Colocation, Co-housing : le renouveau de l’habitat partagé
Hausse des prix du logement (le prix du m² a gagné en moyenne 20% à Paris l’année dernière), baisse du pouvoir d’achat, hausse du taux de chômage des jeunes… Tous ces facteurs favorisent la colocation et l’habitat partagé. Pour autant, peut-on réduire le succès de l’habitat partagé aux contraintes budgétaires nouvelles pesant sur les ménages et notamment les plus jeunes ?
Souvent réduit au milieu étudiant, le phénomène de la colocation et de l’habitat partagé dépasse aujourd’hui le cadre de la vie étudiante, et ce pour des raisons qui vont au-delà des contraintes économiques. Partager son logement permet évidemment d’économiser de l’argent en mutualisant les coûts mais c’est aussi et surtout un moyen de nouer de nouvelles relations tout en diminuant son bilan carbone.
La sortie d’une fiche sur la colocation par mon ami Philippe Green qui a lancé le projet Ecofrugal était une bonne occasion d’évoquer les thématiques de la colocation et l’habitat partagé. Comment économiser de l’argent en réduisant son impact environnemental global ? Voici la question à laquelle Philippe répond chaque semaine dans des fiches méthodologiques sur le site qu’il vient de lancer : http://www.ecofrugalproject.org/. J’ai prévu de l’interviewer dans les prochaines semaines car nombre de ces fiches concerneront directement la Consommation Collaborative. En attendant cette interview, vous retrouverez quelques extraits de sa dernière fiche dans cet article.
La colocation, pour économiser de l’argent
Le premier avantage tiré de la colocation, comme pour la plupart des autres systèmes collaboratifs est évidemment l’aspect financier. Philippe nous explique ainsi :
« Le logement est le premier poste de dépense des Français. Si vous êtes locataire, avec les charges annexes (assurance, taxe d’habitation, eau), l’INSEE estime qu’il représente 25% des dépenses. En colocation, votre loyer sera 20 à 40 % moins cher qu’en appartement individuel et vous bénéficierez de 20 à 30 % de surfaces en plus. Doublement vertueux ! Les coûts fixes (abonnements internet/WIFI, redevance, EDF, service des eaux…) partagés à plusieurs, permettent de réaliser de sérieuses économies. »
Comme le montre l’étude de cas qu’il a réalisée, la vie en colocation permet à Antoine qui habite à Marseille de réaliser 2400 € d’économie par an sans compter les avantages liés à l’espace disponible et au partage avec ses colocataires.
La colocation, vecteur de lien social
Au-delà de l’aspect financier, ce qui pousse à rester en colocation, ce ne sont pas uniquement les économies réalisées, c’est aussi la possibilité de partager des moments de vie avec ces colocataires. Evidemment, la vie en colocation présente ces contraintes, mais qui n’a pas de souvenirs de colocation mémorables ?
« La colocation enrichit les relations humaines. Vous augmenterez le nombre de vos connaissances en bénéficiant des réseaux sociaux de vos colocataires. Et si vous croyez que la coloc’ se réduit aux célibataires et aux étudiants, vous vous trompez. De plus en plus de seniors et de parents seuls décident de partager une maison ou un appartement. Une fois habitué à ce mode de vie, vous aurez du mal à en imaginer un autre… » .
La colocation est en effet un lieu favorisant les interactions sociales et il est probable que les personnes faisant le choix de vivre en colocation soient plus portées vers l’autre et l’engagement solidaire. C’est en tout cas le constat que semble avoir fait l’AFEV en lançant son projet « Koloc’ à projets solidaires » qui propose aux étudiants des colocations qui permettent l’engagement solidaire.
« A chaque projet social développé sur un territoire correspond une colocation étudiante. L’idée est de mettre en place des projets pour créer ou renforcer des activités solidaires dans les quartiers en y développant des actions autour de l’éducation, de la santé, de la culture, du développement durable… des thématiques qui répondent aux problématiques locales. Aujourd’hui, l’Afev propose ainsi de mettre son expérience au service d’un projet conjuguant engagement solidaire et colocation. L’idée est de faire coïncider le besoin de logement chez les étudiants et leur volonté de participer à la vie citoyenne sur un territoire donné. »
La colocation est écologique
De façon assez naturelle, la mutualisation des biens d’équipement augmente leur taux d’utilisation et réduit l’achat de nouveaux appareils électroménagers. « En optimisant l’utilisation du parc de logements existant encore trop souvent inexploité, elle permet également de loger plus d’individus en évitant de construire de nouveaux logements » explique Philippe d’Ecofrugal :
« N’oublions pas que le logement le plus propre est celui dont on peut se passer. L’habitat a un impact environnemental tout au cours de son cycle de vie (l’entretien et la rénovation nécessitent de nombreux produits). En colocation, vous réduisez aussi l’impact énergétique lié au chauffage (il est plus économe de chauffer un logement de quatre personnes que quatre logements individuels) »
La dernière étude réalisée par l’observatoire du bilan carbone des Ménages est sans appel : une personne vivant seule émet trois fois plus de CO2 qu’une personne vivant en colocation.
Les foyers d’une personne affichent aujourd’hui un bilan carbone très élevé de 10 685 Kg Co2 par individu (contre 7388 Kg Co2 pour l’ensemble de la population) alors qu’il est bien plus bas pour les foyers de 3 et 4 personnes (respectivement 5436 et 4612 Kg Co2 par individu), voire de 5 personnes et plus (3221 Kg Co2). A l’inverse, les personnes seules représentent 55 % des mauvais bilans carbone (11849 Kg Co2 et plus).
Le marché de la colocation
Si le bouche à oreille marche toujours, « Internet a contribué à l’explosion des colocations en faisant se rencontrer l’offre et la demande. » Devant la boom de la colocation, de nombreux sites se sont lancés avec plus ou moins de succès pour nous accompagner dans la recherche de colocations. La plupart de ces sites sont d’assez mauvaise facture et offrent peu de services. Le site Smoovup se distingue en permettant de rechercher une colocation par affinités. Le jeudi de la colocation est également un excellent moyen de rencontrer ses futurs colocataires.
La colocation requiert également des équipements spécifiques « partageables ». Etonnamment, il y a encore peu d’offres d’électroménager totalement compatibles avec la colocation, même si quelques innovations de design apparaissent, comme ce génial Frigo-Légo réalisé par Stephan Buchberger pour Electrolux.
Citons également l’entreprise Lokéo qui permet de louer son équipement électroménager (offre imparable pour les colocations dans des appartements non meublés et pour une courte durée) : un modèle intéressant qui s’appuie sur le principe de l’économie de fonctionnalité.
Le rôle des collectivités
La conception de l’habitat dans les grandes villes ne favorise pas toujours le développement de l’habitat partagé malheureusement. De belles initiatives, comme l’entreprise Terra Cités s’efforcent aujourd’hui de promouvoir l’habitat collectif incluant des espaces partagés auprès des acteurs institutionnels. Pourquoi posséder une machine à laver, une perceuse et d’autres équipements par foyer alors qu’ils sont utilisés ponctuellement ? Comment favoriser l’interaction sociale autour de nouveaux lieux de vie collective ? La question mérite d’être posée et un travail de sensibilisation et de pédagogie pourra être mené auprès de différents acteurs. Dans le même temps, évoquer l’habitat collectif ramène aux grands ensembles des banlieues dont l’échec est malheureusement patent. Esra Tat, responsable communication et développement de Terra Cités m’expliquait récemment :
« S’il y a un vrai engouement autour des formes nouvelles d’habitat collectif et partagé de la part de certaines populations (notamment les plus urbaines), la plupart des personnes vivant depuis de nombreuses années dans des HLM de Banlieue n’aspirent qu’à une chose : disposer d’un espace bien à elles. Un de nos métiers aujourd’hui est d’accompagner les décideurs (collectivités locales, responsables d’urbanisme) à concevoir de nouveaux espaces de partage qui favorisent l’interaction entre voisins. Pourquoi est-ce que les personnes qui habitent en ville ne connaissent pas (ou peu) leurs voisins ? Car les rencontres (ascenseur, sortie des poubelles, courrier) ne favorisent pas l’interaction. Il y a un vrai travail à mener autour de ces espaces intermédiaires. »
Le Cohousing est un modèle d’architecture de l’habitat et d’urbanisme qui propose justement de favoriser l’interaction entre les habitants. Il s’agit d’abord d’une initiative « bottom-up » initiée par des communautés d’habitants, un article du Wall Street Journal publié en 2009 précisait ainsi :
« Le Cohousing parle aux personnes qui veulent posséder leur appartement mais qui ne veulent pas se sentir coupés des autres, comme perdus dans une ville impersonnelle. »
Inventé au Danemark et très présent dans les pays Nordiques, le concept du co-housing s’est développé partout dans le monde : il y aurait aujourd’hui 300 communautés aux Pays-Bas, 150 aux Etats-Unis et de nombreuses autres dans d’autres pays. Le mouvement est aujourd’hui en train de se fédérer pour être diffusé à plus grande échelle. Cette année et pour la première fois aura même lieu la première conférence mondiale du cohousing.
Crédits Flickr : Romzchx
7 Responses to Colocation, Co-housing : le renouveau de l’habitat partagé
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Les prix chers à la location comme à l’achat dans les grandes villes sont un vrai problème, que même les politiques n’arrivent pas à gérer (ou ne veulent pas ou n’ont pas cette priorité).
Je ne pense pas que les propriétaires sont gagnants non plus car l’investissement immobilier est bien moins rentable que d’autres investissements. De plus, il faut souvent gérer les changements de locataires qui impliquent un raffraichissement ou des travaux.
Mais je ne vais pas m’étendre sur ce sujet. Ce que je remarque c’est que la collocation et les autres modes d’habitation partagés sont devenus une nécessité pour la plupart de la population dont le revenu tourne autour du smic. Il faudrait même être obligé de se mettre en couple pour louer un studio à Paris !
Je n’ai pas de solution pour résoudre ce problème des loyers excessivement chers. Au final, cela a de grandes conséquences sur le budget qu’on pourrait consacrer à la culture ou aux voyages par exemple. Dommage !
Parfois le logement représente 50% de notre budget. On en parle peu dans les médias alors que c’est un sujet primordial.
Toutes les pistes de début de solution doivent être envisagées.
Votre article y contribue. Merci.
« La colocation comme vecteur de lien social », tout à fait d’accord… Et au delà de la colocation, le concept d’habitat partagé peut vraiment avoir un fort impact social, car il peut être une réponse à bien des enjeux : habitat partagé pour les seniors pour répondre aux problématiques de l’isolement et de la dépendance, intégration sociale par la mixité dans des résidences partagées où les modes de vie permettent de vraies interactions etc.
c’est ça oui…
on va y gagner sur les loyers en se regroupant et ainsi faire de substantielles économies?
et bien de l’observation que j’ai pu faire , c’est que ça permet surtout d’augmenter les loyers d’environ 50%..
exemple dans un immeuble de grenoble ou ma mère habite depuis un quinzaine d’années avec un loyer qui s’élève aujourd’hui à 560 euros et dont les autres appartements mis en colocation depuis environ 4 ans ont permis une facture de 840 euros!!donc bravo.
ce sont donc bien les propriétaires les plus satisfaits car si les loyers semblent moins chers à plusieurs, les pauvres familles qui arrivent en suivant doivent faire face à ce marché bien florissant
LES EXTREMES SE REJOIGNENT TOUJOURS , la concentration de la richesse dans les mains des oligarques était aussi un des éléments funestes de l’ex empire soviétique, celà continue d’ailleurs encore là-bas ,les apparachiks ont bien su se reconvertir
humm si je suis d accord avec le monolecte sur la pauperisation de la classe moyenne et sa coolisation, je ne pense pas que le seul facteur soit la difficulté d’acces à la propriété.
C est aussi lié aux « trajectoires » residentielles dans lesquelles on se projette : c est bien pratique si on pense changer de ville regulierement de diminuer les coûts d entree et de sortie du logement (les locataires ne passent pas chez le notaire, contrairement aux propriétaires) et en ayant moins d electromenager on est plus mobile aussi.
Et puis de plus en plus de celibataires ca veut pas forcement dire de plus en plus d individualistes !
Vi, vi, vi : j’aime la manière dont le libéralisme, en concentrant les richesses et en raréfiant les ressources parvient à réinventer chaque jour l’URSS. La collocation, c’est la manière markétinguement cool de présenter la pénurie de logement, la paupérisation de la classe moyenne qui conduisent à une surpopulation des logements de la même manière que dans l’URSS. Je me souviens qu’étant gosse, on nous montrait ces apparts collectifs comme le stigmate de ce que le marxisme pouvait produire de pire.
Pareil pour les magasins d’État, moches et dépouillés, aujourd’hui allègrement copiés dans les hard discounter…
Et on peu même pousser le concept encore plus loin en utilisant le premier « Kit Open-Source de construction de village » de Marcin Jakubowski