Anne-Sophie Novel est l’une des première personnes avec qui j’ai échangé en créant ce blog, cela remonte à janvier 2011, déjà. A l’époque, elle venait de lancer le blog le CO-Lab. Depuis, Anne-Sophie et Stéphane Riot ont publié Vive la CO-Révolution!, pour une société collaborative. Ce livre dresse un panorama intéressant du phénomène du CO aujourd’hui. C’est aussi le tout premier à présenter un état des lieux plutôt exhaustif du mouvement.

J’aurais néanmoins aimé que ce livre aille plus loin, notamment dans le décryptage des initiatives de consommation collaborative et dans l’analyse d’un mouvement collaboratif pour le moins pluriel, comme nous essayons de le faire avec OuiShare (dont Anne-Sophie est d’ailleurs une membre active). Mais je recommande vivement ce livre à tous ceux qui souhaiteraient mieux comprendre à quel point les dynamiques collaboratives sont en train de s’imposer comme une lame de fond : aussi bien dans les nouveaux modèles de startups web, dans le management, que dans les relations ONG-entreprises. Anne-Sophie et Stéphane ont accepté de répondre quelques-unes de mes questions, dont voici le compte-rendu partiel (pour l’intégralité de l’interview, rendez-vous sur OuiShare)

Quel était votre objectif avec ce livre ?

Anne-Sophie Novel : il s’agissait de faire le point entre de nombreuses observations effectuées depuis 2009: en tant que blogueuse et ecolo-geek, je sens les interdépendances avec les écosystèmes vivants et numériques qui m’entourent. Partout je vois les dynamiques collaboratives se mettrent en oeuvre. Il était temps de faire un point sur tout cela.

« La CORévolution, c’est autant une évolution qu’une révolution rendue possible par un ensemble de crises (économiques, financières, écologiques et sociales) et de nouvelles habitudes de pensées que nous héritons de l’usage du numérique. »

Stéphane Riot : Notre intention était aussi de donner à montrer une photo en instantané d’un mouvement qui émerge est qui semble souvent difficile à percevoir par le grand public et les entreprises; mais nous avions surtout à cœur de montrer à quel point cette tendance est forte car elle est “mobile” et qu’elle apporte un vrai renouveau à nos modes de consommation, d’entrepreneuriat, de création de valeur , c’est pour ca qu’elle représente selon nous une vraie révolution !

Qu’est ce que le « co » ? Un état d’esprit ? Un nouveau secteur économique ? Un mouvement ?

AS : Le co, c’est tout cela à la fois.

« Une mentalité 2.0 qui fait que nous sommes tous interconnectés, une façon de RE-faire et Ré-inventer le vivre ensemble, une envie de répondre de concert aux défis que nous avons devant nous. »

Ce n’est pas vécu de la même manière par tous les acteurs de ce mouvement, mais il y a un état d’esprit et une façon de pensée communes. Certains sont plus au fait de cette tendance, plus concernés, mais ceux qui le sont le moins restent également prédisposés à ces nouvelles logiques. Le partage, la solidarité, l’échange sont de vieilles habitudes que nous possédons tous: d’une certaine manière, les excès de la société actuelle (hyperconsommation, hyper-riches, hyper-pauvreté, etc.) nous poussent à désapprendre certains réflexes et à les questionner en profondeur. Pourquoi toujours plus d’argent, de consommation, de division, d’individualisme ? Pourquoi con-sommer ainsi ? Ne puis-je pas faire autrement, retrouver du lien social, et améliorer mon bien-être sans que cela soit lié à la sacro-sainte croissante ?

SR : le “co” c’est aussi une multitude de postures individuelles ou collectives : de la CO-hérence d’achat responsable (“avoir accès” plutôt qu’acheter un bien ou un service), de la CO-nfiance entre les acteurs (individus ou entreprises) pour que la collaboration puisse s’établir de manière durable, de la CO-nvivialité (chère à Ivan Illich) , du CO-eur aussi….

Comment voyez-vous cette co-révolution se décliner dans les prochaines années ?

AS: dans le livre, nous ne soulignons pas assez je pense le rôle de la production collaborative et de la révolution du faire soi-même (mouvement des makers venus des Etats-Unis). Il va se passer à ce niveau de grandes choses également. Pour le reste, il me semble que tout n’est pas « révolutionnaire » non plus, que certains services de « consommation collaborative » restent de la consommation. Que certaines tentatives de co-création restent des opportunités business, que certains outils de management collaboratif restent de la poudre aux yeux… Comme dans chaque phénomène qui émerge, il est bon de conserver une part de discernement et de prendre du recul sans perdre de son enthousiasme, bien sûr ! Dans les prochaines années, la créativité individuelle va enrichir le phénomène et nous pourrons encore plus faire front dans notre désir d’un monde meilleur.

« Mais je doute malgré tout, au fond de moi, que cela puisse enrayer d’autres dynamiques à l’oeuvre, profondément bien ancrées dans l’histoire de nos sociétés. »

SR : il est vrai que certaines entreprises, voire certains représentants des générations précédentes, surtout ceux ayant connu un développement basé sur le modèle des trentes glorieuses, nous regardent un peu comme des ovnis : car il est vrai que la Co-Révolution les bousculent jusque dans leur cadre de référence profond (formaté à la concurrence et à la performance notamment). Mais in fine tous s’accordent à dire que cette (r )évolution est inexorable et qu’elle représente une des solutions efficaces aux crises que nous traversons. Je pense que les acteurs “classiques” de l’économie et à terme les politiques comprendront très vite l’intérêt de contribuer à cette société collaborative que nous appelons de nos vœux. Elle doit en effet encore faire ses preuves tangibles en terme de limitations réelles de nos impacts environnementaux, de contribution au renforcement du lien social, mais aussi et surtout à la création de valeur globale qui peut s’en dégager. Mais nous pensons que nous pourrons en ressentir les effets bénéfiques à très court terme; les révolutions peuvent prendre du temps, mais ces dernières années, elles nous ont prouvé qu’elles pouvaient s’accélérer à la vitesse du Net !

Alors….let’s co !

A propos de Antonin Léonard


Tombé dans la marmite du collaboratif tout petit, je lance ce blog en 2010 avec de fonder OuiShare avec quelques amis...

3 Responses to La CORévolution : « Une mentalité 2.0 qui fait que nous sommes tous interconnectés »

  1. LAVINAUD dit :

    Je crois que ce livre s’impose à nous.
    Merci pour cet article

  2. Antonin Léonard dit :

    Anne-Sophie, tu as raison, je n’ai peut-être pas été assez précis… et tu as raison aussi lorsque tu dis que ce n’était pas votre propos.
    Ce qui me manque, c’est une analyse qui pointrait les différences entre les différents services de consommation collaborative et qui évaluerait leur impact économique, social, écologique. Je ne dis pas que c’est aisé mais rejaillit ici la frustration du lecteur qui s’est intéressé à ces sujets depuis plus de deux ans maintenant.
    Ce qui me manque c’est aussi un fil conducteur entre toutes ces initiatives que vous listez qui relèvent certes de formes de collaboration mais qui ont de grandes différences entre elles selon moi. Qu’est-ce que la collaboration ? Qu’est-ce que la coopération ? En quoi Internet change la donne ? Quels sont les enjeux pour l’avenir (investissement, données, etc…)? Des questions complexes auxquelles j’aurais aimé trouvé des réponses plus précises j’imagine :)

    Un grand merci pour l’exercice en tout cas. Avec le recul, je me rends compte de ce qu’il représente :)

  3. Anne-Sophie dit :

    Merci Antonin pour cet article ! J’aurais plaisir à ce que tu étayes ton propos lorsque tu dis que l’ouvrage ne va pas assez loin, en fait. Notre propos n’était pas de donner tous les détails de la conso collab donc forcément, pour les spécialistes il y a des manques. Mais au-delà de ça, je suis intéressée pour que tu pointes concrètement les éléments qui te semblent insuffisants ! Au plaisir donc :)
    Et pour retrouver la corévolution en ligne:
    http://www.co-lab.fr
    https://www.facebook.com/vivelacorevolution