savait ce qu’était la consommation collaborative… Airbnb n’existait pas !

Au début, BAP n’était qu’un « side project » de faberNovel, comme nous en avions beaucoup d’ailleurs, je n’y consacrais qu’une à deux heures par semaine.

Début 2012, de retour à Paris, alors que plusieurs concurrents de BAP avaient vu le jour aux USA et en France, je décide de me lancer dans l’aventure pour 2 raisons principales :

1) Le time to market est bon : la consommation collaborative est une tendance de fond. Une véritable révolution des moeurs !

2) Je me suis forgé des convictions. Notamment, avec mon expérience sur PARISOMA qui m’a permis de comprendre comment le Partage de ressources permet de renforcer les liens sociaux.

Toutes les entreprises sont-elles vraiment susceptibles de partager leurs bureaux ? Y compris les grands groupes ?

Potentiellement, oui.

La logique veut que toute entreprise ou presque, à un moment de sa vie, n’optimise pas au mieux sa surface de bureau. Soit parce qu’elle est en croissance et se réserve de la place pour grandir, soit parce qu’elle est en perte de vitesse et doit, malheureusement, décroitre.

Sans mentionner tous les autres cas qui amènent une entreprise à devoir laisser des bureaux vides pour une période plus ou moins longue.

Mon estimation est qu’entre 10% à 20% de la surface des bureaux occupés pourrait être optimisée. Uniquement sur Paris intramuros, cela représenterait un potentiel de plus de 2 millions de m2.

Sans aucun doute, les plus grands gisements de bureaux disponibles sont à trouver du coté de nos « grands groupes ». Eux qui brassent des centaines de milliers de m2 ont forcément quelques milliers de m2 en trop… Un sujet à part entière que je vais creuser en 2013.

Quels sont les freins et comment en viens-tu à bout ?

Il y a 2 principaux freins au partage de bureaux, plus ou moins surmontables, selon les entreprises.

Le premier est d’ordre juridique. La plupart des propriétaires rajoute dans les baux commerciaux une clause n’autorisant pas la sous-location. Il y a deux façons de surmonter ce frein : demander une autorisation écrite à son propriétaire (pas toujours évident) ou passer par un contrat de « prestation de service » (sans domiciliation), c’est ce que nous conseillons.

Le deuxième est d’ordre sécuritaire. Les entreprises, en grandissant, développent souvent une sorte de « phobie sécuritaire ». Dès lors, il va de soi qu’accepter qu’une autre entreprise ait accès aux locaux n’est pas évident. Quand on regarde de près, on se rend souvent vite compte que cette peur n’est pas justifiée : si une entreprise est mal intentionnée elle trouvera bien d’autres façons de vous pirater que de devenir votre colocataire ! C’est cependant le pus gros frein, notamment au niveau des plus grandes entreprises. Pour y palier, nous conseillons aux colocataires de :

1) fixer des règles de confidentialité engageantes et contractuelles,

2) délimiter un périmètre accessible ainsi que des horaires d’accès, si l’espace le permet,

3) se rencontrer, discuter ; pour établir un climat de confiance.

Ce dernier point est primordial : la confiance. La consommation collaborative repose sur cette notion de confiance préalable entre les acteurs qui participent aux échanges, c’est vrai aussi bien en C2C qu’en B2B.

De la même façon que se développe un système de « Karma » pour les individus à travers leurs profils Facebook ou Twitter, on pourrait imaginer que se développe demain le même genre de système pour les entreprises.

Quel est le modèle économique de BAP ?

Notre objectif est d’accompagner les entreprises qui souhaitent partager leurs bureaux en leur apportant notre expertise et des outils.

De prime abord, partager ses bureaux n’est pas naturel. La nécessité économique joue souvent le premier rôle déclencheur pour l’entreprise qui prend la décision d’accueillir un colocataire. Notre rôle est de rassurer et d’accompagner l’entreprise qui partage. Nous intervenons sur plusieurs aspects selon le besoin : conseil sur l’organisation physique des locaux, valorisation, prix, diffusion de l’annonce, visite, aspects juridiques et gestion.

Certaines entreprises, celles qui partagent au moins 100m2, préfèrent nous confier la gestion de leur espace partagé. Nous touchons une commission sur cette gestion de 10 à 30% selon le niveau de service. C’est aujourd’hui notre principale source de revenu étant donné que le site est gratuit.

Connais-tu d’autres entreprises qui pratiquent le partage en B2B et quels sont tes modèles ?

Mon modèle, c’est Airbnb. Une entreprise dont j’admire la philosophie et la cohérence.

Dans le paysage de l’économie collaborative, il y a peu d’entreprises qui s’attaquent au marché B2B. J’ai identifié la société Troovon, qui semble offrir un service d’intranet de petites annonces, mais rien sinon.

Cependant, le B2B a un gros potentiel, les entreprises n’étant au fond, que des caisses de résonance de nos pratiques sociales, je fais le pari que ces nouvelles pratiques de consommation collaborative vont naturellement s’étendre au milieu professionnel.

A propos de Antonin Léonard


Rédacteur en chef de consocollaborative.com et co-fondateur de OuiShare, j'accompagne startups, grands groupes et acteurs publics vers une meilleure compréhension des leviers et impacts de l'économie collaborative.

2 Responses to Clément Alteresco : « la consommation collaborative en B2B a un gros potentiel »

  1. Effectivement, taxer la colocation de consommation collaborative, c’est refaire du neuf avec du vieux, même pour les entreprises.
    Ce qui est nouveau, c’est le fait d’avoir des intervenants sur ce marché, qui communiquent autour du concept.
    Cordialement,

    Maelle

  2. R2mica dit :

    Je ne vois pas en quoi la sous location est collaborative… Nous n’avons pas tous la même compréhension du collaboratif et du partage… Les offres qui naissent et qui utilisent la vague « conso collaboratif » relève de plus en plus du cannibalisme d’idées.