Clagett Farm CSA Week 10

C’est avec grand plaisir que j’accueille une première invitée s’exprimer sur le blog : Rachel Arnould vous dit tout sur les circuits courts.

Dis moi comment tu veux consommer …

… et je te dirai quel circuit court est fait pour toi!

Qu’est-ce qu’un circuit court ? (si vous faites partie des personnes ayant lancé une requête sur le site de la NASA après que votre voisin vous a annoncé qu’il était Amapien, merci de lire avec attention). Pourquoi le concept séduit de plus en plus ? Après une définition et un petit état des lieux des circuits courts, nous embarquerons pour un panorama des différentes manières de régaler nos papilles tout en rencontrant des gens formidables…

Du temps de mère-grand, il fallait acheter lait, beurre et fromage à la ferme et le reste au marché. Avec l’arrivée de la Grande distribution et des hypermarchés, les produits consommés sont devenus accessibles à des prix plus abordables.

Cependant, alors que le réfrigérateur se remplissait, le paysage social de la France évoluait… Aujourd’hui, 30% de la population française vit seule (et souvent esseulée) et la demande de magasins à taille humaine, permettant éventuellement de rencontrer de nouvelles personnes, se fait sentir. La grande distribution est également de plus en plus questionnée pour ses relations avec les producteurs (et notamment les plus petits d’entre eux).

Dans ce contexte, la consommation de produits locaux et les systèmes de mise en relation directe entre producteurs et consommateurs ont le vent en poupe.

La consommation de produits locaux est devenue l’une des modalités d’action en faveur du développement durable majoritairement appréciée par les Français. Ils sont d’ailleurs 24% à privilégier régulièrement les produits fabriqués localement. Source: Etude Ethicity/ADEME 2011

Ces systèmes assurant l’approvisionnement de produits frais, de meilleur goût, témoins d’une certaine traçabilité couplés à des prix raisonnables apparaissent comme une solution alternative de plus en plus crédible et fonctionnelle aux yeux des consommateurs. Le soutien à l’économie locale, l’émergence de valeurs plus environnementales mais aussi et surtout la montée des préoccupations pour sa santé et celle de ses proches (réapparues notamment suite aux différentes crises sanitaires) accompagnent eux aussi le développement des circuits courts.

Différentes définitions ont été proposées pour caractériser les exploitations en circuits courts, comme celle du Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche :

“Est considéré comme circuit court un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire.”


Ces circuits courts peuvent avoir différentes formes de vente et peuvent concerner différents types de produits, transformés ou non… Petit tour d’horizon des circuits courts en France…

AMAP et Jardins de Cocagne

Remontons le temps et faisons une visite dans le Japon des années 60. A l’époque, des mères de familles s’inquiètent des conséquences de l’intensification de l’agriculture. Elles décident alors de se regrouper et de passer un contrat avec un agriculteur : en échange de la garantie d’achat de toute sa production à l’avance, l’agriculteur s’engage à cultiver sans produits chimiques. C’est ainsi que sont nées les premières AMAP, appelées « Teikei » en Japonais, ce qui peut se traduire par « mettre le visage du paysan sur les aliments » en français (on ne peut faire plus clair je pense).

A la même époque en Europe, des expériences communautaires se fondent sur le même principe se sont développées. En 1985, le concept fut importé depuis l’Europe vers les Etats-Unis où il prit le nom de CSA « Community Supported Agriculture ».

Les CSA s’y sont développées (voir ainsi l’article de Terra Eco New York invente lAmap XXL) et répandues jusqu’au Canada, avant de traverser de nouveau l’Atlantique pour s’implanter en Grande-Bretagne.

En 2001, suite à un voyage aux Etats-Unis au cours duquel ils découvrent ces CSA, les Vuillon, agriculteurs en périphérie de Toulon, décident de lancer la première AMAP (Associations pour le Maintien dune Agriculture Paysanne) en France.

Les produits aujourd’hui échangés en AMAP peuvent être aussi bien des fruits, des légumes, des oeufs, du fromage ou de la viande. Le prix du panier est fixé de manière à permettre au producteur de couvrir ses frais de production et de dégager un revenu décent, tout en restant abordable pour le consommateur. Ceci est possible du fait de l’absence d’intermédiaires, d’un emballage quasi absent et surtout d’une optimisation de la production (tout ce qui est produit est consommé, alors que dans le cadre de la grande distribution jusqu’à 60% de la récolte peut rester au champ). Ce dernier principe permet de diminuer le prix des produits en reportant les coûts sur la totalité de la production. Enfin, le paiement des paniers à l’avance par les consommateurs contribue à sécuriser le modèle économique des exploitations.

Depuis le lancement de l’AMAP des Vuillon, le réseau Miramap s’est étendu et compte aujourd’hui entre 1000 et 1200 AMAP. Cela représente plus de 50 000 familles et près de 200 000 consommateurs. De plus, en moyenne, les AMAP permettent de créer un emploi pour 40 familles adhérentes.

Il existe également d’autres initiatives encore davantage portées sur l’impact social comme par exemple les Jardins de Cocagne. Ce sont des exploitations maraîchères biologiques, employant des personnes se trouvant en situation précaire : sans revenus, sans domicile, chômeurs de longue durée, n’ayant jamais travaillé, etc. Ces jardiniers en herbe sont encadrés par une équipe de maraîchers et de travailleurs sociaux professionnels.

Les adhérents du Jardin ont accès à un panier chaque semaine, qu’ils viennent chercher sur place ou à un lieu de dépôt, sachant que la distribution sur le site de production est toujours privilégiée de manière à favoriser les rencontres entre adhérents et jardiniers (de manière plus pragmatique, on peut se poser la question de savoir à quoi servirait le fait d’adhérer au réseau sans rencontrer les gens qui y travaillent…)

Découvrez le développement du Réseau Cocagne au travers de l’expérience de son fondateur, Jean-Guy Henckel via ce lien : Presentation de Jean-Guy Henckel du réseau Cocagne par solidairesdumonde

Les GAC et la Ruche qui dit Oui !

Les AMAP et les Jardins de Cocagne demandent au consommateur un engagement qu’il n’est pas toujours prêt à prendre (pour des raisons diverses). Dans ce contexte, l’alternative résidera alors en des systèmes ajoutant un intermédiaire comme par exemple celui des Groupements d’Achats Citoyens (GAC). Il s’agit de groupe de personnes se réunissant régulièrement pour acheter ensemble des produits issus de l’agriculture biologique, de saison et de proximité. En mutualisant les achats et en limitant les intermédiaires, il bénéficient de prix plus avantageux.

Dans un GAC, les personnes rassemblées s’organisent et choisissent les produits dont elles ont besoin ainsi que les producteurs et transformateurs auprès desquels elles veulent se fournir. Les commandes sont ensuite passées à des organismes comme Bio référencement collectivités ou des associations comme Choux Fleurs et Pissenlits par exemple, qui vont se charger de contacter les producteurs, traiter les commandes et assurer les livraisons. Une fois les commandes livrées en un lieu unique, ce sont les participants qui prennent en charge la répartition des produits.

A la croisée des chemins entre les achats groupés et les circuits courts on trouve également La Ruche qui dit Oui ! A la différence d’un GAC, l’organisation d’une ruche va dépendre en partie d’un individu et non d’une organisation… En attendant d’interviewer les fondateurs de la Ruche qui dit Oui ! je vous propose de découvrir le fonctionnement d’une ruche grâce à cette merveilleuse petite vidéo:

La Ruche qui dit Oui ! from GC on Vimeo.

Des offres de livraison à domicile, au travail ou en boutique relais se mutliplient, en voici une liste non exhaustive : Potager 76, Potimarron, Panier paysan, Tournée paysanne, Le Campagnier, Les paniers bio de l’Ouest, Les paniers du Val de Loire, Les Paniers Davoine ou encore Ma Terre

Notons également que ces systèmes commencent a intéresser les entreprises : outre celles organisant des distributions en circuit court en interne, certaines calquent le principe pour leur offre de service. C’est ce que propose Room Saveurs, un spécialiste en coffret et plateau-repas livrés en entreprise à Paris, qui a lancé Pleine Nature, le repas « bio » et local livré au bureau.

Les enjeux des systèmes en circuit court

Une offre à la traîne

L’offre est insuffisante, alors que la demande grimpe en flèche. En effet, les initiatives de développement viennent plus des consommateurs que du milieu agricole. A titre indicatif, en Ile-de-France, on comptait 190 arboriculteurs dans les années 1990, contre 60 aujourd’hui !

Certaines structures se développent pour aider à l’installation et au bon fonctionnement des exploitations en circuits courts c’est le cas du Réseau rural.

Des terres peu disponibles

Les anciens agriculteurs ont l’espoir de réaliser une plus-value financière importante en vendant leur parcelle agricole en tant que terrain constructible. Ces parcelles agricoles sont alors remplacées par des zones d’habitations et des zones d’activités.

Afin de permettre à des producteurs d’accéder au foncier, des initiatives se créent comme celle de la foncière Terre de Liens. Le principe : chaque citoyen achète une part de terre. Une fois la parcelle de terrain achetée collectivement, elle ne sera plus jamais à vendre mais seulement à utiliser par des locataires successifs, qui de part le cahier des charges de la foncière, se doivent de respecter des pratiques responsables. L’usage prime ainsi sur la propriété, empêchant le marché d’exercer une pression financière et écologique non compatible avec un usage durable de la terre. Exit le béton et bonjour le potimarron!

« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » nous disait Molière :

Toute personne adhérente à un circuit court vous le confirmera : il est plus bénéfique à tous points de vue (santé, partage, lien social, impact sur l’environnement, …) de consommer moins et mieux que l’inverse ! Le retour des circuits court est aussi caractéristique d’une redéfinition des volumes consommés et de leur fréquence. Alors quel regroupement de consommateurs allez-vous rejoindre ?

Vous avez envie de participer à un circuit court, mais vous ne savez pas comment vous y prendre, ni ce qui est à votre disposition dans votre région ? Voici quelques sites internet pour vous accompagner dans votre recherche :

Economiste de formation, Rachel Arnould s’est spécialisée en environnement en gardant un fort intérêt pour les nouvelles formes de consommation émergentes. Avec deux amies et dans le cadre de l’association MPEPS, elles ont créé la première AMAP Universitaire Francilienne, carrefour de rencontres et d’échanges entre un maraîchers des Yvelines, les étudiants, les enseignants et le personnel de l’Institut de Géographie de la Sorbonne. Rachel est aujourd’hui responsable développement durable pour la société Hop-Cube, spécialiste de l’affichage environnemental des produits de consommation

A propos de Antonin Léonard


Tombé dans la marmite du collaboratif tout petit, je lance ce blog en 2010 avec de fonder OuiShare avec quelques amis...

10 Responses to Vous aussi, adoptez la « circuit court attitude » !

  1. Greg dit :

    On soutient sans le moindre doute puisque c’est la base de notre projet: http://www.Boottle.fr c’est une plateforme ou tous les vignerons (et certains négociants) peuvent mettre leurs vins directement à la vente en France et à l’étranger sans intermédiaires, sans coût.

    PS: excusez l’auto-promo ;-)

    • Rachel dit :

      Bonjour Greg,

      Au regard des initiatives présentes dans l’article ainsi que du thème de ce dernier, votre lien est totalement justifié! Merci

      PS: j’adore votre slogan :D

  2. Antonin Léonard dit :

    Thanks Albert !

  3. Albert dit :

    My French is not good enough to write, sorry. You might be interested on this article http://broucasola.blogspot.com/2011/07/les-possibilitats-dinternet-aplicades.html (starting at slide ~34 onwards). Examples from Catalunya

  4. Antonin Léonard dit :

    Merci Glenn ! C’est maintenant rétabli

  5. Hop. Un fan de plus :-)

    Sinon il y a un lien cassé lorsqu’on cherche à en savoir plus sur « 30% de la population française vit seule (et souvent _esseulée_) »

  6. Stéphane dit :

    Merci pour toutes ces pistes pour commencer à consommer en circuits courts !

    Il y a un circuit encore plus court que les AMAPs, les GACs etc. (où il reste au moins un intermédiaire : l’AMAP ou le GAC), c’est tout simplement la vente directe. C’est encore peu répandu, mais des agriculteurs accueillent les particuliers dans leurs fermes, ou ouvrent un site de vente en ligne et font eux-mêmes les livraisons. Pas d’intermédiaire du tout entre le producteur et le consommateur. Bien sûr du coup ce n’est pas très collaboratif, mais c’est direct.

    Pour exemple, j’ai fais une interview d’un producteur de viande charolaise qui pratique la viande directe et livre lui même ses colis de viande dans toute la france.

    Sinon quelque chose de très sympa à faire avec ses enfants en ce moment, c’est la cueillette à la ferme ! C’est encore plus court, les fraises et groseilles passent directement du fraisier à la bouche des enfants. :) J’essaie de créer une liste des cueillettes à la ferme.

    • Rachel dit :

      Bonjour Stéphane,

      Merci beaucoup pour votre commentaire.
      Effectivement la vente directe est une forme de circuit court (elle concernait d’ailleurs 16,3% des exploitations en 2005, j’ai donc hâte de lire les résultats du recensement agricole 2011 pour avoir des chiffres plus actuels). Je l’avais listée dès le début de mon article dans un schéma mais pour des contraintes de place, nous avons dû le retirer de l’article.

      Parmi les sites internet énoncés à la fin de l’article, vous pouvez cependant trouver des listes de fermes pratiquant la vente directe.

      Il est d’ailleurs très fréquent que les maraîchers en AMAP ou GAC pratiquent en parallèle des ventes directes sur leurs exploitations.

      Merci d’avoir partagé cette liste des cueillettes à la ferme ainsi que l’interview! C’est une initiative absolument géniale.

      Est-il possible de la diffuser? :)

  7. [...] Vous aussi, adoptez la « circuit court attitude » ! Dis moi comment tu veux consommer… et je te dirai quel circuit court est fait pour toi! Source: consocollaborative.com [...]