Finance collaborative : Comment Prêt d’Union réinvente le crédit
Lancées il y a peu, après des années de lutte avec les autorités bancaires afin d’obtenir l’autorisation d’exercer, des startups comme Prêt d’Union et Friendsclear* montrent la voie d’un changement de paradigme dans le financement de l’économie. Le point en commun entre ces deux services ? La mise en relation directe qu’ils permettent, via Internet, entre investisseurs et particuliers. Leur différence ? L’objet du financement : le crédit à la consommation pour Prêt-d’Union, le financement des entrepreneurs pour Friendsclear.
Nous sommes allés à la rencontre de Thomas Beylot et Geoffrey Guigou, deux des quatre fondateurs de Prêt d’Union, une startup qui va faire parler d’elle. Cet article est le premier d’une série de posts consacrés à la finance collaborative.
Prêt-d’Union et Friendsclear sont à la finance ce que Free est au secteur des Télécoms.
Alors que les banques, frileuses de prendre davantage de risque dans cette période d’incertitudes économiques, sont en train de couper depuis quelques mois déjà les robinets du crédit, voici une nouvelle forme de financement qui ne devrait pas connaître la crise : le crédit entre particuliers.
Ce n’est pas parce que les banques ne veulent (ou ne peuvent) plus prêter qu’il n’y a pas, dans l’économie, des épargnants prêts à prendre des risques pour faire fructifier leur argent. De l’autre côté de la chaîne, ce n’est pas parce que les banques freinent le prêt aux particuliers que la demande de crédit, elle, n’existe plus. C’est même plutôt le contraire.
A l’instar des autres secteurs de l’économie collaborative, le prêt d’argent entre particuliers est aujourd’hui permis grâce à Internet et à l’émergence des plateformes Peer-to-Peer. Ce nouveau secteur profite évidemment de la crise économique et financière :
C’est parce que le rôle d’intermédiaire joué par les banques ne fonctionne plus que ce secteur représente une alternative de plus en plus crédible; c’est parce que la défiance envers les banques n’est pas prête de s’estomper que cette alternative va probablement devenir une évidence.
Entre l’offre d’épargne et la demande de financement, se positionne ainsi Prêt d’Union : une startup lancée par Thomas Beylot, Geoffroy Guigou et Charles Egly, qui propose de jouer le rôle d’intermédiaire, mais de manière beaucoup plus directe et transparente que les banques.
D’un coté, les épargnants peuvent investir sur la plateforme avec un rendement attractif et dont le risque est maîtrisé ; de l’autre, les personnes en besoin de financement peuvent espérer y obtenir un crédit à un taux plus favorable que la concurrence. Quant à Prêt d’Union, l’entreprise se rémunère sur des frais de dossier payables à la signature du contrat.
L’agrément de la Banque de France
Certes, il n’y a là rien de très nouveau dans le domaine de la finance collaborative : cela fait plusieurs années que le prêt entre particuliers a émergé en Angleterre ou aux Etats-Unis, avec des acteurs désormais majeurs tels que Zopa.com, Prosper ou Lending Club.
Mais en France, le protectionnisme de la Banque de France, très réticente à octroyer les cruciales licences permettant d’exercer l’activité d’établissement de crédit en France, semble freiner depuis des années l’émergence du P2P lending dans l’hexagone. Ainsi, Friendsclear, autre acteur majeur du financement en peer-to-peer en France, a dû nouer un partenariat avec le Crédit Agricole faute d’obtenir l’autorisation d’opérer en tant qu’institution financière pour son propre compte. Et ce n’est pas un cas isolé : une vingtaine d’autres dossiers similaires seraient en attente.
En l’occurrence, les quatre fondateurs de Prêt d’Union ont dû batailler pendant plus de deux ans afin d’obtenir le fameux sésame : l’agrément bancaire de l’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP), le bras armé de la Banque de France et de l’AMF. Pour cela, ils ont dû réunir en tout plus de 5 millions d’euros de capital, mais également respecter un certain nombre de contraintes dictées par les deux autorités financières.
“Ce fut loin d’être facile” euphémise Thomas Beylot, “d’autant que nos actionnaires potentiels attendaient l’agrément de l’ACP avant d’investir, tandis que dans le même temps cette dernière voulait s’assurer que nous avions les fonds nécessaires avant de nous délivrer l’agrément”.
Mais les co-fondateurs se veulent compréhensifs : “Ils veulent s’assurer dans un premier temps que le système fonctionne bien, et que les investisseurs sont conscients des risques qu’ils prennent en plaçant leur argent sur Prêt d’Union”, explique Geoffroy Guigou.
Etre investisseur sur Prêt d’Union
A la différence de Friendsclear ou tout un chacun peut dès aujourd’hui investir, il faut être considéré comme “investisseur qualifié” pour pouvoir aujourd’hui investir sur Prêt-d’Union. Comment devient-on investisseur qualifié ? En remplissant au moins deux des trois conditions posées par l’AMF :
- La détention d’un portefeuille d’instruments financiers d’une valeur supérieure à 500 000 euros ;
- La réalisation d’opérations d’un montant supérieur à 600 euros par opération sur des instruments financiers, à raison d’au moins dix par trimestre en moyenne sur les quatre trimestres précédents ;
- L’occupation pendant au moins un an, dans le secteur financier, d’une position professionnelle exigeant une connaissance des investissements en instruments financiers.
Des conditions assez drastiques qui limitent du même coup le nombre d’investisseurs éligibles… Mais les fondateurs de l’entreprise espèrent que l’AMF lèvera cette barrière dans six mois, leur permettant ainsi de satisfaire les nombreuses demandes en suspens. “Beaucoup d’investisseurs attendent, nous allons crouler sous les demandes lorsque notre plateforme sera ouverte à tous !” feint de se plaindre Geoffroy Guigou.
Après bientôt six mois d’activité, Prêt d’Union a reçu environ 800 demandes d’investissements dans la plateforme, dont certains s’élèvent jusqu’à 100.000 euros.
Il faut dire que pour les investisseurs, l’offre est plutôt intéressante. En ces temps de crise où les investissements “sans risque” se font rares, Prêt d’Union peut se vanter d’offrir des rendements situés aux alentours de 4%. De plus, l’idée de placer son argent dans “dans l’économie réelle” et dans des investissements plus transparents qu’une banque traditionnelle a de quoi séduire les épargnants. “La diversification de son portefeuille est aussi une grande motivation de nos investisseurs” analyse Thomas Beylot.
Autre contrainte pour Prêt d’Union, sa licence octroyée par la Banque de France limite les activités au crédit à la consommation. “Par crédit à la consommation, il faut comprendre projets personnels”, nous précise Thomas Beylot, anticipant notre remarque – Quelle est la portée sociale d’un service qui propose à des particuliers de s’endetter, certes de façon plus transparente et à des taux plus “humains” que ceux pratiqués actuellement, mais pour consommer des biens dont ils n’ont pas toujours besoin ?
“40% des personnes à qui nous prêtons souhaitent s’acheter une voiture, 40% le font pour réaliser des travaux dans leur maison. On ne fait pas de crédit à Madame Michu pour qu’elle s’achète un écran plat”
Autre précision importante : Prêt d’Union ne fait pas de “crédit revolving”, ces crédits renouvelables à l’infini et aux taux très élevés. A l’inverse de ces pratiques risquées et éthiquement douteuses, Prêt d’Union mise sur la sécurité des placements et sélectionne rigoureusement les emprunteurs. “Nous refusons 80% des demandes de prêts” indique Geoffroy. “En effet, beaucoup de demandes que nous recevons concernent des personnes en situation de surendettement”, détaille l’entrepreneur “Mais nous n’avons pas vocation à adresser ce genre de public.”
En fait, là où se différencie le modèle de Prêt d’Union, c’est bien dans l’analyse de la solvabilité des emprunteurs visant à apporter le maximum de sécurité aux investisseurs : chaque investisseur de Prêt d’Union est solidaire des autres puisque les pertes sont partagées.
“Le principal écueil de Zopa a été de vouloir prêter aux exclus du système dès le départ. A l’inverse de Zopa, nous jouons un vrai rôle de tiers de confiance, la confiance repose principalement sur nous, c’est une grande responsabilité. Les contraintes imposées par la Banque de France sont donc plutôt une bonne chose.”
Le revers de la médaille ? Les fondateurs confessent avoir certaines difficultés à trouver des clients solvables. “Pour le moment, notre principale difficulté, c’est que notre clientèle cible a déjà accès au crédit bancaire classique, mais elle ne nous connaît pas” expliquent les deux compères.
Néanmoins, la startup a certainement réussi le plus difficile : obtenir l’autorisation d’exercer en France. A l’instar d’acteurs comme Friendsclear ou Wiseed (que nous vous présenterons bientôt), espérons donc que cette première initiative fasse ses preuves et ouvre la voie de la finance de demain : une finance plus humaine, transparente, et ouverte pour tous.
Interview Thomas Beylot Pret d’Union by antoleo
Stanislas Jourdan est blogueur-journaliste économique. Spécialiste de la crise financière, monétaire et les questions de dette, il explore aussi la nouvelle économie et les modèles alternatifs basés sur le partage et la collaboration. Déjà passé par Owni et La Tribune, vous le retouvez sur tetedequenelle.fr et @stanjourdan

Silvia est une jeune illustratrice italienne de talent. Voici comme elle aime raconter sa passion an anglais : I’m still experimenting the most different techniques and medias, trying to find my own way. As far as now, my biggest passion has always been traditional drawing, but I’m beginning to explore new fields, such as Web Design and 2d & 3d Animation, which I’d love to deepen. I was born in 1989 in Genoa, Italy, where I’m currently studying Industrial Design.
* Friendsclear est la communauté de projets entre entrepreneurs et investisseurs
L’Economie Collaborative sur BFM
Articles les plus populaires
La nouvelle économie du partage
« Un jour, nous regarderons le XXe siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses »
100 sites de Consommation Collaborative
100 sites pour consommer sans posséder : transport, tourisme, alimentation, cadeaux, artisanat, recyclage, financement…Blogs Amis et Cousins
Services en plus : Alternatives à une production excessive
Le Blog de Mutinerie
Stan Jourdan : "Economie, numérique et Société"
Le Blog de Zoupic : Création du futur
Préférences-Système
Réparons et Re-parons noël
Le Blog de Super marmite
L'EcoFrugal Project
Innovation, initiatives RSE, projets environnementaux et sociétaux
Ecolo-Info, 1er Blog Collaboratif sur le DD
Collaborative Consumption
Consumo Colaborativo









OuiShare est la communauté de l'économie collaborative.
Retrouvez notre